mardi 28 février 2017

Wax Digger Reviews Express #10 : Hot Tuna, Phantom of Paradise, The Zombies


Wax Digger Reviews Express #10


Une bande originale et deux classiques du rock sont le programme psychédélique de ce dixième Wax Digger Reviews Express


Hot Tuna ~ America's Choice (1975)


Playlist : 1- Sleep Song / 2- Funky #07 / 3- Walkin' Blues / 4- Invitation / 5- Hit Single #1 / 6- Serpent Of Dreams / 7- I Don't Wanna Go  / 8- Great Divide : Revisited

America's Choice plutôt qu'America First.


cover picture pics rock classic vinyle vinyl LP
Grunt Records

Paru en mai mille neuf cent soixante-quinze, America's Choice ratisse large sans en perdre sa dignité. Un néophyte curieux de l'univers blues-rock trouvera en ce disque une parfaite et accueillante porte d'entrée. De fait, le féru du genre se sentira lui, à juste titre, en terrain connu. Les deux camps seront quoiqu'il advienne conquis, c'est une certitude tant Hot Tuna est facile d'accès. Sans être monumental, il faut louer le travail effectué. Certes en premier par les musiciens eux-même mais n'oublions jamais les petites mains de l'ombre. Ceux assis de longues heures derrière une table de mixage avec pour seul but de rendre un devoir propre. America's Choice prône ce large rassemblement des esprits jusqu'à sa fin. Rien ne dépasse, tout est conforme à l’appellation. Parfois, souvent, il sonne lisse et neutre, sans éclats. C'est à ces instants précis qu'une folie d'une douceur relative et revendiquée débarque afin de gommer cette forte impression. D'ailleurs, la première chanson, Sleep Song, donne une bonne vue d'ensemble. Assez vite, une forte touche psyché s'additionne à l'alchimie et tous ces passages réussis font de ce disque un très bon moment pour ce qu'il propose. Ces envolées ajoutent du corps et une âme, car je me dois encore une fois d'insister : pour celui qui connaît le blues-rock, l'originalité ne sera jamais, ou rarement, au rendez-vous. 

 Et c'est bien là où le bât blesse. Le coutumier alterne sans cesse entre un sincère enthousiasme débordant et une flopée de sentiments beaucoup plus mesurés. Rien n'y est mauvais ni même juste bon, au contraire, sauf qu'une chanson sur deux, tombe dans le classique trop entendu, déjà à cette période. En mille neuf cent soixante-quinze, une foultitude de groupes s'étaient aventuré en masse sur ces terres et en avaient dés lors tiré une quintessence palpitante disposant de bien plus de trouvailles. 
Quelquefois, cette émotion sera aussi présente mais à si peu de moments, que ça en devient regrettable. Ce disque est à ranger aux côtés des faussaires talentueux. Un bon point pour lui, America's Choice a été enregistré à San Francisco. il en a l'âme, le bagout, la virtuosité ainsi que l'odeur des drogues. Jorma Kaukonen confirme son habilité à la guitare et au chant alors que dans le même temps, Jack Casady à la basse, réalise une prestation sans écueils, notamment sur l'excellent Invitation. Et puisque nous y sommes, autant féliciter son comparse, Bob Steeler à la batterie qui lui est tout aussi dans le coup. Malgré la tiédeur de l'introduction, il ne faut pas faire la fine bouche. Certains morceaux tirent vraiment leur épingle du jeu. C'est le cas par exemple de Serpent of Dreams et surtout de I Don't Wanna Go, entre autres.

 S'il ne se trouve pas à cent pour cent dans sa musique, le génie se place dans cette pochette. Affichant un baril de lessive en trompe œil, elle se montre originale et inventive. L'ingéniosité a largement été saluée depuis, puisque l'artwork figure en bonne position de tous les bouquins traient du vinyle. Ils pullulent dans les rayons de la fnac depuis le revival de ce format audio. Avoir un design astucieux, signé Frank Mulvey, ne suffit pas si le principal intérêt sonne fade. Quoi que l'on pense de leur classicisme, voilà un défaut que ces longs morceaux, plus de cinq minutes en moyenne, n'ont définitivement pas. America's Choice me rappelle par bien des aspects l'excellent #01 du groupe Big Star. Il provoque cette même bonne humeur en tout cas. Alors bien sûr sa dualité sera une force ou une faiblesse selon les goûts et les conditions d'utilisation propres à chacun. Nickel pour une soirée entre amis, en amoureux ou bien encore pour faire son ménage mensuel, il ne demande pas une concentration d'écoute de tous les instants. C'est plutôt une bonne chose puisque de toute façon il parviendra à se faire remarquer très souvent et c'est ce qui fait que peu importe l’expérience à ses côtés, nous n'en garderons que de bons souvenirs. Un vinyle cool et sympa à petit prix, autant en profiter pendant que cela existe encore. 





Phantom of Paradise (1974)

Playlist : 1- Goodbye, Eddie, Goodbye / 2- Faust / 3- Upholstery / 4- Special To Me / 5- The Phantom's Theme (Beauty and the Beast) / 6- Somebody Super Like You / 7- Life At Last  / 8- Old Souls / 8- Faust / 9- The Hell of It

Qu'est-ce que tu fous du côté de chez Swan ?


