mardi 25 avril 2017

Chronique : Blur ~ Parklife (1994)


cover image britpop band groupe photo vinyle vinyl LP
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Playlist : 1- Girls & Boys / 2- Tracy Jacks / 3- End of a Century / 4- Parklife / 5- Bank Holiday / 6- Badhead / 7- The Debt Collector  / 8- Far Out / 9- To the End / 10- London Loves / 11- Trouble in the Message Centre / 12- Clover Over Dover / 13- Magic America / 14- Jubilee / 15- This Is A Low / 16- Lot 105

Troisième album de Blur, Parklife est aussi, sans doute, l'objet musical le plus illustre du groupe. Est-ce pour autant qu'il le mérite ? La réponse tout de suite dans cette chronique. 


T'aimes les chiants ?  


 Cobain, le corps à peine tiède; le grunge contraint à oublier le crépitement des flashs; en mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, la presse musicale cherche de nouveaux visages à exploiter. Finis les longs voyages transatlantiques pour les journalistes européens, un nouveau filon venait d’apparaître, pour la énième fois, du côté de l'Angleterre. Dans les faits pourtant, cette nouveauté pleine de promesses d'avenir n'avait rien d'inédite, au contraire. La britpop existait déjà depuis un bail mais les modes faussement révolutionnaires sont toujours imprévisibles sauf pour ceux qui tiennent à tout prix nous les vendre. Nous savons tous que lorsque un grand public découvre un mouvement, un style musical, les beaux jours de celui-ci sont depuis longtemps derrières. L'histoire est toujours plus complexe que son apparence mais approfondir est futile puisque les tabloïds et autres journaux, plus ou moins fréquentable artistiquement, avaient décidé par avance de ce que nous allions vivre aux travers de leurs incalculables pages. Alors... ils ont surmédiatisé deux formations et afin de rendre les choses sexy, ont créé un antagonisme inexistant au départ. Là aussi, je ne reviendrais pas longuement sur la fabrication d'un mythe, il est connu de tous. Ceux se sentant exclus pourront rattraper le wagon grâce au million de documentaires produits depuis plus de vingt ans sur ce sujet. Résumons tout de même la situation d'une façon limpide en disant que comme à l'époque The Beatles VS The Rolling Stones, des décennies plus tôt, les médias, dans leur ensemble, nous on largement encouragés, pour ne pas dire imposés, de choisir un camp. Il va de soi que pour réaliser de meilleures ventes, défendre son drapeau était plus que souhaitable.

 La recette d'une propagande réussie n'a jamais changé depuis sa création. Le plus simple reste alors de proposer une vision manichéenne. Blur contre Oasis, l'histoire de mauvais garçons vaguement turbulents opposés à des bagarreurs romantiques. A moins que, comme souvent, cela soit l'inverse. Bref l'éternelle inépuisable rengaine que nous verrons, à n'en pas douter, refleurir prochainement. Malgré leur amour pour Manchester City, je reconnais ouvertement un grand talent au second groupe cité. Il serait idiot de ne pas le faire, il est universel. Cependant, le bon vieux temps des stéréotypes était déjà fané lors de l'apparition de leur succès. Détruire une chambre d'hôtel avec pour seul but que cet acte soi massivement ébruité, ainsi que toutes les conneries arrogantes et peu authentiques n'avaient plus rien de cool. C'est d'ailleurs pour cette raison principale que Pete Doherty m'a toujours fatigué, en plus du reste, mensongèrement brillant. Il est facile de juger les pratiques insincères d'une rock star, ce n'est pas pour autant que nous devons l'en blâmer car nous aurions tous, c'est sûr, fait pareil. Tout cela fait partie de l'imaginaire musical. Néanmoins le soi-disant aspect sulfureux - réellement superficiel - d'un groupe comme Oasis m'a toujours laissé de marbre. Du coup, poussé à choisir pour être dans l'air du temps, Blur me semblait plus adapté à mes attentes. Sans grand engouement toutefois, les murs étant réservés aux véritables idoles de notre monde. Ce manque d'enthousiasme s'explique par un défaut rédhibitoire. Les albums des londoniens manquent cruellement d'harmonie, de liant. Aucun d'entre eux n'est brillant de bout en bout. Tout le monde ne peut pas être un génie de l’homogénéité artistique mais je regrette qu'ils n'aient jamais réussi à faire une masterpiece. Un album ultime réunissant une dizaine de titres géniaux. Par conséquent il faut se tourner vers une compilation pour l'avoir. C'est un premier souci, ce n'est pas le seul.

