mardi 16 août 2016

Chronique : B-Ball's Best Kept Secret (1994)


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Immortal Records

Playlist : 1- Bamboo - Hip Hop Basketball Genie / 2- Dana Barros - Check It / 3- Malik Sealy - Lost In The Sauce / 4- Shaquille O'Neal - Mic Check 1-2 / 5- Bobbito - Earl The Goat / 6- Cedric Ceballos - Flow On / 7- Brian Shaw - Anything Can Happen / 8- Chris Mills - Sumptin' To Groove To / 9- Sway & King Tech - From The Bay To L.A / 10- Jason Kidd - What The Kidd Did / 11- J.R. Rider - Funk In The Trunk / 12- Bobbito - Phat Swoosh / 13- Dennis Scott - All Night Party / 14- Gary Payton - Livin' Legal And Large / 15- DJ S&S- DJ S&S Represents / 16- Dana Barros & Cedric Ceballos - Ya Don't Stop

Lorsqu'un objet culturel est issu d'une franchise célèbre, il n'a, dans la plupart des cas, que très peu d’intérêt. Trop commercial, et donc trop facile, pas assez subtil, formaté à tous les étages, les griefs envers ces pratiques ne manquent pas. Et puis comme toujours, on trouve ici et là des exceptions extraordinaires. B-Ball' Best Kept Secret, sorti chez Immortal Records, fait partie de ces coups de cœur inattendus mais néanmoins explicables.


NBA Jam 94.


 Puisque le mois d’août est d'ordinaire régulier dans l'ennui qu'il procure, employons-nous à chroniquer une compilation ayant pour distinction de ne pas être chiante. Bien que - et nous y reviendrons - comme pour la plupart des mosaïques musicales, cette oeuvre parue en mille neuf cent quatre-vingt-quatorze n'est pas exempte de tout reproche. Rien de plus qu'une simple affaire de goût et de genres car sur sa globalité ce disque peut sans difficulté figurer parmi les indispensables de tout amateur de hip-hop. Inutile de se fourvoyer en une longue présentation. Par conséquent, disons sans détour que B-Ball' Best Kept Secret est une compil' regroupant une quinzaine de basketteurs de la ligue américaine. La NBA à son âge d'or. Intarissable en légendes éternelles, en talentueux esthètes du sport, qui auront fait rêver une grande partie des gamins de la planète lors des Nineties et auront imprégné de leurs prouesses l'esprit des autres. Surtout pour tous ceux qui auront posé leurs mains sur un célèbre jeu vidéo. Si les plus experts trouveront familiers des noms présents, le commun des mortels se rattachera au seul, sans doute, qu'ils connaîtront, même très vaguement, en la présence de l'immense pivot : Shaquille O'Neal.

 Une intro prolixe en guise d'introduction, nous voilà rassurés sur la logique des choses. Cinquante secondes d'un bla-bla efficace, tranquillisant sans attendre l'auditeur sur le reste de cette aventure sonore. Aucune tergiversation accessoire, les trois premiers morceaux sont redoutables d'efficacité, chacun dans son genre. Membre des Sixers au moment de la parution, Dana Barros ouvre le bal et ne se loupe pas. Son flow sur Check It est du plus bel effet en plus de disposer de toutes les nécessaires aptitudes capables de rendre jaloux n'importe quel rappeur du continent américain. Constat équivalent en ce qui concerne le deuxième titre. Avec Lost In The SauceMalik Sealy délivre une prestation superbe. Tout de même, soulignons par honnêteté intellectuelle qu'avec ce genre d'instru, assez incroyable, tout devient plus facile. Cependant le joueur des Clippers parvient à faire un vrai bon instant d'une musicalité à la fois subtile et affirmée. Pas le temps de se remettre de ces airs mélodieux, à base de saxo tout droit sorti de l'Arme Fatale, que Shaquille prend place. Pourvu d'une agressivité toute personnelle, l'inoubliable numéro trente-deux des Magic balance un rap plus classique, plus direct mais qui, j'en suis certain, marchera toujours dans soixante-dix ans. Il convient d'émettre un petit bémol toutefois. On aurait apprécié que son featuring avec III Al Skratch ne se transforme pas davantage en un duo, pour ne pas dire plus. Après tout les autres joueurs se démerdent majoritairement seuls. M'enfin, c'est un détail alors ne soyons pas trop dur et notons, quoiqu'il en soit, que The Big Aristotle s'en sort avec les honneurs.


Boom Shakalaka.


 A l'instar d'un Sub Pop 200, une première coupure fait son apparition. Plusieurs fois - trop sûrement - divers intervenants passeront par là. Un simple prétexte afin de ne pas être dérangé par un changement trop violent entre les genres proposés. La preuve avec Flow On de Cedric Ceballos. On apprécie ou non, personnellement je ne suis pas du tout fan de ce morceau manquant de testostérone. Il en faut pour tous, ainsi je ne doute pas que certains seront comblés par ce qu'il propose car, quoiqu'il en soit, il est, à l'image de tout le reste, plutôt bien produit. C'est de toute façon le lot de toutes les compilations. On prend le risque de laisser de côté bon nombre de chansons. On fait notre propre sélection et parfois nous doutons. On aime ? On déteste ? On ne sait tout simplement pas. C'est mon cas avec Brian Shaw. Les couplets de Anything Can Happen sont vraiment pas mal mais par contre le refrain est ennuyeux au possible. Dommage, la ligne de basse tournant derrière aurait mérité mieux.