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A&M Records
 Faire une review d'une bande originale est une habitude rare chez WDR et pour cause. Le cinéma n'est pas une priorité en ce qui me concerne, tout juste une occupation les nuits. Comme partout et toujours, il existe certaines exceptions et Phantom of Paradise de Brian de Palma fait haut la main partie de ces incontournables. Ceux qu'il faut voir et savoir apprécié. Aucun spoil de l'intrigue, continuez la lecture sans crainte. Sortie en mille neuf cent soixante-quatorze, cette oeuvre cinématographique - au choix comédie musicale ou opéra rock, selon votre convenance - s’inspire du Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux. Loin de n'être qu'un simple copié-collé, ce film aux saveurs psychédéliques et kitsch, aborde plus largement les relations conflictuelles qui existent entre une maison de disques et son artiste, sa propriété. Phil Spector, fameux manitou de la musique pop durant ces années, a de quoi se sentir visé, il l'est clairement. Le film, fait aussi écho à la vie personnelle du réalisateur puisqu'il a été viré salement de la Warner Bros. Au fil de l'histoire, nous assistons à la chute en avant d'un héros, en la personne de Winslow Leach, grand naïf mais néanmoins compositeur de talent. Une occasion pour lui, comme pour nous, de visiter les coulisses de Death Records, la maison de disques de Swan. Qui n'est autre que le méchant donc, interprété lui par Paul Williams. Pour l'anecdote très futile, il est bon de souligner que dans l'idée de base, la major devait se nommer Swan Records. L'idée fut abandonnée pour cause de droits. Bref, laissons sur le bas côté les images, qu'une fois encore je vous conseille au plus vite, et passons à ce qui nous passionne vraiment.

 Pas rassasié d'être un rôle central dans Phantom of Paradise, Paul Williams est l'auteur-compositeur de la superbe soundtrack qui l’accompagne. Un soin tout particulier a été apporté à celle-ci et dans son genre elle est aussi indispensable que celle du film Hair. Grâce à Williams, j'ai pu chanter à tue-tête durant des heures, petit, les paroles de Hell of Hit, imprimées sur le livret. Avant d'y arriver, il faut en passer par dix chansons, très réussies, toutes dans leur genre, bien distinctif. D'un rock hommage aux pionniers à une soul enthousiaste, sans oublier un heavy metal, du folk et du glam, Williams prouve son éclectisme ainsi que son amour d'une musique produite au millimètre. Sans perdre de temps, le film comme la BO s'ouvre sur les Juicy Fruits - un groupe monté pour l'occasion. Imitant des rockeurs bagarreurs, fumeurs de joints, ils nous dévoilent un Goodbye, Eddie, Goodbye qui, j'en suis certain, ne vous laissera pas insensible. Fabriquer du vieux avec du neuf, un concept déjà assumé par Swan mais surtout vendeur. Notre époque actuelle n'a rien inventée, c'est la morale la plus triste. Quoiqu'il en soit, musicalement il s'agit-là d'un super titre parodique, ne lassant jamais tout en se permettant de foutre une pêche incommensurable.  L'aspect potache ne s’immisce à aucun moment dans une facilité idiote. Pour le deuxième titre, l'ambiance se transforme et laisse place à un très joli piano/voix. Quelques fois, nous vivrons avec émotion ce genre de choix artistiques, ce qui n'est pas pour me déplaire au vu de leurs qualités. Par contre, c'est aussi le seul petit défaut que j'aurais à faire envers ce disque. Faust, revient deux fois, avec un arrangement différent toutefois. Le scénario explique toutefois ce doublon. On fera donc avec.

 Une chronique complète, entière et longue, n'aurait sans doute pas été un luxe, à la plus d'un format court pour ce Phantom of Paradise. Il comportant tant de tubes. Tant pis, tâchons de faire le plus court possible. Néanmoins, l'impasse sur Upholstery est impossible puisque je considère cette surf music comme magique. Une nouvelle fois, nous trempons nos doigts de pieds en plein retro mais d'une manufacture jubilatoire. Tout y est parfait et c'est le bon moment pour saluer les musiciens qui, sur chaque titre, effectuent un boulot digne des plus grands, sous la houlette de Paul Williams. Et que dire du quatrième morceau ? Il est d'un groove si total et d'une classe si absolue. Et puis, la voix mais surtout l'interprétation de Jessica Harper termine le travail. A savoir rendre fou l'auditeur. Fou de ce morceau nommé Special To Me, de ce disque qui reste un must dans sa catégorie. Il vous donnera quelques frissons. Avançons jusqu'à Somebody Super Like You suivi juste après de Life At Last. Deux morceaux offrant un bon de sortie aux Gibson SG  - guitares du diable. Elles se font plaisir en plus de nous en offrir. Je garde une préférence pour la première puisque la suivante met en scène le loufoque Beef, muni de sa voix si particulière. Au beau milieu de la BO, ce heavy metal ajoute du caractère à l'ensemble. Du rock bien gras ne fait jamais de mal. Et enfin, nous revoilà à ce fameux Hell of Hit si cher à mon enfance. En grande partie grâce à son rythme pas si évident à suivre, cette conclusion donne le sourire. Paul Williams, au chant, affirme sa passion en donnant toute son âme au titre. Il n'y avait pas de meilleure fin, autant pour le film, qui fait pleinement partie de la culture rock, que pour sa bande originale. Suivons son exemple, et terminons-en nous aussi, en disant sans sourciller et en un mot qu'il s'agit là d'une masterpiece. 