 Ce LP appartient à une catégorie bien distincte et paradoxale. Celle des disques auxquels on croit lorsque nous avons oublié son contenu. Le réflexe de l’inconscient pousse à croire qu'un album de Blur ne peut pas être mauvais et en effet c'est le cas. Par contre, le poser sur la platine après de longs mois/années sans sa présence c'est s'exposer à une immense déception. Les raisons peuvent être nombreuses. Une d'entre elles, la principale, du moins pour ma part, concerne le manque flagrant d'originalité. Les influences diverses se font trop sentir pour qu'elles soient totalement sincères. Parklife ressemble à une copie trop travaillée, imite plus qu'il n'invente. Ce n'est pas le cas de tous les titres mais beaucoup de moments en rappellent d'autres plus anciens. Pire, parfois, l'ennui profond pointe le bout de son nez, notamment avec The Debt Collector. le rock anglais singeant le rock anglais, est un parti pris qui n'a rien d'amusant. Qui plus est quand d'autres à côté - moins exposés médiatiquement - le réinventent ou le rendent fun. Les exemples ne manque pas, qu'il s'agisse des intemporels Stones Roses à I Should Coco de Supergrass. Face à ces mastodontes impériaux, une chanson comme The End sonne creux. Il ne pouvait pas en être autrement. Certes, le titre d'ouverture, Boys And Girls, a connu un énorme succès mais ça ne fait pas tout. Avec le recul, on peut même soutenir qu'il souffre du même syndrome qu'un Pure Morning de Placebo. Sympathique au début, puis très vite saoulant. Quoiqu'il en soit, ce n'est qu'un arbre cachant maladroitement une déforestation en état avancé. Il y a pourtant de bonnes idées à l'instar de London Love, qui n'est pas mal foutue. Elle sonne bien mais là encore son placement dans la playlist est chaotique. Trois fois rien pour certains, une erreur stratégique pour d'autres.


Qu'est-ce que tu me racontes là ? 


 Cette inconstance frustrante, malheureuse, complétée d'une trop forte envie d'impressionner par ses influences, toujours bonnes, est un immense gâchis. Le mot est fort mais ce n'est qu'une rude réalité. Je me répète mais rien n'est dans l'absolu à jeter. Trouble In The Message Centre restera à jamais une excellente chanson, très énergique. Elle relance l’intérêt de l'auditeur, le réveille. Elle possède un charme sans être extraordinaire, cela suffit. Si l'ordre des morceaux laisse à désirer le véritable naufrage n'est pas tant dans le fait que les bons titres soient éparpillés entre du banal et du moyen. Noyer du génial dans du plus basique est une technique ancestrale.  Non, le carnage se situe autre part et n'est, au fond, que très peu imputable à la formation. L'iconographie, superbe, de Blur a été bousillée bêtement. Des pochettes, au logo, aux musiciens, tout a été bien pensé, bien conçu, parfaitement marketé et surtout très bien vendu par des dizaines d'articles par semaine nous faisant croire que tout était parfait chez ce groupe. Tout, oui, c'est une vérité en ce qui concerne l'enrobage par contre pour l'intérieur... Sans doute qu'un fan de britpop du milieu des années quatre-vingt-dix aura un autre regard, un autre jugement. Tant mieux, il faut de tout pour faire un monde. Si le constat entourant cette chronique n'est pas des plus flatteurs en apparence, il n'en est rien. Parklife n'est pas un bon album dans sa globalité, il n'en demeure pas moins un bon catalyseur de son époque de sortie. De plus, il nous gratifie passages brillants, notamment avec This Is A Low. Certainement la plus grande réussite du disque. Le genre de chansons que l'on écoute en boucle un soir de solitude. Un très joli moment atmosphérique qui doit beaucoup à ses guitares. Ce devait être le disque de cet LP que de proposer quelques traces déjà entendues ailleurs mais qui savent rester fabuleuses lorsqu'elles sont maîtrisées. Il y a parfois du génie dans Parklife, parfois...

 Difficile de dire à qui profite le crime. De savoir avec certitude qui a su extraire le plus de gloire à ce marécage sournois. Les médias et leurs choux gras se chicanant sur une prétendue rivalité ou Blur se complaisant, pendant un temps au moins, dans une exploitation outrancière de leurs images. Cette chronique étant indirectement placée sous le signe du choix, continuons. Cet album a été sur-vendu aux dépens des musiciens. Nous créons et puis ensuite plus rien ne nous appartient, quand bien même nous jouons le jeu. Le hasard et la perte précipitée d'une icone générationnelle auront fait le reste. Tant que la guerre atomique n'aura pas accompli sa funeste tâche, les projecteurs chercheront de nouvelles proies à décortiquer, à mettre en avant plus que de raisons, tant pis pour les conséquences humaines. Quatre, cinq, six - si on est généreux - bons morceaux sur seize peuvent-ils suffirent ? Sans doute pour le commun des mortels, c'est bien là le principal. En terme de single on tient un paquet de mois avec si peu de marchandise, c'est bien là l'essentiel. Il est ironique, bien que peur surprenant, de constater que cet article aurait pu sans réels problèmes s'appliquer à Oasis. Encore une jolie preuve qu'un marketing réussi surclasse tout le reste. Tout a été dit et redit, inutile de traîner. Rangeons ce vinyle à sa place, au moins le temps que nos envies, trompées par des souvenirs faussés, nous fasse croire que tout est merveilleux chez Blur, y compris sa musique.

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