mardi 28 mars 2017

Lettre ouverte à... Disquaire Day




Format peu exploité sur WDR, lettre ouverte à... réapparaît à l'occasion du Disquaire Day qui aura lieu le vingt-deux avril prochain. Si écrire sur les bonnes choses de l'industrie musicale est une priorité naturelle, il faut, de temps en temps, pousser des coups de gueule sans se soucier qu'ils soient entendus ou non. S'attarder quelques minutes sur ce qui ne va pas, sur les vautours et autres pilleurs de tombes. C'est pour toutes ces raisons que cette chronique, en rien originale, va se pencher cette fois sur les fameux petits gars du marketing. 


On n'est pas des lèches vinyle du système... 


 Ma première expérience avec le Record Store Day made in France date du jour de son lancement. Aucunes banderoles ni publicités annonciatrices d'un futur succès planétaire n'étaient encore présentes. En fait, il n'y avait absolument rien indiquant une quelconque fête musicale. J'étais simplement venu chercher un exemplaire, commandé quelques jours auparavant, d'un Nirvana ~ Hormoaning réédité pour l'occasion, avant de repartir aussitôt sans me préoccuper du reste. Le concept du RSD était aussi clair que les bonnes intentions qui s'en extirpaient. Une idée rafraîchissante basée sur le fait de sortir, en petite quantité, des disques devenus sir chers, ou si rares à dénicher, afin que n'importe quel passionné puisse les obtenir à prix modique. Satisfait de mon achat, j'attendais l'édition suivante avec une certaine hâte. Peu de souvenirs me reviennent de cette deuxième année, néanmoins je me souviens d'une ambiance très différente. Le marketing avait très bien fait son fastidieux office et beaucoup plus de monde était présent, presque entassé, devant les rideaux de fer des disquaires. Le Dday s'était professionnalisé et tenir entre les mains la raison de notre réveil matinal n'était plus aussi facile. Inutile de s'engouffrer dans une longue rétrospective puisque dès la troisième c'était devenu un gros foutoir. Un immense bordel n'ayant rien à envier au cirque Pinder si tant est que l'on aime rire jaune. Rien n'allait dans à peu près tout. Les prix avaient "mystérieusement" gonflés, les gens s'invectivaient et les enculés d'Ebayeur/profiteurs été désormais plus nombreux que les autres afin de tout rafler, sans distinction, dans le seul but de revendre dans l'heure. Bref, l'esprit du Disquaire Day était mort trois ans seulement après sa mise en route, dans une indifférence quasi générale.

  Malgré ce constat, j'ai continué avec un ami à me rendre aux éditions suivantes. Toujours aux ouvertures, toujours avec l'utopie d'y croire. Mais les croyances n'ont aucunes importances lorsqu'on parle pognon. Alors toujours ce même dépit, cette même colère de voir que rien n'a jamais changé et, pire, que cette bonne idée allait irrémédiablement droit dans un mur sans que cela soit de sa faute. Cet article n'a pas la prétention de régler des comptes, il n'y a rien à régler et tout le monde s'en fout. Si les organisateurs sont heureux et fiers de la façon dont se passent les choses sur le terrain, du moins en province, alors tant mieux, qu'ils ouvrent le champagne. Par contre, dorénavant et en ce qui me concerne, il est très clair que ce sordide événement est à boycotter. Les valeurs prônées ont disparues aussi vite qu'elles avaient débarquées dans nos champs de vision. La philosophie innovante n'est plus qu'une machine à fric dans laquelle les mélomanes n'ont plus vraiment l’intérêt de s'y retrouver. On leur balance à la gueule tout et n'importe quoi en matière d'albums réédités. Où sont les vinyles compliqués à obtenir par un autre moyen le reste de l'année ? Disparus au profit de conneries que l'on retrouve partout, en tout temps, ailleurs. Il y a, évidemment et heureusement, toujours quelques exceptions mais il est inutile de les mentionner puisqu'il est presque impossible d'en obtenir une. Et pour le reste, je cherche encore la légitimité, dans ce type d’événement, de proposer des cargaisons entières de The Cure si simples à trouver par d'autres moyens. Ok, je sais, ils sont de couleurs différentes mais je ne suis pas certain que se soit un argument suffisant pour les refourguer au double, voire triple, du prix d'une vieille édition. Il ne reste alors que les fans purs et durs mais là encore, avec ce genre de pratiques douteuses, je ne suis pas sûr qu'ils soient spécialement contents d'être pris pour des cons. Si du point de vue du consommateur tout n'est pas rose, je ne suis là encore pas persuadé que de l'autre côté du comptoir on perçoive cette journée comme étant merveilleuse depuis quelques années. J'ai même le sentiment que certains disquaires se sentent pris en otage, désireux de ne plus vouloir participer sans pour autant oser se passer d'une journée pareille. Le vinyle est de nos jours partout, tout en étant nulle part. On en voit dans des publicités pour voiture, dans des jingles pour grandes chaines généralistes, dans les jeux vidéo... et tant mieux, au fond je n'ai rien contre. Que ma voisine s’achète soudainement une platine sous l'impulsion d'un pseudo retour au vintage, ça la regarde. En revanche, la mode actuelle à beau faire tourner les usines de production musicale comme en soixante, il faudrait que tous les acteurs du marché songe à se calmer sur les prix pratiqués. Qu'un original de tel artiste coûte plusieurs centaines d'euros c'est très bien, s'il les mérite. Cela peut faire partie du charme et de la rêverie entourant l'objet. Nous avons tous, j'imagine, un vinyle hors de prix en tête ainsi que l'espoir, qu'un jour, il termine dans notre salon. N'allez pas croire que je m'écarte du sujet principal car si le Disquaire Day ne fixe pas les prix mondiaux, évidemment que non, ce n'est pas le propos, il participe à cette envolée tarifaire. A cette fatigante hype liée aux vinyles en organisant une fois par an une date laissant suggérer que si vous êtes un mélomane accompli, en plus d'être en défenseur des petits commerces, alors vous devez vous y rendre. Tout ça pour quoi ? Etre blasé au bout de dix minutes car vous avez de grandes chances de repartir sans rien ou avec un truc inutile histoire de marquer le coup et le sacrifice du réveil matinal. C'est triste à dire mais le Record Store Day n'est plus qu'un marronnier aussi mercantile qu'une Saint Valentin.

