mardi 17 octobre 2017

Chronique : Various : SWEELY/GHINI-B/GAB JR/REDJ ~ Swap White LTD04 (2017)


Swap White LTD04 (2017)


La capitale azuréenne est-elle devenue un mélange dansant entre le Bronx et Chicago ? Sans doute que non, pas encore tout du moins. Pour autant, avec son dernier EP au visuel très réussi, Swap White LTD habille les célèbres chaises bleues d'un ton musical un peu plus pastel qu'à l'accoutumée. Bien que déjà disponible chez quelques disquaires Niçois - Evrlst.Inc notamment - sa sortie officielle est programmée pour le vingt-cinq octobre deux mille dix-sept. 


Playlist : A1 Sweely - It Come From Him / A2- Ghini-B - 60601AA / B3- Gab Jr - Nikaya / B4- Redj - Lune De Fiel


A la faveur de l'automne...


 Lorsqu'un site d'e-commerce ne sait pas dans quelle catégorie classer une nouveauté, il lui colle l'étiquette passe-partout techno/house. N'y voir là aucunes acerbes critiques envers un système feignant puisqu'il n'est jamais simple de définir un EP de musique électronique, qui plus est quand celui-ci est un various. Dans les faits, pourtant, les choses sont comme toujours bien plus complexes car les références proposées dans ce nouvel SWLTD sont nombreuses et diverses. Faisons-nous aussi l'impasse sur toutes ces subtiles considérations afin d'y revenir un peu plus tard. Pour l'instant, le seul truc important à savoir concerne la direction artistique qui a pas mal changé depuis la dernière sortie du label. Exit la deep house classieuse, brumeuse et monochrome, Swap White LTD soigne sa distance d'affichage. Bon, ce n'est pas non plus devenu une de ces vieilles ampoules à filament qui éblouit plus que de raison une chambre au point d'en faire un monde blanc. Néanmoins, leur musique se tamise, elle reste compacte mais moins sombre. L'obscur automne se fissure pour laisser place, cette fois, à un faux air d'été indien. Calmons les allégories étant donné que tout est relatif. Les goûts, au même titre que la politique - celle des choix quotidiens et non télévisuels - étant impossibles à modifier en profondeur, nous retrouvons la fameuse marque de fabrique du label, et c'est tant mieux. Pour être sommaire, sur les quatre compositions que compte cet EP, nous retrouvons des grosses voix, toutes aussi bien choisies les unes que les autres, ainsi qu'un savoir-faire musical autant minutieux que sans failles.

 De toute évidence, Sweely n'a pas de temps à perdre. A peine l'objet du désir posé sur la platine que l'artiste balance les idées reçues par la fenêtre. Pour les mélomanes canapés, non-adeptes des soirées sous le signe du mix, il est souvent ennuyeux de devoir attendre deux à trois minutes avant qu'une track se lance, devienne intéressante. Cette problématique - qui n'en est pas vraiment une - ne se pose pas ici. Le nouveau venu dans l'entourage Swap n'aura pas mis longtemps à se fondre dans ce collectif à l'univers certes un brin élitiste, lorsqu'on n'en a pas l'habitude, sans pour autant qu'il soit une branlette infamante. Le fil d'Ariane n'est donc jamais rompu. Ils démontrent, encore et toujours, que la cohérence de leur projet à long terme reste une de leurs préoccupations les plus profondes. Une constante remise en question sans remise en cause. Certains apparaissent, d'autres disparaissent, sans chamboulement, sans crainte ni pour eux, ni pour nous. Bien que pour ce genre de productions cela ne représente rien de concret, les DJ piochant dans ce qui leur convient, il faut tout de même souligner que pour un titre d'ouverture, It Comes From Him est un choix judicieux. Rentre dedans sans être lourdingue, possédant une base rythmique lisible en plus de bénéficier de nombreuses touches inattendues sur bien d'autres aspects. Il sonne agréablement, ce n'est jamais trop, jamais pas assez. L'équilibre s'en trouve respecté pour un résultat donnant envie d'en entendre plus. Pousser à la curiosité, c'est déjà réussir.

 Avec un nom aussi énigmatique que 60601AA, il est compliqué de savoir à quoi se fier. Poser la question à Google ne sera pas d'une grande utilité puisque selon lui il s'agit d'un appareil médical. Mettons sur le bas-côté ce genre de détails superficiels et attardons-nous sur ce qu'il en est vraiment. L'introduction de cette chronique à base d'horizons plus ouverts prend ici tout son sens. Ghini-B lorgne en direction du hip-hop mais attendez, n'allez pas trop vite. Ce n'est pas encore l'heure de revêtir son plus beau jogging bleu pastel à la Paulie Gualtieri. Il s'agit là d'un hip-hop suggéré, imagé. Une fragrance plutôt qu'un corps solide. Les breaks ont trouvé sur cette track leur playground. Mais comme toujours avec lui, les inspirations astucieuses sont abondantes et bien malin celui qui saura toutes les trouver. Le tout forme un ensemble harmonieux. Que ce soit dans la voix afro-américaine, les nappes aériennes, mélancoliques et entêtantes mais aussi dans le travail méticuleux sur les rythmiques ainsi que sur la basse, Ghini-B a une fois de plus soigné tous les moindres détails de sa structure musicale. La suite nous appartient, on apprécie ou pas. Ce qui compte c'est que la réalisation soit irréprochable et, sans aucun doute, elle l'est. Dans cette mosaïque de sons bariolés, se trouve un retour dans les - bonnes - années quatre-vingt. C'est difficilement explicable et sûrement très personnel mais il y a du volontairement daté tout en ne quittant jamais la modernité de notre monde actuel.




