mardi 12 septembre 2017

Wax Digger Reviews Express #11 : Queens Of The Stone Age, Rammstein, Deftones



Wax Digger Reviews Express #11


Un trio d'albums certes jeune puisque n'ayant pas encore atteint leur majorité mais non pas moins grands de par leur apport, majeur lui, à leurs domaines respectifs. Petit détail amusant, ils comportent tous onze titres. 



Queens of the Stone Age ~ Rated R / Rated X (2000)

Playlist : 1- Feel Good Hit of the Summer / 2- The Lost Art of Keeping a Secret / 3- Leg of Lamb / 4- Auto Pilot / 5- Better Living Trough Chemistry / 6- Monsters in the Parasol / 7- Quick and to the Pointless / 8- In The Fade / 9- Tension Head / 10- Lightning Song / 11- I Think I Lost My Headache 


Nicotine, Valium, Vicadin...


 Paru le vingt-cinq août, Villains, le nouvel album des Queen of Stone Age, n'a eu comme seul effet positif que de me donner envie d'écouter à nouveau les anciens. Sans aller jusqu'à dire que c'est de la merde, il faut bien avouer sans y aller par quatre chemins qu'il est, nettement, le moins intéressant de la discographie. Empruntons donc les couloirs du temps et téléportons-nous en juin deux mille jusqu'aux portes du désormais célèbre studio d'enregistrement Sound City, en Californie. Un simple mais efficace riff d'intro est suffisant pour se rendre compte que les mœurs ont bien changé en dix-sept ans. Les préoccupations, l'amusement et l'originalité aussi, sans doute. Premier morceau d'un disque en comptant onze, Feel Good Hit of the Summer pourra être pris pour un hymne aux produits illicites. Il le restera durant toute la chanson puisqu'elle ne compte que huit mots répétés en boucle pendant deux minutes quarante-cinq.

 Rated R - son nom sur le format CD, à la pochette bleue, il se nomme Rated X en support vinyle avec une pochette orange cette fois - est un disque complexe rendu simple. Du pur QOSTA en somme. Fidèles à leurs habitudes, les musiciens s'amusent avec les structures et les décomposent avant de les recracher en ayant bien pris le temps de les mâcher avant. Ce n'est pas le plus fou des opus mais le travail réalisé n'est surtout pas à minimiser. Les bases musicales ne sont jamais rongées dans un excès de zèle. Aucune espèce de monotonie n'est à déplorer sans donner une impression de fragilité. Ils savent à tout moment où ils vont et par anticipation nous aussi. A mon sens, c'est cette principale force qu'ils ont perdue à la suite de vingt ans d'existence mais n'est-ce pas, après tout, une fatalité artistique ? Sûrement que oui. Bien que le Stoner bien lourd traîne sans cesse en toile de fond, Josh Homme et ses potes ont pris l'habitude de toujours s'aventurer sur des terrains plus mélodiques et doux. Sur ce disque, Auto Pilot en est un des exemples les plus notables. La voix s'y fait suave et rien ne viendra vous agresser, pas même une guitare laissant traîner ses notes aux tons criards.

 La géniale composition suivante, Better Living Throught Chemistry, met en exergue le splendide jeu de basse de Nick Oliveri. Dans son genre, et ce depuis Kyuss, il est l'un des tous meilleurs musiciens à son poste. Son jeu est plus que complet. Cependant, il sera éjecté du groupe à la suite de diverses altercations plus ou moins graves mais pour reprendre le dicton en vigueur : cela ne nous regarde pas. Enfin, je dois avouer que mon estime pour la personne a baissé à la suite de ces épisodes pour le moins tumultueux mais il est temps de refermer la parenthèse. Si vous souhaitez connaître l'archétype d'une chanson du groupe durant ces années-là, Monsters in the Parasol est tout indiqué. Entraînante, exubérante, évolutive et absurde, tout y est. Si la musique des QOSTA est majoritairement planante bien que dure, il existe souvent, dans les productions d'antan tout du moins, un moment craquage sous les airs d'une track hyper gueularde et destructrice. Ce n'est jamais mes compositions favorites mais ils se font plaisir et puis c'est toujours très court. A chacun son exutoire, ici il s'appelle Quick and to the Pointless. Fort heureusement, les choses rentrent dans l'ordre avec In The Fade. Encore un morceau brillant et la participation de Mark Lanegan, toujours là dans les bons coups, n'y est sans doute pas étrangère.