 Enfin, je suis mauvaise langue envers la fête des amoureux et des bijoutiers car la comparaison n'est pas tout à fait vraie. Ces génies du marketing sont allés plus loin. Ce n'est plus un mais deux événements par an qu'ils nous offrent gentiment. Ah bah oui, le Black Friday du vinyle... bien sûr. Pourquoi pas, après tout il y a bien celui des machines à laver. A cette allure on peut être certains d'avoir prochainement à des fausses fêtes musicale organisées pour chaque célébrations païennes ou religieuses. Mais ils nous l'assurent, tout n'est fait que dans l'optique de la passion, de l'amour de la musique et dans le seul strict intérêt des disquaires indépendants. Que personne n'en doute. Tout cela n'à pas de rapport avec l'argent que ça leur rapporte et le Ramones à cent quinze euros est bien là pour en témoigner. Derrière ce système de prix ridicules, de vinyles réédités en dépit du bon sens, d'acheteurs - pas tous, évidemment - se comportant comme des abrutis, de répartition des stock avantageant indiscutablement Paris et tant d'autres choses du même acabit, il y a du respect et des sentiments hippies. Que le passionné, qui lui espérait avoir un vinyle limité de son artiste favori, aille se faire foutre. C'est seulement de sa faute s'il repart sans rien. Il avait qu'à se lever aux aurores, voire ne pas dormir du tout, ou mieux encore, être le meilleur ami de son disquaire afin qu'il lui réserve un exemplaire. Quoique pour ça il faudrait que lui-même l'ait reçu avant, c'est pas gagné. Trêve d'ironie certes facile mais si proche de la réalité que ça en est dérangeant. Je le répète à nouveau, le concept était une excellente idée. Le faire revenir d'entre les morts n'est pas impossible, il suffit juste de corriger les dysfonctionnement constatés par tout le monde depuis des lustres. Ça ne sera jamais le cas, mais qui sait. A vrai dire, je pense que les organisateurs s'en foutent royalement tant que le journal 20 minutes parle d'eux. Quoiqu'il en soit j'ai assez donné dans cette mascarade et je la boycotterai chaque année. Tant pis pour l'édition à six cent exemplaires de je-ne-sais-qui, ce n'est grave pour personne. Une vieille tirée à des millions, pour deux fois moins chère, fera tout autant l'affaire car ce qui compte c'est le contenu avant tout. Il n'y a dans cette lettre ouverte aucunes leçons de morale sur les acheteurs et encore moins envers les indépendants. Chacun est libre de ses achats ou de participer sans risquer un jugement et franchement tant mieux si certains sont encore conquis par le principe. Mais c'est comme tout, c'était bien au début, désormais les belles paroles sont très loin derrière. La musique et le vinyle en particulier n'ont jamais eu besoin de ce genre de foutage de gueule plus frustrant qu'autre chose. Les mélomanes, eux, n'ont jamais attendu qu'on leur dise d'aller chez un disquaire. Ils le font avec envie depuis des décennies, à n'importe quel moment de l'année. C'est finalement la meilleure manière de faire son propre Record Store Day, au calme, sans être pris pour un con, sans se faire hyper par du vide maquillé en rose, jaune, blanc ou violet.


#BoycottDisquaireDay


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