mardi 20 décembre 2016

Wax Digger Reviews Express #09 : Jamiroquai, Funky Chicken ~ Belgian Grooves From The 70's Part 1, A Tribe Called Quest


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Wax Digger Reviews Express #09


Trois disques au funk plus ou moins affirmé sont au programme de ce neuvième numéro de Wax Digger Reviews Express


Funky Chicken ~ Belgian Grooves From The 70's Part 1 (2014)

Playlist : 1- Chakachas ~ Stories / 2- Mad Unity ~ Dunky Tramway / 3- Réné Costy ~ Ostinato Bass / 4- Alex Scorier ~ Topless / 5- Open Sky Unit ~ Sunshine Star / 6- Plus ~ Gimme Some More Of That / 7- André Brasseu ~ Funky  / 8- Chicken Curry & His Pop Percussion Orchestra ~ Librium / 9- Placebo ~ Balek / 10- Les Hélions ~ Music & Co / 11- Black Blood ~ Avenue Louise / 12- S.S.O Feat Douglas Lucas & The Sugar Sisters ~ Tonight's The Night / 13- Nico Gomez & His Afro Percussion Inc. ~ Ritual / 14- André Brasseurs ~ Saturnus / 15- Chocolat's ~ El Caravanero 


Manneken-Swing


photo album compilation funk  soul cover
N.E.W.S
 Je l'avais déjà effleuré lors de la chronique sur Blow de Ghinzu mais cette compilation belge figure en bonne place de mes bonnes surprises de l'année deux mille seize. Parues deux ans auparavant sur le label N.E.W.S, ces chansons éclectiques, mais toujours dans une thématique bien précise, nous font découvrir à retardement une scène prolifique en plus d'être très talentueuse. Belgian Grooves From The 70's Part 1 fait partie de ces coups de cœur imprévisibles et tant mieux, ils n'en demeurent que plus marquants. Divisés sur deux vinyles, ces compositeurs nous prouvent surtout une énième fois que le plat pays n'a été épargné par aucun courant musical pour notre plus grand bonheur. Mieux, il assume pleinement sa part aux succès planétaires de certains d'entre eux  à travers les époques.

 Plus qu'une simple compilation, il s'agit d'un documentaire en musique auquel nous sommes confrontés. Si le volume 2 est pour ma part un peu moins inspiré, celui-ci est de haute volée. De la production à la réalisation rien n'a été négligé, ni il y a trente ans, ni à sa sortie. Il y a souvent une part de facilité dans l'idée de proposer un patchwork de chansons mais les responsables de Belgian Grooves From The 70's Part 1 sont de véritables dénicheurs de talents plus ou moins cachés. Dans un pareil contexte l'une des choses les plus dures est de mettre le bon titre au bon moment. Une pression exacerbée sur le premier titre. Heureusement, Chakachas ~ Stories est un choix parfait. Bonnes vibes dansantes et sourires seront bien là. Cela rassure sur les intentions proposées et elles se confirme avec le titre qui suit. Lui sera un peu plus space mais tout aussi passionnant d'aisance. Bien entendu, au vu du genre mis en avant, nous n'échapperons pas tout au long de ces deux disques aux orchestrations sans failles, dont les cuivres seront les dignes héros. Seulement la troisième chanson qui s'engage et désormais c'est une révélation remplie de certitudes qui se déclare. Le début de cette compilation est extraordinaire et dépasse les attentes. Reste à savoir si elle peut se maintenir avec autant d'exigence sur toute sa longueur. En attendant Réné Costy ~ Ostinato Bass bénéficie d'une structure enfantine. Néanmoins, une fois lancée, elle se range aux côtés des plus grandes dans son registre. Quant à Alex Scorier, il nous envoie avec bonheur dans un film avec Louis De Funès. Un sacré compliment lorsque l'on sait la part importante de la musique dans ses films.

 La première face s'en sort sans aucune faute de goût. Sa force est de bénéficier de structures prévisibles et donc réconfortantes tout en favorisant les passages plus improvisés, parfois un peu psychédéliques. L'other side s'ouvre au chant. Gimme Some More Of That du groupe Plus, n'a rien à envier aux compositions new-yorkaises. On avance sinon nous allons déroger à la règle principale de cette section si particulière. Je n'ai de toute façon pas envie de vous priver de découvertes aux airs de surprises délicieuses. On a droit à une apparition du groupe Placebo, non pas le groupe d'anglais dépressifs, mais l'autre moins connu mais tout aussi accrocheur. Avenue Louise des Black Blood est rafraîchissante tandis que Nico Gomez et ses percussions afro balancent un son plus osé. Il en est de même avec André Brasseur qui, avec Saturnus, verse dans l’ethnique et l'organique.
Sans avoir fait un tour complet du propriétaire il ressort de tout ceci un excellent moment. Disons-le sans détour, cette compilation est un indispensable à tout amoureux de funk et de musique. Aussi cool que sa pochette le laisse penser, Belgian Grooves From The 70's Part 1 est incroyablement riche en trouvailles. Comme nous le verrons, il y a du neuf qui ne mérite pas son prix de vente. Voici le divin inverse. A acheter les yeux fermés.