 Deux compos un brin décevantes quand soudain Chris Mills rehausse largement le niveau avec son Sumptin' To Groove To. Plus noir, inquiétant, plus blasé aussi. Un charme indéniable s'en dégage. Là encore l'instru y est pour beaucoup. Il s'agit de la véritable réussite de ce disque. A l'écoute de B-Ball' Best Kept Secret, la musique est ce que l'on doit retenir en premier. Elle est souvent inspirée, bien trouvée, toujours manufacturée avec soin. Cette oeuvre n'est pas le fruit du hasard. Elle n'a pas été faite par des producteurs avides d'argent mais par des artistes connaissant leur sujet. S'il y a du fric au bout, eh bien tant mieux. Avec une probabilité certaine, beaucoup me soutiendront que ce n'est dû qu'à un simple changement d'époque. Pour autant je suis persuadé que si nous faisions, de nos jours, le même genre de disque, tout sonnerait de façon dégueulasse. Ben tiens, un peu comme sur What The Kidd Did de Jason Kidd. Si à la première écoute on peut trouver ces quatre minutes marrantes, voire sympathiques, au sens le plus minimaliste du terme, on s'en lassera vite. Pour ma part c'est raté sur tous les points, tant pis. Heureusement qu'Isaiah (J.R) Rider remet les pendules à l'heure. Si, sans surprise, les références aux grands noms se succèdent au fil des chansons, Funk In The Trunk aurait pu sortir sur n'importe quel disque hip-hop de ces trois dernières décennies. En trois secondes, on se plonge dans ce bon vieux cliché nous mettant en scène au volant d'une vieille américaine. Bien entendu accompagné d'individus habillés en baggy, Caterpillar et chemise à carreaux. Caricature manière Straight Outta Compton mais toujours efficiente. Reste plus qu'à savoir si le bandana est rouge ou bleu. A vous de prendre parti et d'éviter les balles perdues ou directement adressées à votre encontre. Bref, encore un titre radieux. Un interlude de plus, avant de se rendre compte qu'Orlando est décidément à l'honneur. Mauvaise pioche, Dennis Scoot et son All Night Party ne resteront pas dans les mémoires et ce malgré un refrain qui, lui, reste en tête. Vu à quel point il peut en devenir irritant, ce n'est pas un compliment.


Tu contestes ? 


 Mille neuf cent quatre-vingt-quatorze ce n'est pas seulement la sortie du Power Mac, ni même de Pulp Fiction ou de Léon dans les salles françaises et encore moins les débuts de C'est Pas Sorcier à la télé. C'est surtout l'époque choisie par Seattle pour proposer l'un des meilleurs logos de l'histoire du sport avec celui des SuperSonics. Splendide oui. Ils ne bénéficiaient pas uniquement de talentueux graphistes puisque Shawn kemp, en duo avec la superstar Gary Payton, a fait les beaux jours de l'équipe. Si je le mentionne ce n'est pas pour rien, on retrouve ce dernier sur Livin Legal And Large. Ce morceau n'aurait pu être qu'une sombre parodie et ce dès les premières secondes. Au final, il n'en est rien. L'alchimie se produit et c'est une réussite. Cette affirmation est toutefois à prendre avec des pincettes, puisque, sachez-le, je suis fan de Seattle dans environ tous les domaines. Néanmoins, nous serons tous d'accord pour dire que nous avons jusqu'à présent eu pire. En clap de fin, Cedric Ceballos a l'occasion de se racheter grâce à un tandem avec Dana Barros sur Ya Don't Stop. Sans être aussi insuffisant que lors de sa première prestation, le son lourd ne fait pas de miracle et l’intérêt ?  presque inexistant.

 Grâce, notamment, à des instrus remarquables d’efficacité, le bilan de ce B-Ball's Best Kept Secret est positif. Quelques passages moyens mais ce n'est, je vous l'assure, jamais catastrophique. A l'image d'un sport collectif, chaque personne aura ses favoris. A titre d'exemple, et si je le fais pas ici, je ne le ferai jamais, Magic Jonhson et Larry Bird sont pour ma part les deux véritables légendes du basket, tandis que d'autres préféreront Michael Jordan ou Kareem Abdul-Jabbar. Ceux qui restent les aimeront tous et les derniers s'en foutront royalement. Bref tout ceci pour dire que cette compilation est vivement conseillée à tous les passionnés de hip-hop ou de musique dans sa plus large expression.



Malik Sealy ~ Lost In The Sauce

J.R. Rider ~ Funk In The Trunk

4 commentaires:

  1. Servetheservants20 août 2016 à 07:43

    A posséder, pour la pièce, à mon avis pas rééditée à ce jour, mais je n'en suis pas sûr. Très bonne critique.

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    1. La pochette est super bien faite, et va avec l'intro du disque, ça serait bien si l'on pouvait voir d'ailleurs des photos.

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