The Zombies ~ Oddessey And Oracle (1968)


Playlist : 1- Care of Cell 44 / 2- A Rose For Emily / 3- Maybe After He's Gone / 4- Beechwood Park / 5- Brief Candies / 6- Hung Up On A Dream / 7- Changes  / 8- I Want Her She Wants Me / 8- This Will Be Our Year / 9- Butcher Tale (Western Front 1914) / 10- Friends Of Mine / 11- Time Of Season


It's me, Mario Bros.  



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Big Beat
 Entrons dans une spécificité peu enviable et quelque peu ironique. Celle des grandes chansons donnant des petits albums. Tant pis pour les râleurs mais je place dans cette catégorie le Surrealistic Pillow des Jefferson Airplane, il n'est d'ailleurs pas loin d'en être le roi. Pas très loin derrière, voici Odessey And Oracle du groupe The Zombies. Il reste pour ma part une énigme irrésolue. Tout d'abord, notons que CBS/Columbia, sortit ce disque une fois que la formation se soit séparée. Ensuite, il dispose d'un énorme défaut quasi rédhibitoire alors que dans le même temps ses qualités sont indéniables. Commençons par le positif et ses points forts, il le mérite. Sa face A peut rendre amoureux n'importe quel adepte des mélodies harmonieuses, elles sont fantastiques, réellement. Plus qu'une usine à succès, l'anglais Rod Argent sait comment composer des œuvres brillantes, d'une redoutable efficacité. Care of Cell 44, A Rose For Emily, Maybe After He's Gone, Beechwood Park sont autant de merveilleuses chansons. Certains de leurs titres sont du niveau des Beatles, et croyez-moi c'est le cas. Souvent oubliés des livres d'histoire, The Zombies prouvent qu'ils sont eux aussi, les rois à leur époque de la musique dite pop, au bon sens du terme. Durant ces longues minutes d'un bonheur communicatif, on découvre une multitude de single au pouvoir créatif inimitable. Certains lui confère un prisme aussi important qu'un Pet Sound version anglaise. Peu-être, mais si c'est le cas, ce n'est, selon ma modeste personne, pas une grande qualité puisqu'on en revient à son infini problème. 

  Tous les albums cités, possèdent la même immonde anomalie, insuffisance. Ils n'ont aucune logique. Dans chacun d'eux existent des trésors auditifs, des merveilles ingénieuses mais ils sont tous frustrant. Odessey And Oracle est totalement déstructuré. Le sentiment qui en ressort, à part du gâchis, est que tout ceci n'est qu'une compilation. Pire, sur la face B la qualité s’effondre, sans être catastrophique mais elle questionne l'auditeur et invariablement le déçoit. On ne peut qu'y voir une faute inadmissible, plus disgracieuse que celles inclues dans le titre de l'album. L'auteur de la superbe pochette psychédélique a mis un E à la place du Y habituel dans le mot Odyssey. Le comble n'est pas là, des disques ratés sans raison apparente, il en existe plein. Il faut savoir que dans la discographie du groupe, seul celui-ci mérite le titre d'album. Le premier n'est qu'une succession de face B. Ironie. Si on omet cette faiblesse, alors Odessey And Oracle est absolument à posséder car, je me répète, il est fantastique sur de nombreux points, tant que l'on s'en fout de l’homogénéité. Avec de la constance, cet album aurait pu être un des plus grands albums ayant été produit. Du moins un des plus cultes. Reste à connaitre s'il s'agit d'une défaillance artistique, d'une incapacité à faire onze joyaux ou d'une paresse assumée aux yeux du monde.

 Cela aurait été un vrai plaisir d'écrire, lors d'un élan de subjectivité, de nombreux superlatifs et afficher la vraie tendresse que j'ai envers ce groupe. Malheureusement, l'objectivité, martiale, me pousse à pointer du doigt tout ce qui ne va pas. Peu de choses dans le fond mais suffisamment pour gâcher un immense plaisir. Et encore, je n'en dis pas davantage afin d'éviter d'en dire plus de mal que de bien, ça n'a jamais été le but, au contraire. Mais puisque WDR est un hommage perpétuel aux artistes musicaux talentueux, chacun dans leur domaine de prédilection, The Zombies avait sa place. Quoi qu'on en pense, réaliser des compositions comme celles citées en gras, est une performance rare, qui aurait rendu heureux beaucoup de musiciens. Il est simple dommage de constater, que dans un monde rempli d'œuvres d'arts, un tel génie ne suffit pas.



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