Jamiroquai ~ Emergency On The Planet Earth (1993)

Playlist : 1- When You Gonna Learn (Digeridoo) / 2- Too Young To Die / 3- Hooked Up / 4- If I Liked, I Do It / 5- Music Of The Mind / 6- Emergency On Planet Earth / 7- Whatever It Is, I Just Can't Stop / 8- Blow Your Mind / 9- Revolution 1993 / 10- Didgin' Out


Terra Australis Incognita.


photo cover funk 90's image groupe album
Music On Vinyl
 Tout débute avec un air de didgeridoo suivi d'une affirmation. Ceux ayant bien connu la musique des années quatre-vingt-dix, se souviennent de Jamiroquai. Sorti presque de nulle part, ce groupe aura, en trois ans et autant d'albums, placé en tête des charts un grand nombre de tubes inoubliables voire indémodables. La plupart d'entre nous, par contre, a oublié tous ces titre imbriqués au milieu de ces succès planétaires. Au choix, on pourra les nommer passe-plat de luxe ou faire-valoir. Tout n'y est pas exceptionnel, la constance n'est pas au rendez-vous mais beaucoup de choses sont néanmoins à retenir de ce premier jet sur une major. Cela ne me surprendrait pas qu'il fasse partie des préférés chez les plus vieux fans. Ce qui est certain en revanche c'est qu'il existe une complaisance envers Jamiroquai, que j'assume pleinement, puisqu'une quantité d'autres formations se verraient recalées au troisième rang avec ces quelques passages ennuyeux. Tout le reste, matin, midi et soir, est agréable à l'oreille grâce à un funk, toujours actuel, revisité aux goûts anglais. Car oui, si tout sonne comme labellisé saveurs du monde, Jay-Kay et sa bande sont bien des sujets d'Angleterre.

 Une philosophie expliquée en un titre. Emergency on Planet Earth se veut comme une leçon de morale musicale. Si c'est sans doute un devoir maintenant, pour beaucoup, être cool, au milieu des années quatre-vint-dix, passait par l'anticipation de tous les problèmes climatiques et naturels que nous subissons désormais. Jamiroquai était synonyme de cool attitude. Alors dès la première chanson, ils nous balancent un When You Gonna Learn ? Ni plus ni moins qu'un sermon envers tous les chasseurs, braconniers, et autres insquinteurs de mère nature. Bon, calmons le jeu d'entrée en relativisant la situation. Ce savon provient de mecs qui collectionnent les voitures de course. Mais après tout, rien n’empêche de se rendre à une manifestation pour la défense des animaux en Ferrari. Ni de verser des dons par ailleurs. L'ironie et l'hypocrisie à tous les étages mis de côté, on a affaire à un bon album. Je ne dirais pas qu'il boxe dans la catégorie des très bons à cause de tous les défauts déjà mentionnés sans les avoir tous cités. Dix titres pour une durée de cinquante-cinq minutes, cela tire parfois en longueur. Si suivant les gens ça n'en sera pas un, le problème des passages instrumentaux que l'on y trouve est que nous nous rendons vite compte à quel point la voix de Jason Kay est importante à l'homogénéité des chansons. Dès qu'il intervient au micro, tout prend une dimension supplémentaire, l'ensemble s'épaissit et l'assistance se réveille.

 Malgré ces vérités crues, il faut surligner la très bonne performance des musiciens. Quand on est capable de jouer ça, on est, dans ce domaine, capable de beaucoup. On peut ne pas aimer le dessin d'un tatouage tout en louant la maîtrise technique de son auteur. A l'image du reste, les lignes de basses sonnent toujours très justes... Sauf sur Whatever It Is, I Just Can't Stop. Vite bordélique, peu flatteur. Dommage, mais une nouvelle fois pas rédhibitoire.  La surprise prend forme avec la présence du très long Revolution 1993 qui fait le show sur une dizaine de minutes. Si on cherche les tubes les plus emblématiques du groupe, ce n'est sûrement pas sur Emergency On Planet Earth qu'il faudra se diriger. Plus intimiste, moins virevoltant, ce premier album pose les bases et reste un excellent moment lors d'une soirée entre amis. Ce qui n’empêchera pas quelques pas de danse entre deux verres. Certains lui reprocheront son aspect musique d’ascenseur, ceux-là et tous les autres pourront alors se tourner vers le troisième opus intitulé Travelling Without Moving. De plus et pour en terminer, en ce qui concerne l'édition gatefold sur le label Music On Vinyl, il contient deux LP de bonne facture. Cependant et comme souvent chez eux, le prix, aux alentours d'une trentaine d'euros est abusif.


A Tribe Called Quest ~ Midnight Marauders (1993)

Playlist : 1- Midgnight Marauders Tour Guide / 2- Steve Biko (Stir It Up) / 3- Award Tour / 4- 8 Million Stories / 5- Suck Nigga / 6- We Can Get Down / 7- Electric Relaxation  / 8- Clap Your Hands / 9- Oh My God / 10- Keep It Rollin' / 11- The Chase, Part II / 12- Lyrics To Go / 13- God Lives Trough


Some Girls. 


Jive
 C'est systématique. Partout, à longueur d'articles spécialisés sur eux, on oppose A Tribe Called Quest au gangsta rap. On l'agite tel un emblème du bon goût. En passant, nous n'hésitons pas à rappeler ô combien ce style se veut bien plus intelligent, mature, plus cru que tous les autres auquel on le confronte. Si on érige en triomphe ce groupe, c'est surtout car il sait rendre son art accessible. Midnight Marauders est dans cette veine. Rien n'y est musicalement agressif et le groove qui s'en dégage parvient à calmer les ardeurs pour peu que l'on ne se concentre pas sur les paroles. Originaires du Queens et ayant commencé presque au début du mouvement, ils n'ont de toute façon plus rien à prouver aux autres. Rien à leur soumettre non plus, si ce n'est une vision du monde. Peu importe qu'on l'adopte ou la rejette, cela n'aura aucune conséquence sur leur travail et à leur talent. Ils s'en foutent et ont raison. On ne peut pas en vouloir aux journalistes d'appuyer sur des différences qu'eux-mêmes auront tenu à mettre au clair au fil d'albums tous autant réussis. La chaîne en or qui brille n'est pas un sujet suffisamment dense pour qu'ils s'y consacrent pleinement.

 Paru en novembre mille neuf cent quatre-vingt-treize, Midnight Marauder n'a qu'un seul défaut. Il ne s'appelle pas The Low End Theory, soit le nom du précédent opus. Ce dernier, pourtant paru deux ans auparavant, le surclasse à peu près dans tous les domaines mais ce n'est pas une raison d'oublier celui-ci car il offre la même qualité, celle d'être passionnant. Il n'omet pas non plus de rendre hommage aux potes et autres influences éminemment importantes. Sa pochette affiche le visage d'une cinquantaine d'artistes, de quoi occuper l'auditeur pendant l'écoute du vinyle. C'est toujours appréciable un artwork sur lequel on peut s'attarder plutôt que l'on pose directement dans un coin. A chacun de leurs disques, le groupe sait y ajouter une ambiance. Un supplément d'âme grâce à des ficelles connues mais toujours bien senties. On s'enferme dans ces disques comme dans un film et des images psychédéliques parcourent notre esprit. Tout le monde aime A Tribe Called Quest. Peu importe la génération qui les découvre, elle ne peut qu'être emballée par l'offre. Midnight Marauders Tour Guide embarque le curieux sans combattre. Une qualité là encore assez rare. Ce groupe ne divise pas, il rassemble pour notre plus grand bien. C'est utile parfois. Tout n'y est pas nickel, et c'est précisément pourquoi son prédécesseur le dépasse. Quelques passages se font plus confidentiels mais lorsque cela arrive, d'autres moments rattrapent le coup et gomment les imperfections. 

 Ce hip-hop acidulé marchera encore pour les siècles à venir. Il est un éternel retour aux sources, plein de justesses. Une chose que le hip-hop n'aurait jamais dû quitter sauf le temps de quelques incroyables détours bénis de succès. Midgnight fait partie des beaux moments, tout comme We Can Get Down. La basse d'Electric Relaxation est un bonheur tandis que Clap Your Hand exprime pleinement ce qu'est ce groupe. Les réussites s’enchaînent sur la deuxième face mais ce n'est pas étonnant puisque la première était déjà très bien fournie en hit. Oh My God est selon moi un indémodable, un classique imparable. Alors que Lyrics To Go est une révélation. Là encore, inutile de tout révéler, la découverte n'en sera que meilleure. Ce disque peut s'écouter partout, de toutes les météos. Pour peu que l'on lui pardonne sa faible quantité de défauts, le bain de jouvence qu'est Midnight Marauders se doit d'être bien placé dans toutes les vinylothèques mondiales. Une distinction, un privilège, qui vaut pour n'importe quelle oeuvre d'A Tribe Called Quest. En guise de conclusion : Foncez. Un beau cadeau sous le sapin.


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