mardi 3 mai 2016

Chronique : Sex Pistols ~ Never Mind The Bollocks, Here's The Sex Pistols (1977)


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Glitterbest

Playlist (Glitterbest Press): 1- Holidays In The Sun / 2- Liar / 3- No Feelings / 4- God Save The Queen / 5- Problems / 6- Submission / 7- Seventeen / 8-Anarchy In The UK / 9- Bodies / 10- Pretty Vacant / 11- New York / 12- EMI 

Grand amateur de punk, il fallait bien que ça arrive. S'attendre à la chronique d'un des albums les plus mondialement connus. Never Mind The Bollocks, Here's The Sex Pistols est paradoxal, c'est ce que nous allons voir sans plus tarder.


Don't know what i want, but i know how to get it. 


 Tandis que Donna Summer, au cours de l'été mille neuf cent soixante-dix-sept, interprète son envoûtant I Feel Love dans d'illustres clubs new-yorkais, les heureux spectateurs cocaïnomanes aux regards libidineux ne se doutent pas encore que la musique entrera dans une nouvelle ère dès l'automne. Une nouvelle mode, que dis-je, une nouvelle façon de vivre s’apprête à éclater au grand jour, bien décidée à heurter la sensiblerie ambiante. Qu'elle soit jugée vulgaire, brutale ou perspicace, cette attaque de l'establishment aura plus de similitudes avec une explosion atomique qu'avec une de ses futiles et traditionnelles révolutions pacifiques. Lassés d'une uto-hippie aux louanges datées, de grosses poignées de jeunes gens sont déterminés à taper un grand coup dans la fourmilière. Les pionniers étaient présents depuis plus d'une décennie, ils n'auront pas attendu un mois d'octobre pour rejoindre une cohorte qui ne cessera de s'élargir. On les voyait bien, traîner, vagabonder dans les rues des sociétés occidentales, tuant l'ennui pour ne pas avoir à se tuer eux-mêmes. Ils attendaient leur heure, le signal de l'indécence. L'alarme internationale viendra, en autre, de ce disque. Dès lors, il n'y aura aucunes ambiguïtés sur les ennemis désignés. Musiques dîtes compliquée, valeurs qui n'ont de sens que pour ceux qui les appliquent, seront les cibles prioritaires. Dans ces circonstances, sur le sol anglais du moins, une des premières évidences voudra que la loyauté ancestrale envers sa majesté soit remise en question, sinon à proscrire. Encore en vogue, le progressif devient le symbole à brûler en toute hâte avec ses chansons trop longues ne permettant aucun défouloir libérateur, aucunes violences bienfaitrices. Selon eux, il est grand temps de redonner au rock'n'roll ses lettres de noblesses et de s'en servir afin d'haranguer une foule presque inerte, quitte à arborer non sans une pointe de fierté des t-shirt anti Pink Floyd, pour ne citer qu'eux. Ils ne sont pas si sectaires, ils garderont en provenance des années soixante la drogue et le sexe disons libre. Justement, pour ce qui est de la liberté avec un grand L, ils s'en foutent puisqu'ils l'obtiendront de gré ou de force en bravant tous les interdits en vigueur, au risque de la perdre définitivement. Ces personnes dont on parle, quoiqu'ils en disent avec le recul, n'avaient pour l'heure aucunes vocations à changer le monde, tout au mieux leur propre quotidien. Pourtant, d'une certaine façon, de part les scandales à répétition, les mythes qu'ils forgeront mais surtout les principes qu'ils laisseront, ils y seront parvenu.