 Sans être le plus orgasmique de la discographie, Rated R/Rated X est un trip qu'il faut prendre à sa juste valeur. Les très bons moments s’enchaînent et les quelques imperfections se gommeront aisément de nos souvenirs. Son ambiance Californienne/désertique a de quoi enchanter les amateurs de musique qui ne le connaîtraient pas encore, une chance. Lourd comme seul le stoner sait le faire, souvent agréable et aérien, QOSTA avance à grands pas vers son futur chef-d'oeuvre qui sortira deux ans plus tard. Et bien entendu, nous y reviendrons mais pour l'heure, quitte à écouter Josh Homme, autant se concentrer sur ce disque intéressant à bien des égards plutôt que de perdre une heure sur un Villains portant, malheureusement, presque bien son nom.


Rammstein ~ Mutter (2001)

Playlist : 1- Mein Herz Brennt / 2- Links 2 3 4 / 3- Sonne / 4- Ich Will / 5- Feuer Frei ! / 6- Mutter / 7- Spieluhr / 8- Zwitter / 9- Rein Raus / 10- Adios / 11-Nebel


Si c'est trop fort c'est que vous êtes trop vieux.


  Avec le recul, Mutter a bien des griefs contre lui. Quelques secondes suffisent à en faire une petite liste non exhaustive. Il est tout d'abord responsable de la ridicule Rammstein-Mania qui aura duré des années. Il dispose de grandes qualités mais il n'est pas si extraordinaire que ça et pour finir il est coupable d'être le dernier bon album du groupe avant que celui-ci ne prenne la confiance et sortent merdes sur merdes jusqu'à devenir une simple parodie d'eux-mêmes. Pourtant, en se replaçant dans le contexte de l'époque, ce disque était et restera très bon. Certes, quelques-uns feindront d'avoir oublié à quel point il aura marqué son temps et ils n'hésiteront pas à se trahir en disant qu'il est infâme sans oublier de rajouter qu'ils ont toujours préféré les opus précédents. Si je veux bien croire certains, pour beaucoup la réalité sera tout autre pour une bonne raison. Tous ceux aimant le metal ont, un jour ou l'autre et à juste titre, remué la tête sur les chansons de Mutter.

 Ce disque a réussi là où beaucoup ont échoué avant lui. Il parvenait en ce temps-là à être un trait d'union entre deux mondes cohabitant ensemble sans jamais trop se mélanger. Deux types de metal, l'un accessible, l'autre beaucoup moins. Pour celui qui s'y intéressait, l'époque était bénie puisqu'elle fourmillait d'albums se revendiquant ouvertement de ce style musical ou bien figurant parmi ses très nombreux sous-genres. L'opus phare des allemands lui est arrivé juste avant que cet univers périclite, sous le poids d'un trop grand nombre de productions devenues, par la force des choses, mauvaises. On ne peut, hélas, reprocher à personne de vouloir surfer sur la voie d'un possible succès. Avec ses compositions mélangeant, dans une proportion équilibrée, orchestral et saturation, Mutter en aura marqué plus d'un. Si chacun est libre de remettre en cause cette affirmation, je considère toujours ce disque comme étant le firmament du groupe. Sa facilité d'accès tout en sachant appuyer là où ça fait du bien en est la raison principale. Il est clair que Rammstein ne fera jamais partie de mon top dix des groupes du genre mais cet album est similaire au fameux Holy Wood de Manson. Non pas dans sa musique à proprement parler mais sur les traces qu'il laissera derrière lui.

 Grâce à ses compositions ultras soignées, il propose une vraie ambiance. Sonne, par exemple, a tout pour rester un classique. Tout mais surtout une voix et un riff lors des couplets reconnaissables et un refrain allégeant l'ensemble. D'ailleurs, petite précision, sur les chansons qui en disposent, les chœurs apportent réellement du contenu puisqu'ils ajoutent encore un peu plus de profondeur.  On peut toujours lui reprocher son aspect théâtral parfois dérangeant mais ce cirque fait partie de la vision artistique du groupe et sur ce disque le plaisir d'écoute n'est pas dégradé par ce fait. Le plaisir d'écoute reste intact. Sans être à aucun moment bouleversants, tous les titres vont du bon à très bon. Forcément, une habitude sur ce genre d'album, nous n'échapperons pas au slow électrifié avec le titre éponyme mais il faut bien reconnaître qu'il s'incorpore plutôt bien avec le reste. Les mentions spéciales seront décernées à Spieluhr pour tous ces moments vraiment bien foutus et accrocheurs ainsi qu'à  Zwitter qui bénéficie lui d'une énergie qui marchera encore jusqu'à la fin des temps.

 Le plus amnésique des metalleux aura beau se foutre de ce disque en prétextant qu'il n'appartient qu'aux fillettes futures adoratrices de Tokyo Hotel mais peu importe puisque les plus sincères d'entres-eux avoueront avoir dansé de longues nuits sur quelques-unes de ses compositions. Mutter ne révolutionne rien, c'est peu de le dire. Par contre les allemands de Rammstein rendent une copie propre qui marche encore de nos jours. Certains, là encore à juste titre, lui reprocheront une production bien trop nette et policée pour du metal, malgré tout il reste efficace tout au long de sa durée de quarante minutes en plus de proposer une nostalgie efficace. Deux raisons amplement suffisantes pour le posséder.



