mercredi 24 octobre 2018

Manchester : Disquaires Indépendants.


Plan de métro de Manchester



 Dans la série des villes musicales, nous continuons notre odyssée du côté Nord-Ouest d'une île voisine. Indissociable de la musique, Madchester propose de nombreux disquaires. Aussi éclectique que les airs entendus dans cette métropole depuis des décennies, cette liste (de A à Z) est évidemment non exhaustive. 


Analog Archives
Levenshulme Market, Stockport Road
Manchester


Angkor Soul
12 Stockport Road
Marple, SK6 6BJ


Beatin' Rhythm
108 Tib Street
Manchester, M4 1LA

vendredi 28 septembre 2018

Wax Digger Reviews Express #11 : Spécial Creedence Clearwater Revival

Wax Digger Reviews Express #11 : Spécial Creedence Clearwater Revival 



Quasi un an d'absence mérite un retour, je l’espère, digne de ce nom. Voilà pourquoi j'ai choisi trois vinyles à chroniquer, histoire de rattraper un tant soit peu ce retard. Un trio assez différents dans leur approche bien qu'ils soient regroupés sous une unique bannière, celle des Creedence Clearwater Revival


Creedence Clearwater Revival (1968)



Playlist : A1- I Put a Spell on You / A2- The Working Man / A3-  Suzie Q / A4- Ninety-Nine and a Half (Won't Do) / A5- Get Down Woman / A6- Porterville / A7- Gloomy / A8- Walk on the Water


Well, I was born on a Sunday

cover image photo groupe creedence musique music
Fantasy Records
 Vingt petites secondes. Il ne faut qu'une vingtaine de secondes pour absorber à quel point l'art des Creedence Clearwater Revival fut influencé par la musique noire, celles des plus grands bluesmen et jazzmen. Sur chaque album, cette inspiration tiendra une place primordiale, elle s'entend autant qu'elle se ressent. Ainsi il est normal que cet amour invétéré s'affiche sans ambiguïté dès l'introduction de ce premier disque avec I Put a Spell on You. Il s'agit d'une reprise, elle atomise l'originale, sortie sur le label Okeh à la fin des années cinquante. Là où Screamin' Jay Hawkins semble chanter sous une relative ivresse, John Fogerty, guitariste et chanteur des CCR, propose une prodigieuse interprétation. Il ressort de cette performance une émotion manifeste, transcendée par une musique d'une élégance sans nom. On croirait entendre un Clapton à son firmament, excusez du peu. Ce n'est pas tout car dans un monde meilleur, les cordes vocales de John auraient très bien pu s'accorder à celles de Janis Joplin. Bref, depuis ce sont des centaines de cover qui sont apparues mais rien ne vaut cette admirable et délicieuse version, atteignant le rang de masterpiece.

 Plutôt pas mal pour un début. Pour rester dans l'excellence, mettons sous silence le titre d'après afin de s’intéresser à un autre mastodonte se nommant Suzie Q. De nouveau une reprise ! diront certains. Le blues tourmenté de Jay Hawkins offre sa place au rockabilly de Dale Hawkins. Des homonymes hors liens de parenté. On en vient au point central lorsqu'on évoque les Creedence. La musique de ce quatuor sera métissée en permanence. Pas seulement dans un apprentissage pur et dur, comme une grande majorité des musiciens au milieu du vingtième siècle. Un exercice souvent chiant mais indispensable à tous ceux ayant compris que le blues et le jazz, qu'on le veuille ou non, sont de formidables écoles quand on désire maîtriser un instrument. Eux utilisent un procédé direct, ils ne se planquent pas. Sans s’inquiéter d'une couleur de peau, ils dissèquent la crème de ce qu'ils écoutent et le restituent sous une saveur proche de leur philosophie. Cette méthodologie donne un son plus complet qu'il en a l'air. Alors bien entendu, il n'était pas insolite en ces temps d'entendre des guitares parfois claires ou stridentes, canalisées par un groove roulant des mécaniques. Néanmoins, chez-eux, au fil de leur carrière, réunir la country et le blues pour qu'ils ne fassent qu'un, est une conviction des plus sérieuse. Ceci explique en partie pourquoi ce groupe est devenu la bande son des USA. Toutes leurs chansons occasionnent une envie de grands espaces, peuplés, selon votre convenance, de bisons ou d'alligators. On se téléporte dans l'ambiance fantasmée des vieux films, catégorie Western. Inutile de bouger de notre canapé, nous traversons le territoire américain en diligence avec un tel souci du détail que du côté de chez Rockstar - producteurs de la licence vidéo-ludique Red Dead Redemption - on en serait presque jaloux. On rêve donc, on voyage et tout s'éclaire quant à l'utilisation massive de leurs œuvres dans le monde du septième art.

 J'ai maintenant pris pour habitude de penser que tout le monde aime au moins un morceau de CCR. Il existe juste des gens qui ne le savent pas encore, c'est tout. Quand vous entrez dans un endroit public et que vous entendez ces airs, sauf s'il s'agit d'une radio, vous saurez que vous êtes au bon endroit, au bon moment. Rien n'est à jeter sur ce vinyle et ce malgré quelques légères imperfections, que l'on pardonnera sans sourciller. On pourrait croire, voire redouter pour certains frileux, à la vue de sa pochette psychédélique, que cet album en soit un digne émissaire. Tel un commercial peu discret sur ses intentions. Ce n'est pas le cas. Dans ce cas précis, le son est plus subtil que l'image. Si le monde entier ou presque, se soignait au LSD en mille neuf-cent-soixante-huit, on en trouve peu de traces. Il y'a des petites touches, certains effets, disséminés là ou là mais rien qui dénature les autres teintes musicales. Seules exceptions, Gloomy et Walk on the Water qui arborent fièrement un amour passionnel envers les hypnotiques hallucinations auditives.

 A la suite d'un parcours semé d'embûches durant de nombreuses années, Creedence Clearwater Revival sort enfin un disque. Une longue attente en valait la peine car il est une grande réussite sur pas mal de points. Sans en être le meilleur, il restera pour l'éternité l’aîné d'une discographie impossible à soustraire de l'univers du rock d'une part mais aussi d'une culture mondiale. Tout ce qui fait d'eux une grande formation est déjà présent. Peu importe si beaucoup d'artistes avaient produit, avant mille neuf-cent-soixante-huit, une quantité ahurissante de choses incroyables sur tous les continents. Il n’empêche que cela a dû être une claque de poser pour la première fois le vinyle sur son support d'écoute, qu'il se trouve dans un salon au papier peint douteux ou dans une chambre d'ado. Ce jour-là, nul doute que de nombreuses vocations se sont faites.