mardi 11 octobre 2016

Chronique : Ghinzu ~ Blow (2004)


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Dragoon

Playlist : 1- Blow / 2- Jet Sex / 3- Cockpit Inferno / 4- Do You Read Me / 5- 'Till You Faint / 6- The Dragster Wave / 7- Sweet Love / 8- Hight Viltage Queen (Reign Of) / 9- 21st Century Crooners / 10- Mine / 11- Horse / 12- Sea-Side Friends

Si le nom tranchant de Ghinzu flatte votre oreille, Blow, paru en deux mille quatre sur le label Dragoon, n'y est sûrement pas étranger. 


No One Is Innocent.


 En musique, j'ai peu de regrets. Un d'eux persiste néanmoins. Il est endémique, me revient régulièrement en tête : Blow n'existe pas en édition vinyle. A l'heure où l'on inonde littéralement le marché d'albums parus, vendus, entendus, mille fois sous ce format, ce fait apparaît comme une anomalie étrange. A première vue, en tout cas. Car une fois que l'on a conscience que le label Dragoon appartient au groupe et non à une firme multinationale, les choses s'éclairent et deviennent assez compréhensibles, au moins sur le plan financier, encore lui. Rien n'est perdu, qui sait ? Puisque la mode est aussi aux campagnes participatives investissant dans tout et le n'importe quoi, peut-être, qu'un jour, nous aurons droit à une parution en LP, de bonne facture si possible. Ayant moi-même la flemme, j’espère qu'une âme charitable entendra cet appel et qu'une horde de fans y contribuera. Au fond, peu importe les caprices des diggers, ça n'a rien d'un drame. Comme toujours, le principal reste le contenu plutôt que le contenant et quelle que soit sa forme celui-ci excelle. En deux mille quatre, lors de ma découverte de l'album, c'est une claque, franche et vraie, que je me suis reçue. C'est d'autant plus costaud que mes coups de cœur parmi l'art musical post-deux mille se comptent sur les doigts d'un lépreux. J'abuse à peine. Si cette année-là on trouvait des choses intéressantes dans le rock, il n’empêche que ce style titubait, tel un jeune à sa sortie d'un établissement de nuit. Ghinzu, accompagné d'un petit cercle de Mohicans, était arrivé à point nommé pour le porter à bout de bras avant qu'il ne se casse, jusqu'à la prochaine vague, la gueule de son piédestal. C'est vrai, le metal parvenait encore à maintenir la tête hors de l'eau, outre ça, la machine à rêves n'était plus qu'une usine à cash peu inspirée et sans gloire. Tant pis, on ne peut pas vraiment dire que le rock soit tombé de haut, quelques marches à peine. Après tout, la décadence ne datait pas de la dernière pluie et nous n'étions abreuvés de productions merdiques que pour tenter de faire illusion envers un héroïque passé. Ou tant mieux, suivant les opinions. Tant que l'horloge munie de sa petite aiguille de vie, du temps et de la mode, tourne sur elle-même sans interruption; dans un mouvement perpétuel devenu lassant une fois qu'on en a compris ses codes. Sans aucun remord, d'autres genres ont trusté les charts et les cœurs jusqu'à en remplacer un qui ne méritait plus rien à force de stagnation intellectuelle et culturelle. Une occasion pour bon nombre de découvrir d'autres horizons, tout aussi intéressants dans leurs approches. Bref, donc au même titre que Queen of Stone Age, Ghinzu reste une des rares choses électriques que je retiendrais de la première décennie de ce nouveau siècle, si terne pour l'humanité en beaucoup de points qu'il y a de quoi tomber en avance dans un trou qui nous attend tous patiemment.

 Notre menu du jour débute par un long morceau. Une opportunité me permettant de souligner à quel point j'ai toujours apprécié les albums comportant au moins une chanson fleuve au sein de courtes. Un pari risqué mais gagnant quand on dispose du talent approprié. Chacun en pensera ce qu'il désire mais en ce qui me concerne Blood Sugar Sex Magic des Red Hot Chili Peppers est un grand album. Comme toute leur discographie, évitez le en live cependant. Beaucoup de titres sortent du lot mais Sir Psycho Sexy bien plus que les autres. Pourtant il démarre de la même façon. D'un increvable entrain, le groupe nous balade pendant quatre, cinq, minutes. Puis débarque, en une fraction de seconde, un coup que personne n'avait vu venir, imparable. Un fragment auditif fabuleux, grandiose d'émotions. Une atmosphère incroyable déstructurante d'esprit. Cette magie imprévisible renforce la passion et ce en quoi on croit. De Flea à Frusciante, chaque note sonne comme elle devait sonner afin que cet instant soit béni d'une grâce absolue. Cette durée, bien que relativement courte, plane au-dessus de l'Everest. Même le plus dur des black metalleux ou le plus réfractaire à la musique ne peut y être insensible. Ça marque au fer rouge, en tout cas moi ça m'a marqué au fer rouge. Pourtant, ce n'est qu'une espèce de pop instrumentale. Elle bénéficie juste de ce truc en plus que les rockeurs ont toujours su apporter à ce genre de compositions. Des tas d'albums en ont, des beaux moments. Heureusement, sinon autant arrêter là mais lorsque vous entendez ces performances mélodieuses, vous savez que vous tenez entre les mains un grand disque. Rien n'est innocent. Si je vous en parle ce n'est pas pour le simple plaisir d'être hors-sujet. Ce sentiment de maîtrise est présent dans Blow. Il s'appelle même Blow. Comme tous les titres d'exception, il en a l'allure, la facilité et un génie presque irréel.

 Une batterie aux rythmes classiques mais efficaces dans trois cents ans, une mélodie très simple. Une basse dont les gens ne prêteront guère d'attention, une constante, mais qui soutient fermement le tout. Sans oublier une guitare dans son rôle de guitare. Ajoutez un synthé et le tout roule dans la facilité la plus cossue. Je grossis volontairement le trait puisque, bien entendu, rien n'est si simpliste mais au-delà d'un jeu c'est avant tout l'ambiance que l'auditeur ressent qui prime. Celle de Blow prend les tripes. Nous quittons le registre des harmonies inoffensives et amoureuses des RHCP pour nous catapulter dans un roman des plus glauques. La beauté a différentes formes et celle-là se couvre de toute sa panoplie poisseuse, noire, rageuse. Nous sommes pris par le col et jetés en pâture au milieu d'un vide mi-angoissant, mi-familier. Les envolées de brutalités sonores pourraient en rebuter quelques-uns mais on s'en fout. Ils seront passé à côté de l'essentiel et cela arrive. Ecoutez Saucerful of Secret des Pink Floyd, il y a aussi divers instants d'une violence extrême suivant l'état du cerveau au moment de l'écoute. Néanmoins nous passons au-dessus parce les minutes qui précèdent et qui succèdent sont fabuleuses d’ingéniosité. Je ne cite pas ce monument pour rien, là encore. Blow et Sir Pycho Sexy, en sont les enfants directs ou indirects, ça ne fait aucun doute.


French rock is like English wine. 


 Les premières secondes de cet album sont de toute façon trompeuses. Il ne faut pas croire que Ghinzu fabrique une musique calme, à dire vrai nous en sommes même très loin. Une grande partie des titres possède une enthousiaste vitalité. Ça collait bien à l'époque. Do You Read Me, Cockpit Inferno, auraient très bien pu être crées par des Anglais. Les Belges ont toujours eu ce talent. Depuis tant d'années maintenant, ils sont bien plus doués dans la production et la fabrication de musique que des Français. Pour s'en convaincre il suffit d'écouter la compilation Funky Chicken Belgian Grooves From The 70's. M'enfin passons, il ne faut voir dans ces propos aucune polémique stérile. Seulement mon aigreur envers un rock français merdique à quatre-vingt-dix-huit pour cent. Le début deux mille flirtait avec une mondialisation sans filtre de toutes les matières possibles, qu'elles soient mortes, vivantes ou créatrices, peu importe. Ce n'est donc pas surprenant qu'un savoir-faire s'exporte, il faut aussi des bons côtés parfois. Nous disions donc, moult morceaux gueulent et sonnent avec agressivité. D'ailleurs, je ne suis pas fan de 'Till You Faint pour cette raison précise. Pourtant je suis un inconditionnel de Sonic Youth et quelques petites choses me font dire qu'eux aussi. L'approche est semblable. Mais voilà, suite à ce léger raté vous trouvez un Dragster Wave énorme d’efficacité, une nouvelle démonstration de génie. Nul besoin d'un paragraphe explicatif, nous pouvons le résumer. Transposez ici les louanges de Blow et ajoutez-y le mot douceur. Ces musiciens ne cachent pas leurs sentiments, ni les plus sombres ni les plus attachants. Au lieu de ça ils les exposent car ils ne sont pas dupes. Ils savent que c'est ce que l'on retiendra avant tout d'eux. Le synthé en sort gagnant mais le reste vaut le détour. J'ai toujours pensé que cette chanson serait un formidable accompagnement pour court métrage. Elle est très cinématographique, voire photogénique. C'est possible qu'un réalisateur l'ait déjà utilisée d'ailleurs, je n'en sais rien. Une énième fois la violence musicale s'entoure de coton, une énième fois cela fonctionne.

 Parfait ne veut pas dire dépourvu de défauts. Surtout quand ceux-ci sont purement subjectifs. Sweet Love c'est mignon mais c'est trop. Je n'aime pas la guimauve sauf si elle est signée America. D'autres l'aimeront pour moi, je ne me fais pas de souci, question de cibles. Ce n'est pas simple de passer derrière Dragster Wave, quoiqu'on en pense. Un disque prenant des risques en ne proposant pas la même chose en boucle est de toute manière peu critiquable sur ses choix. On aime, on laisse. Tant que son squelette reste clairement identifiable, il a le droit et parfois le devoir de varier, de plaire au plus grand nombre. Grâce à son ambiance générale, un de ses gros points forts, Blow reste homogène. A chaque début de chanson, on peut se permettre d'en douter mais au final toutes font taper du pied et toutes trouvent leurs places dans une histoire plus globale, semblable à nos songeries. Par exemple, High Voltage Queen n'est pas ce que je préfère entendre au quotidien mais malgré tout elle parvient à capter mon attention. Avec justesse, elle s'imbrique au reste pour former un ensemble agréable. L'instant absurde de cette chronique se situe au niveau de la pochette. La pauvre, c'est pas de sa faute à elle. L'édition Belge, montrant une photo d'un John Stargasm - chanteur - décapité, s'est vue censurée dans les autres pays. L'artwork pour le reste du monde représente deux chevaux... Ça n'a au fond rien à voir avec mes propos précédents mais je suis toujours étonné qu'une oeuvre se fasse expurger sans raisons valables, surtout quand, à l'instar de celle-ci, elle est inoffensive. Par contre, en parlant de chant, il compte pour beaucoup dans la cohésion de l'album. Lorsque des musiciens trouvent leur voix alors tout ne peut qu'aller dans le bon sens. On passe rapidement sur les derniers titres, dont le très sympathique instrumental 21st Century Crooners, car ils sont largement au niveau. On mentionnera tout de même un Horse, nous faisant penser pour la dernière fois aux mélodies Floydienne, ce qui restera un éternel compliment. On en termine avec Sea-Side Friends, un bon titre afin de clôturer un album à la beauté divine et noire.

 Moins candide que ses premières notes laissent transparaître, Blow est une oeuvre profonde. Certes, ces gens gueulent, jouent forts, sont explosifs mais c'est pour mieux mettre en valeur tous les moments de quiétudes et d'ingéniosité qui y figurent. C'est un disque bicéphale, un Kinder Surprise sur lequel, à notre première écoute, nous ne savons sait jamais vraiment sur quoi nous allons tomber. De par son jeu, son chant, ce groupe se démarque en ayant sa propre identité, là où, durant toutes ces années, tout avait pour fâcheuse habitude de se recopier à l'infini. Dans un monde en mutation où la moindre action tue, ils faisaient du bien. Ils en font encore. Cet album était définitivement parfait pour son époque. Dans soixante ans, des jeunes le découvriront en se disant probablement que le début du siècle était une période cool. Malheureusement pour la naïveté des sentiments, cette ère a été filmée, archivée pour l'éternité. Laissons aux abîmes un futur trop lointain pour être véridique, ainsi qu'un passé si éloigné qu'il s’efface, peu à peu de nos premiers disques durs. Le groupe sort prochainement un nouvel album, nous verrons le chemin que ces musiciens prendront à cette occasion. Nous le jugerons peut-être. Une chose est certaine à mon esprit : si le rock est tombé de son piédestal ce n'est sûrement pas à cause de Ghinzu.


Ghinzu ~ Dragster Wave


4 commentaires:

  1. Fantastic, album mythique, ma chanson preferee est the dragster wave, je conseille à tous les fans le live des vieilles charrues de 2009, vivement le vinyle!!

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  2. https://www.youtube.com/watch?v=jmHUelQJGuA

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  3. Des infos sur la sortie du prochain album?

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    1. Aucunes malheureusement, si ce n'est qu'il devrait sortir "prochainement", courant 2017 j’espère.

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