Deftones ~ White Pony (2001)

Playlist : 1- Feiticeira / 2- Digital Bath / 3- Elite / 4- RX Queen / 5- Street Carp / 6- Teenager / 7- Knife Prty / 8- Korea / 9- Passenger / 10- Change (In The House Of Flies) / 11-Pink Maggit


Cause back in school...


 Avant d'appuyer sur play - en votre compagnie je l’espère - afin de me rappeler à ses bons souvenirs, il est important de noter qu'avec moins de fainéantise de ma part et plus de passion envers lui, White Pony de Deftones mérite un long article fourni en nombreux détails. Je vous encourage donc, à la fin de la lecture tout de même, d'aller fouiller sur le net. Car sans en faire des caisses, il fait partie de ceux ayant marqué profondément leur période de sortie dans les bacs. Les premières secondes de Feiticeira suffisent à se remémorer tous ces instants passés en sa compagnie, deux mille un. Cet album est très connoté nu metal, rien de plus logique puisque Deftones est considéré comme l'un des créateurs du genre. Mais au vu de ce qu'est très vite devenu ce style, préférons ici l'appellation metal alternatif, histoire de ne pas le souiller. On s'arrange toujours avec les éléments.

 Bien que violent à de nombreuses reprises, voire franchement perturbant par endroit, White Pony compte quelques chansons aériennes, baignées entre douceur et fureur sonore. C'est le cas pour Digital Bath et son intro à la batterie - tenue par Abe Cunningham - si reconnaissable. Il s'agit sans contestations possibles d'une des plus belles compositions du groupe originaire de Sacramento. La suivante, Elite, sera bien plus radicale et hurlante. Rien qu'avec ces deux titres, vous avez la teneur de cet album. Ce rythme inconstant pourra être une barrière infranchissable pour beaucoup de néophytes et on peut largement les comprendre. Sans tous les souvenirs, l'ambiance, qu'il me procure, je ne suis pas certain qu'aujourd'hui je l'écouterais avec la même envie. Quelque chose de massif se dégage de ce troisième opus. Pas tant dans son mur de guitare qui trempe dans tant d'effets qu'il en devient gérable mais plutôt dans son opulence de sons différents. A tel point que lorsque le silence reprend ses droits, une sensation de vide s'installe.

 On aimera ou on détestera donc. Cela a au moins le mérite d'être clair en plus de se débarrasser des subtilités, chose dont il ne manque pas sous ses airs de gros dur. Street Carp tombe à points nommés puisqu'il fait là encore partie des grandes réussites. Que ce soit dans le chant de Chino Moreno, dans la guitare de Stephen Carpenter ou bien dans la basse du regretté Chi Cheng, tout représente avec une extrême fidélité l’identité de ce qu'était Deftones lors de ses premières années. Et puis soudain, Teenarger fait son apparition et calme le jeu. De nouveau une agréable sensation de légèreté nous prend le cœur pour nous faire passer un joli moment d'une rêverie exemplaire. White Pony a de quoi nous rendre amoureux. A ses côtés, l'esprit se remplit d'images diverses. C'est tout d'abord un disque d'adolescent qui grandira aux côtés de celui qui l'écoute, avec les années qui avancent. Il n'y a jamais une réelle faute de goût, à peine un Korea un peu en dessous du reste et encore, ça se discute. Puis au pire on s'en fout, le trio de fin, à commencer par Passenger, rattrape tout ce qui pourrait être qualifié de défaut. A la fois puissants, émotionnels et charismatiques ce sont bien ces sons si typiques que tous les amateurs de rock en ce début de siècle garderont en tête.

 Si vous êtes de ceux - et ce n'est pas totalement votre faute - qui pensent que le nu metal n'est représenté que par de sombres crétins mixant du mauvais metal sur une table de mixage, alors écoutez White Pony de Deftones. Peut-être que votre avis ne changera pas mais au moins vous aurez entendu un monument du genre. Comment ne pas être pris d'une passion soudaine par Change (In The House of Flies) ? elle est si parfaite. Comment ne pas être subjugué par un Pink Maggit et ses longues minutes haletantes ponctuée par un refrain classe et ravageur ? Je ne sais pas. Si par malheur vous avez la réponse, ne me la dites pas car mes neurones restants auront encore besoin de tous ces excellents souvenirs en compagnie de White Pony. Le disque d'une génération.

1 commentaire: