mardi 5 avril 2016

Chronique : The Gun Club ~ Miami (1982)


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Music On Vinyl

Playlist : 1- Carry Home / 2- Like Calling Up Thunder / 3- Brother And Sister / 4- Run Trought The Jungle / 5- Devil In The Wood / 6- Texas Serenade / 7- Watermelon Man / 8- Bad Indian / 9- John Hardy / 10- Fire of Love / 11- Sleeping In Blood City / 12- Mother Of Earth

Original et flamboyant, c'est au tour de l'album Miami du groupe The Gun Club d’être passé en revue dans une nouvelle chronique.  


One Way Or Another.


 Dans ce nouveau millénaire, il y a les récentes rééditions vinyles qui n'ont comme intérêt que le portefeuille de mieux en mieux garni de ceux qui les produisent et puis il y a les autres. Les attrayantes autant, cette fois, sur un plan financier pour le consommateur que pour la qualité artistique qu'elles proposent. Celles qui remettent sur un même pied d'égalité des artistes quelques peu oubliés dans le grand business qu'est devenu/qu'a toujours été la musique. Malgré une discographie conséquente, The Gun Club, qui seront co-produits par le célèbre label parisien New Rose, en plus de disposer des droits pour l'Europe et l'Asie, n'aura, à n'en pas douter, jamais trouvé le moyen d'être assez vendeur. Ignoré du grand public, adulé par le reste, ce groupe de son vivant ne connaîtra pas le succès qu'il aurait pu/dû mériter à la parution de son deuxième album intitulé Miami, paru sur Animal Records, en mille neuf cent quatre-vingt-deux et c'est bien dommage.

 Originaire de Californie, le groupe se monte à la fin des années soixante-dix sous l'impulsion du chanteur Jeffrey Lee Pierce, accompagné du guitariste Kid " Congo " Powers. D'abord connus du coin sous l’appellation The Creeping Ritual, ils se renommeront vite grâce au conseil d'un Keith Morris opérant alors du côté des Circle Jerks. Tout amateur de punk américain se doit de les écouter tant ces derniers ont énormément apporté à ce style bien particulier. Avec de telles fréquentations on est en droit de penser que la musique que l'on trouve dans Miami proclame les mêmes idéaux et valeurs. A savoir gueularde, rapide, violente. N'en déplaise aux plus radicaux, il n'en est rien. C'est de Blondie dont JLP fut un temps président de fan de club et non de Black Flag. Alors bien sûr, n'ayez aucune crainte, The Gun Club fabrique du punk, il se montre juste plus subtil que celui de pas mal de formations à cette époque. La fureur habituelle a été remplacée par un écrin de velours venu sûrement du côté du blues dont les membres sont d’inconditionnels amoureux. Du punk de petit bourgeois s'empresseront de dire certains, une hérésie oui, pour ma part je dirais simplement qu'ils l'ont intellectualisé.

 Si sur la première face du vinyle rien n'est à jeter, la seconde dispose de quelques moments fébriles, en apparence seulement car tout d'abord ce n'est qu'un avis subjectif et qu'à vrai dire elle reste de haute facture. Concrètement l'aspect musical bénéficie dans ses grandes largeurs de rythmiques que l'on pourrait qualifier de basiques, elles ont sûrement été pensées dans ce sens, mais une fois celles-ci mélangées aux airs de guitares ainsi qu'à cette voix toute particulière, le rendu global est excellent et addictif. Miami fourmille tout au long de sa quarantaine de minutes de bonnes idées. Ce n'est jamais ni totalement post-punk, ni jamais vraiment new wave. C'est un mélange abouti d'influences diverses et variées s'accordant, grâce aux talents des musiciens, dans une homogénéité magistrale. