lundi 31 octobre 2016

Chronique : Marilyn Manson ~ Holy Wood (In The Shadow Of The Valley Of Death) (2000)


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Nothing Records

Playlist : A: In The Shadow : 1- Godeatgod / 2- The Love Song / 3- The Fight Song / 4- Disposable Teens 
D : The Androgyne : 5- Target Audience (Narcissus Narcosis) / 6- President Dead / 7- In The Shadow Of The Valley Of Death  / 8- Cruci-Fiction In Space / 9- A Place In The Dirt 
A : Of Red Earth :10- The Nobodies / 11- The Death Song / 12- Lamb Of God / 13- Born Again / 14- Burning Flag 
M : The Fallen : 15- Coma Black / 16- Valentine's Day / 17- The Fall Of Adam / 18- King Kill 33 / 19- Count To Six And Die (The Vacuum Of Infinite Space Encompassing)


Quatrième album du groupe, Holy Wood (In The Shadow Of The Valley Of Death) est paru le quatorze Novembre deux mille sur le label Nothing Records. Loin d'être sans reproches, il tire toutefois son épingle du jeu en nous proposant un univers dense et parfaitement bien développé


Un bon album d'un artiste de merde.


 Spontanément, c'est avec ces quelques mots que je décrirai ce disque auprès de quelqu'un qui ne le connaîtrait pas encore. J'y apporterai une précision toutefois, en soulignant que cela fait une éternité que je n'ai écouté ni l'artiste, ni cette oeuvre. Brian Hugh Warner, alias Marilyn Manson, se paie un luxe peu enviable. Il est de ces musiciens que l'on a appris à détester, le mot est faible, au fil de ses parutions. A tort, à raison, parfois même sans trop savoir pourquoi, ou plutôt selon des valeurs indiscutables mais au fond sans intérêt, une majeure partie des amateurs l'ont foutu de côté, afin de ne plus jamais y revenir. Brian n'est plus qu'une simple image du passé, au même titre qu'une foultitude d'autres avant lui. Une réminiscence enfermée dans une énième boite de Pandore, prenant la poussière sur une étagère. De temps en temps, on y pense avec une certaine affection, sans pour autant oser l'ouvrir de peur d'être déçu, de lui et surtout de soi-même. Une quinzaine d'années plus tard, il est l'heure d'affronter ses souvenirs. Je ne sais pas ce que je vais penser de cet Holy Wood, après une si longue absence mutuelle. Quoiqu'il en soit, je ne peux décemment pas renier toutes nos heures passées ensemble. A sa sortie, je l'ai aimé, beaucoup écouté. Aujourd'hui, j'ai bien peur de m'en foutre tant Manson est devenu l'apôtre du mauvais goût universel, sans parler du reste. Pourtant les anciens n'auront jamais tari d'éloges en ce qui concerne les premiers albums, tandis que les "nouveaux" venus, au milieu des années deux mille, se contentaient eux, en majorité, d'une sombre merde risible du nom de The Golden Age of Grotesque, n'ayant pour lui qu'un titre prémonitoire.

 Warner, sans en avoir conscience, nous pousse au questionnement. Devons-nous juger un artiste sur l'ensemble de sa carrière ou sur un point très précis de sa discographie ? Avec un autre protagoniste, la réponse serait limpide. Néanmoins, il me paraît inconcevable d'oublier que pendant des années et jusqu'à nos jours, lui s'est baigné, avec l'arrogance d'un empereur Romain, dans un micmac de facilité et d'inutilité la plus totale. Et pourtant, avant ça, Brian Hugh Warner avait du talent. Faut-il ou non résister à la tentation de lui enfoncer des poignards sous le cœur pour s'être bêtement brûlé les ailes alors qu'il n'a eu de cesse de fustiger tous ceux qui tombaient dans ce piège ? Devons-nous appuyer là où ça brûle, en sous-entendant toutes les cinq lignes qu'il n'est désormais qu'un sans-honneur du succès ? Je le crois intelligent, alors je ne peux m’empêcher d'imaginer que ses choix artistiques douteux ainsi que se foutre de son public est une chose manigancée avec ses managers et sa maison de disques dans le seul but d'amasser le plus de fric possible, tant que c'est possible. Je n'ai rien contre, quand les ambitions sont affichées à la manière des vendeurs de hot-dog que l'on trouve parmi la musique dite populaire. Par contre lorsqu'on se fait passer pour une personne intègre, ce n'est rien d'autre qu'une mesquine trahison. Nous avons donc affaire à une équation à base d’objectivité et de subjectivité, mélangé au temps qui passe. Sans oublier d'être honnête, je vais cependant tenter de dissocier cet Holy Wood du lot de génies et de bouses qui l'accompagnent. Ne pas faire de comparaisons envers le reste, sauf pour préciser que cet album est voulu comme une introduction à Mechanicals Animals et Antichrist Superstar. En le mettant dans de si bonnes dispositions, j'ai un maigre espoir. Celui de ne pas avoir à cracher sur un coup de cœur d'antan. Je doute que cela suffise lorsque la fin de cette heure de musique pas tout à fait comme les autres se fera entendre.

Adam sans sève.


 Si la musique de Marilyn Manson est quelque peu différente c'est parce qu'elle est tellement théâtrale, que l'on se demande où se situe la part de sincérité et où commence le marketing facile. C'est une question qui se pose envers l'homme en priorité. Si je me concentre sur Holy Wood, c'est parce que tout d'abord il s'agissait de mon préféré dans l'éparse discographie du groupe et qu'ensuite, ce disque me semble le moins caricatural, tout en l'étant de façon extrême. Il me semble que c'est sûr celui-ci que l'artiste projette au mieux ses pensées les plus profondes et que s'il produit du show, on ne peut pas se refaire, c'est pour mieux mettre en valeur ses vérités et son existence. Pour ceux qui souhaitent le découvrir, il vaut mieux vous prévenir. Le cœur de cet album balance sans arrêt entre violences sonores, d'un niveau acceptable néanmoins, et monuments de tendresses auditives. D'une chanson à l'autre, on se retrouve aux extrémités d'un terrain de jeu et le juste milieu n'existera pas vraiment. Sans surprises, beaucoup de titres sont édités afin d'atteindre une cible principale qui n'est autre que les adolescents. Ça sonne fort, ça hurle, ça provoque et ça passe sur MTV grâce à des clips soignés. Aucune critique, tout juste un constat. Ces passages ne sont pas mauvais, ils ont leurs rôles et les défauts de leurs qualités mais ce n'est pas le plus attrayant. C'est du rock étudiant, rien de plus. Un défouloir de trois minutes et on oublie. Avant de poursuivre, il faut signaler que ce long album se divise en quatre catégories. Chaque segment est assimilé à une lettre qui mis bout à bout forment le mot Adam, le souci du détail. La partie A, donc, met à l'honneur une succession de tubes électriques. Si certains passages sont très percutants, on retient avant tout la voix d'un Manson donnant tout pour tenter de ne pas trop sombrer dans le classicisme. Ces chansons ont aussi le mérite de mettre sans ménagement l'auditeur dans l'ambiance, que ce soit musicalement ou par l’intermédiaire de paroles intéressantes, nous y reviendrons.