 Je dois le faire, je le crains. Nous sommes quelque peu obligés, pour cette chronique, d'en passer par un historique dont les trois quarts de la population se fout. Les grandes lignes bien sûr, car pour les quelques intéressés par la carrière des anglais, il existe des tas de sites prévus à cet effet. Donc parler de Sex Pistols, c'est mentionner, avant toute chose, sa tête pensante. Malcom McLaren, diplômé d'une école d'arts appliqués, fût pendant un temps vaguement artiste en détournant des slogans publicitaires dans le but de les éloigner de leurs messages initiaux. Il ouvre une boutique de vêtements, puis une deuxième qui se nommera : SEX. Ses magasins deviendront vite le repaire de marginaux, ou perçu comme tel en tout cas. Avec sa compagne Vivienne Westwood (oui celle qui fait rêver les parisiennes et les londoniennes avec ses fringues hors de prix), ils vendront tous les symboles des innombrables contre-cultures, des plus niais aux plus sadomasochistes. Mais, voyez-vous, tenir un commerce, aussi vicieux que réputé, ne lui suffit pas. Son truc, sa passion, c'est la musique. Il prend donc un vol en direction des U.S.A avec pour envie de devenir manager. Après tout, c'est ce qu'on fait quand on n'a pas le talent requis pour être musicien. Il jette son dévolu sur la culte mais outrancière formation protopunk : New Yorks Dolls. Forcément quand on n'y connait rien ou si peu, les choses tournent mal. La queue entre les jambes, il retourne alors à Londres. La tête basse certes mais la passion toujours intacte. Durant ce même laps de temps, de mille neuf cent soixante-et-onze jusqu'à soixante-quinze, Steve Jones et Paul Cook ont créé un groupe, The Strand. Entre deux répétitions, ils traînent dans les boutiques sus-citées jusqu'à ce que notre manager bien-aimé leur propose un contrat. Ni une, ni deux, ils virent le bassiste et demandent dans la foulée à Glen Matlock, un employé du magasin, d'endosser ce rôle. Quelques mois plus tard, c'est au tour de Johnny Rotten de faire son apparition chez SEX. Muni d'un look et d'un charisme pour le moins extravagant, la discussion s'engage. Un tour de chant improvisé plus tard, il est retenu pour intégrer le reste du groupe. Nous apprendrons, longtemps après, que cet honneur il le devra plus à sa dégaine radicale qu'à sa prestation qui, d'après les témoins, aura eu le mérité de faire l'assemblée. Bref, Sex Pistol venait de naître. Mais... 


Her names was Pauline and she lived in a tree.


 ...On s'en fout. Les attentifs au détail qui change tout l'auront remarqué. Je n'ai pas mentionné le fameux et unique Sid Vicious. La raison est simple, il mettra des mois à prendre la place de Matlock et en plus il ne joue que sur l'extraordinaire Bodies, ce qui est déjà pas mal, j'en conviens. Raconter la suite des événements n'a à mon sens aucun intérêt. Ce n'est pas cet aspect sérieux qui fait de cet album un incontournable. Les légendes ça aide à vendre, c'est vrai, mais ça n'a pas sa place ici. On sait tous que Sid n'était, au fond, que là pour l'image sulfureuse qu'il renvoyait auprès du public mais aussi et surtout des médias. 
On vous dira, à n'en pas douter et non sans ironie, que cette formation n'était qu'une vaste fumisterie. Une blague à peine cachée sous une montagne de dollars. Un plan machiavélique que l'on doit à un producteur malin. Ceux qui vous le diront, auront indéniablement raison. Oui, je le pense, ces musiciens étaient des marionnettes. Il y a dix ans, d'une sincérité véhémente, je vous aurais sûrement dit que c'est une honte mais aujourd'hui j'ai juste envie de signaler que, là encore, ça n'a pas vraiment d'importance. Qu'est-ce que ça change ? ne soyons pas atteint de fausse naïveté, c'est le cas de la plupart des groupes connus et reconnus. Que Sex Pistols soit l'un des premiers boys bands, fabriqué quasiment de toutes pièces pour choquer le bourgeois, n’enlève en rien les performances scéniques réalisées, ni à la qualité musicale proposée et encore moins à l'amusement qu'ils auront eux-même connu pendant leur peu d'années d'activité. Tant pis s'ils ont bouleversé un business en trahissant au passage, l'air de rien, des valeurs sans doute moins profondes qu'ils voulaient le faire croire. Never Mind The Bollocks est à prendre pour ce qu'il est, c'est-à-dire un grand amusement qui met la pêche. Il me rappelle un quantité incroyable de bons souvenirs. Et si ça ne tenait qu'à moi, ce serait votre cas aussi. 

 C'est une porte idéale dans un mouvement, quitte à décevoir celui-ci d'entrée. C'est le disque que l'on écoute ado et qui nous éduque l'esprit tout en donnant cette envie fantastique de creuser, de voir toujours plus loin ce que l'univers sonore met à notre disposition. Si l'on souhaite du sérieux, du politisé, sans avoir à s'aventurer en dehors des sentiers de l'ultra-connu, alors il faudra se tourner vers le fameux London Calling de The Clash, sorti deux ans plus tard. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas encore abordé. Certains sujets sur Never mind The Bollocks possèdent leur lot d'indignations et certaines paroles baignent encore dans l'actualité. Le punk restera le punk. Seulement voilà, avec toute l’énergie destructrice et auditive déployée on ne se soucie guère des lyrics. De toute façon, en deux mille seize, qui s'émeut encore d'une chanson favorable à l'avortement ou de quelques acerbes critiques envers une Reine qui vient tout juste de fêter ses quatre-vingt-dix ans ? Personne. Puis franchement, ceux qui seront outrés ne mériteront pas que l'on s'y attarde. En quarante ans nous avons tous connu pire en matière de pamphlets anti-sociétaux, par conséquent pas grand chose dans cet enregistrement n'a valeur à être philosophé. S'il y avait effectivement de quoi rester interloqué à l'époque devant des individus à crête verte, bleue, rouge, de nos jours Johnny Rotten et ses copains feraient autant peur aux vieilles dames qu'une bande d'emos. Après tout, ils auraient le même âge, tout évolue. Je suis le premier à regretter que ce mouvement, si noble dans les idées qu'il défend, ne soit devenu qu'une vaste blague pour biens-pensants. Pour autant il faut être honnête, dans l'absolu majorité c'est bien ce qu'il est, du moins dans la pensée commune. Les à-côtés, les légendes, tous ces moments extraordinaires de la première heure ne se trouvent désormais plus que dans des cerveaux quasi séniles. Les illusions sont mortes et les prédictions d'antan bien vivaces. Le No Futur n'aura jamais été plus actuel sauf qu'il est désormais doublé du fameux No Hope des années quatre-vingt-dix. Nous serions bien inspirés de faire revivre, au moins encore une fois, les mêmes humbles idéaux. Pas tant pour espérer de croire en un quelconque changement que pour contrer l'ennui. Certains s'y emploient d'ailleurs. Il suffit d'allumer la télé pour voir qu'en ce moment les journalistes, fidèles à eux-mêmes, font leurs choux gras sur des non-événements, comme d'habitude. Lorsqu'on regarde les journaux télévisés, ils essaient à chaque fois de nous donner cette étrange impression d'éternelle nouveauté à grands coups de titres pompeux. Ce n'est que du déjà-vu et revu. Où étaient-ils, ces cinquante dernières années, tous ces gens qui s’insurgent qu'un CRS ou qu'un manifestant soit blessé lors d'affrontement ? Une routine en somme. On sait par ailleurs que toutes les initiatives personnelles ou collectives, quand bien même elles ont le bonheur d'exister, feront psiiicht, comme toujours. Tout ce que nous aura prouvé le passé c'est que derrière les révolutions, se cachent des trahisons. Tous ceux qui se vantent sans aucune once de honte d'avoir changé le monde il y a quarante-huit ans, sont ceux qui le dirigent aujourd'hui, qu'ont-ils fait ? Ne prenons pas la peine d'y répondre, ce n'était qu'une question rhétorique. 


Rien ne sert de pourrir, il faut mourir à point.


 Cessons les leçons de morales désenchantées et revenons-en au sujet. Nous disions donc que toutes aussi radicales qu'elles puissent être, les chansons de Sex Pistols ne s'écoutent aujourd'hui que pour ressentir un immense fun immédiat et dans cette optique elles le font à merveille. Les gros tubes, à force de les avoir trop écoutés, finissent par gonfler, ils se montrent moins percutants que du temps de leur découverte. Ce n'est pas grave puisque a contrario toutes celles que nous zappions car jugées moins rentre dedans, se révèlent avec le temps, ce qui nous permet ainsi de continuer à aimer ce disque de la façon la plus sincère possible. Les grands albums ne le sont que pour une seule raison. On a beau s'en passer des mois et des mois, les oublier, quand on recroise leur route, l'amour passionnel qu'on leur porte débarque en une seconde. C'est bien entendu le cas avec celui-ci et c'est pour ma part sa plus grande qualité. On se surprend à chanter les succès, Anarchy In The Uk et God Save The Queen en tête, comme lorsqu'on avait dix-sept ans et que l'on vociférait les paroles dans la rue, des envies plein le cœur. Sauf que bon, les années aidant, on les murmure, histoire de ne pas embêter les voisins. Oui je sais, ce n'est pas très punk comme comportement et Sid Vicious, de là où il se trouve, me balance de mauvaises ondes. Mais l'être n'est pas qu'une histoire de faire chier les voisins, c'est un apanage bien plus profond que de transformer son manteau Emmaüs en réceptacle à badges. Des médecins, des ouvriers, des boulangers, peuvent l'être, des avocats... Non, bon d'accord pas des avocats... Mais ce n'est pas un statut social qui détermine celui qui à la carte ou non, c'est un esprit avant d'être une philosophie. Au jour le jour chacun fait les choses différemment, ce qui importe in fine c'est la vision du monde que l'on emprisonne au plus profond de ses entrailles.

 De temps en temps je vous parle des bienfaits du Do It Yourself. Faire les choses par soi-même, voilà ce qui est capital, même si ce n'est pas toujours évident, et qui résume l'esprit punk. Sachez qu'ici le DIY n'existe tout simplement pas. Never Mind The Bollocks, Here's The Sex Pistols est bien trop/trop bien produit. Ce n'est pas du tout une critique, cela rend le moment agréable pour l'auditeur. Sans dire qu'il en devient policé, ça participe à faire de lui un des meilleurs moyens pour apprécier ce style de musique lorsqu'on débute dans cet univers. Cette production, tout sauf aléatoire, rend le trio Anarchy In The Uk, Bodies, Pretty Vacant, sur la deuxième face, absolument fantastique. On y trouve dedans toute la sauvagerie, l'intelligence, la puissance nécessaire des chansons parfaites. Une nouvelle fois, ce vinyle montre sans complexes tous ses paradoxes. Etre l'un des meilleurs emblèmes pour parler d'une musique sans en détenir toutes les vérités, un tour de force qui n'est pas donné au premier venu. Il en a pourtant toutes les qualités rugueuses, le désenchantement, les illusions, la tendresse parfois. Malgré les ego, je n'ai jamais douté de la sincérité des membres du groupe dans ce qu'ils disaient ou ce qu'ils pensaient faire. Le départ du bassiste Glen MacLock est une preuve de droiture. D'ailleurs dans le titre E.M.I ils font état de cette authenticité. Par contre les provocations, les petits coups de publicités gratuites menant à de vrai scandales n'avaient rien d'un hasard. Je ne suis pas de ceux qui pensent, avec une fausse naïveté, que le punk n'aura duré que deux ans, de soixante dix-sept à soixante-dix neuf, ce qui correspond à la mort de Sid Vicious par overdose. Ceci étant on ne peut nier que les excès incités par un entourage avide de dollars ont mis fin relativement tôt à tout ce foisonnement d'énergie, de créativité que ce genre avait lors de ces années-là. Accuser tous les producteurs, les managers, serait évidemment idiot, pour autant le réveil à dû être difficile pour certains qui ont cru voir en tous ces jeunes des têtes de gondole bon marché. Alors, Never Mind The Bollocks, Here's The Sex Pistols, album culte ou supercherie ? La question continuera d'être posée même dans l'au-delà. Quoiqu'il en soit, c'est un album de légende suivi d'une source d'inspiration intarissable pour tous les je-m'en-foutistes de cette planète.


Sex Pistols ~ Bodies

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