New Division


 Comme à son habitude, Swap intègre dans sa galaxie un deuxième nouvel entrant avec la présence de Gab Jr. Inutile de garder le suspense plus longtemps, son morceau Nikaya est très cool. Il s'agit aussi du plus dansant de l'EP, sans pour autant dire que les autres ne le sont pas. Néanmoins, cette fois, le corps s'épargnera le dilemme de devoir bouger en cadence ou traverser la pièce à la recherche d'une bière quatre fois trop chère. Sur ce titre, la musique fait ce qu'elle a toujours su faire de mieux. Elle nous invite en nous tirant par le bras dès les premières secondes et on ne s'en plaindra aucunement. Ce titre partage un point commun avec celui qui le précède, il a en lui un aspect déjà entendu. Si habituellement je dresse cette pensée comme étant un grave défaut méritant la pendaison - mieux vaut ne rien faire que salir consciemment son âme en décalquant les valeurs sûres - c'est pour une fois loin d'être le cas. Cette track n'a pas vraiment d'âge. Peu importe la décennie, elle aurait collé au paysage de ses trente dernières années. Evidemment, le trait est grossi. Je soupçonne d'ailleurs Gab Jr d'avoir un grand nombre de vinyles downtempo/trip-hop dans sa collection. De toute manière, c'est la grande force de notre époque et ce qui causera sa perte. Nous tous, nous picorons dans tout ce qui a existé. Que ce soit en terme de look, de musiques, d'images ou de jeux-vidéo, le présent culturel n'existe plus vraiment et personne n'y peut rien, tout le monde s'en accommode et les plus chanceux s'en foutent car ils n'y pensent pas. La référence au dernier art mentionné n'est pas fortuite mais nous le verrons plus bas. Quoi qu'il en soit, que l'on soit d'accord ou non, qu'il soit impossible de dater Nikaya au carbone 14 est donc une de ses grandes qualités. Elle est loin d'être la seule. Matin, midi ou soir, ce morceau passe partout et tout le temps. Jamais agressif, toujours conciliant avec celui qui l'écoute, il ne lasse pas non plus. Au passage, cette dernière particularité est imputable à l'ensemble de ce SWLTD04.

 Les coutumiers du label ne tarderont pas à reconnaître qui clôture cette nouvelle sortie rien qu'à l'écoute. Des nappes cinématographiques et reposantes, c'est du Redj, c'est certain. Qu'il soit reconnaissable n'est pas une carence puisque c'est bien mené, en tout cas moi j'apprécie toujours ça. Il s'agit toujours d'un instant onirique et hypnotique. Mais tout ça ne concerne que la première minute et demie, ensuite il parvient avec malice à nous prendre à contre-pied. Sans qu'on ne parvienne à le déceler, les choses prennent ensuite une tournure bien plus surprenante. Ce morceau aurait pu se nommer "Pac-Man Was Here" car c'est bien à la bouboule jaune à laquelle on pense sans détour. Un bouffeur de fantôme sous acide et bugué contre une texture d'un niveau. Son scrolling étant foutu, il fait du surplace, ce qui est loin d'être déplaisant. Une audace qui aurait pu tourner à la catastrophe mais c'est admirablement évité vu que tout le reste défile dans le bon sens. Lune De Fiel est très bon dans son genre. Les sonorités sont parfaitement distillées. Ce n'est pas un mur ingrat et massif faisant mal à la tête. Des nappes, nuageuses, cotonneuses à souhait qui font que l'on s'y sent bien malgré l'agitation qui règne. Savoir que les quasi sept minutes passent en un clin d’œil est une bonne indication quant à un travail bien fait. Une nouvelle fois, le tout dispose d'une harmonie sans faute.

 Avec cette sortie, Swap White LTD rajoute une nouvelle corde à son arc. Bien que restant sombre, à son écoute nous ne sommes plus dans la nuit noire et obscure des premiers opus. Pour prendre un parallèle facile à comprendre, c'est un peu lorsque le Joy Division de Closer est devenu New Order, sauf que personne n'aura eu besoin de se pendre dans sa cuisine. Nous baignons cette fois dans un crépuscule, ou aurore suivant les personnalités, tout aussi agréable bien que plus direct. Avec cette parution, le label s'entrouvre sur l'infini. Un nouveau champ des possibles tout en conservant une continuité plus que souhaitable. Tant qu'ils sauront bien s'entourer, il n'y a aucune raison valable d'être inquiet pour eux et encore moins pour nous, simples amateurs de disques, bien éloignés des problèmes compliqués inhérents à un label underground dont la créativité n'est plus à prouver.




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