 La partie D, nommée The Androgyne, est, à mon sens, bien plus captivante. Les mélodies ralentissent sur Target Audience (Narcissus Narcosis) avant de monter en pression. Bon, ce n'est pas exceptionnel d'originalité, je vous l'accorde, mais j’apprécie cette chanson alors je la cite. Elle a un petit truc en plus. Tout comme President Dead qui dispose d'un gimmick inoubliable. De plus le jeu de basse de Twiggy Ramirez est à souligner. Ce titre dure trois minutes treize, une référence à l'image trois cent treize du film d'Abraham Zapruder qui montre l'instant précis de la balle percutant la tête de Kennedy. Le souci du détail, une nouvelle fois. Puisque j'y fais référence, les musiciens sont tous excellents. S'ils leur arrivent de se perdre dans quelques passages peu inspirés, allant parfois jusqu'à heurter l'oreille, rien n'est rédhibitoire et tout glisse. Au milieu du vacarme, nous aurons droit à des bouffées d'air frais. Certains moments seront froids et doux avec juste une guitare, une voix et des nappes de claviers très agréables avant une explosion sobre. Ce ne sera pas joyeux mais comme ici peu de choses le sont, on s'en fout. Cruci-Fiction In Space compte parmi mes titres favoris tandis que A Place In The Dirt m'emmerde. C'est à la fois le don et la malédiction d'un riche contenu. Je mets de côté The Nobodies et The Death Song qui feront chavirer les adolescentes pour me concentrer sur Lamb Of God. Elle traite d'un éternel sujet. Le rôle important que les divers médias ont afin de rendre culte un artiste fraîchement décédé. Pour enrichir son propos, Brian se sert avec logique de quelques figures du club des 27. Outre ça, la chanson ne vaut cependant pas grand chose. Les deux suivantes non plus d'ailleurs. C'est too much, ça l'a toujours été.

 C'est le problème central de cet artiste, de vouloir en faire trop sans manquer de piétiner le reste. Heureusement, personne ne retiendra ses écarts peu glorieux. Surtout qu'ensuite Coma Black, sur la partie M, sauve ces minutes de gênes. Bien que convenue, elle fait son job. Elle n'agresse pas pour le plaisir. J'ai toujours adoré le début de chaque couplet de Valentine's Day. Seulement le début, le reste me fatigue. C'est un reproche que personne ne peut faire à l'encontre de Count To Six And Die (The Vaccum Of Infinite Space Encompassing). Il s'agit d'une conclusion parfaite pour un tel disque. Car même s'il possède énormément de défauts, on ne peut se résoudre à lui enlever sa force. Il est travaillé jusqu'au moindre recoin. C'est un patchwork du savoir-faire de son auteur. Il faut voir Holy Wood comme un concept album et non pas comme une suite illogique de titres. On suit l'histoire d'un personnage venu de la vallée de la mort pour défier les institutions mises en place à Holy Wood. On retrace son parcours jusqu'à son suicide présumé puisque même si sa prise de pouvoir est menée à son terme, les médias transforment cette révolution en un acte minable et égocentrique. Très honnêtement, on se fout que telle ou telle chanson soit moins bonne car l'authentique intérêt se trouve dans le récit que Brian Warner narre. Cet album est long mais dans cette optique, il le fallait bien. Chacun jugera si c'est une qualité ou un défaut. A la vue de la pochette et du titre, ce n'est pas un scoop. L'album traite de la mort et plus largement de la violence physique et psychologique. Puisque nous sommes à l'approche d'Halloween, on peut s’arrêter là pour être dans le thème. Mais comme son auteur, poursuivons la réflexion et allons plus loin. Cette oeuvre est une cinglante réponse à tous ceux qui, en Amérique, accusaient le groupe d’être, en grosse partie, responsable de la fusillade de Columbine, survenue un an plus tôt. C'est une grande tradition américaine de s'en prendre aux artistes comme instigateurs de violences qu'une société, malade de ses propres maux, est incapable de comprendre et de résoudre. Rappelez-vous de Judas Priest et de tant d'autres, la liste est si longue. Lorsqu'un gouvernement est dépassé par une situation, il tape sur les plus visibles. Et si à la suite de ce drame une chose était bien visible, c'était Manson. Bien entendu, au lieu de le réduire à néant, tous ces juges d'un jour ont donné un coup de pub énorme et gratuit au groupe. Il a su en tirer avantage. Avec ce genre de conneries c'est toujours l'effet inverse qui se produit. Du coup, Brian et ses acolytes, en ont profité pour taper avec encore plus de verve sur tout ce qu'ils considéraient comme nauséabond, à tort ou à raison là aussi. Ainsi toutes les chansons parlent du rapport intime que la société américaine entretiens envers les armes, Dieu, et le pouvoir. Qu'il soit dû à la célébrité ou gagné par la corruption. Il enfonce le doigt dans une plaie bien ouverte et étaye ses propos avec des pensées provenant d'hommes politiques, de poètes, de tueurs en série, tout en y ajoutant les siennes. Si par habitude je dis toujours que les lyrics ne sont que rarement importantes dans le rock, ici elles sont franchement bien écrites et méritent un coup œil attentif.

Petit singe savant.


 Se sentant physiquement menacé par l'affaire Columbine, Manson a su transformer de la plus belle des façons ses angoisses en art. Un pied-de-nez dont les paroles prévalent sur tout, sauf sur l’atmosphère. Si je doute très fortement de sa sincérité sur les productions qui suivront, Holy Wood transpire l’honnêteté, au moins intellectuelle. L'aspect sale que l'on pouvait entendre par le passé a disparu au profit d'une production soignée. Là où je ne suis plus d'accord, c'est que d'un bon album, l'artiste en a fait un show afin d'impressionner les candides. C'est la suite de l'histoire, réelle cette fois, qui est pathétique et méprisable. Si après ce disque Warner avait fait preuve d'humilité, je reste persuadé que Marilyn Manson serait bien mieux considéré aujourd'hui en tant que groupe et en tant que personne. A force d'écrire sur une rock star s'épanchant sur son fric en disant des fuck insipides aux institutions, c'est ce qu'il est devenu. A une différence prés, la réalité est moins cool que ses premières parutions. A force de le voir faire le mariole dans les journaux, se gausser d'être connu, il n'est pas étonnant que plus personne ou presque n'arrive à le blairer. Il n'est désormais plus qu'un primate médiatique au lieu d'être un artiste, c'est plus pitoyable que triste. Tout ce ressentiment éprouvé envers lui, est, avec toute l'évidence de l'humain, retombé sur la gueule du petit fan portant un t-shirt à son effigie. D'un mouvement pas nouveau mais relativement sobre, nous étions arrivé aux goths partout à la télé, sur M6, dans les cours d'école. Une mode comme une autre dont la figure de proue n'était qu'autre que Manson. Par conséquent il s'est vu affublé de tous les abus d'un mouvement qui partait en couille. Un délit non pas de sale gueule mais de gueules à clichés. C'est sans doute cruel car c'est surtout omettre tous les gens qu'il avait su rameuter pendant des années mais voilà ce qui arrive quand soudainement on se met à produire un art si déficient qu'il en devient quelconque jusqu'à tomber dans l'oubli le plus profond.

 Un jour nous apprendrons la mort du chanteur, écrivain, musicien et je ne doute pas que le soir même, tous les médias en parleront. Beaucoup sortiront du bois pour nous affirmer à quel point sa musique était formidable. Les grands cerveaux des majors nous sortiront des best of ainsi que des titres mauvais mais qui attendaient patiemment cette heure pour surgir dans les bacs à disquaire. Je ne dirais pas que la musique de Marilyn Manson est formidable. Simplement qu'elle était bonne pour une époque définie. Aujourd'hui, elle vaut ce qu'elle vaut, au gré des souvenirs. Holy Wood possède des passages sublimes et beaucoup d'autres laissant froid. Il a mal vieilli, ce qui n'est pas un défaut pour celui qui le découvre. Une chose est sûre. Tu aurais dû te suicider pendant qu'il était encore temps Brian. Après cet Holy Wood (In The Shadow Of The Valley Of Death). Avec cynisme qui te caractérise, tu serais devenues la légende que tu espérais tant être, même sans avoir vingt-sept ans. Maintenant c'est trop tard, continue de vivre puisque le hype train est définitivement passé. Tu es le ringard aux trois bons albums, c'est déjà beaucoup. Je me doute que l'envie te démange de sortir un nouvel album, au moins pour le fric, mais va peindre si tu veux, on s'en branle, laisse juste les gens qui t'ont connu en forme garder leurs bons souvenirs de toi. Laisse les apprécier une musique qui quoiqu'on dise ne s'oublie pas seize ans plus tard. Les airs, les paroles, sont restés en tête, c'est une preuve suffisante pour affirmer que ce disque a sa place aux côtés des classiques du genre.

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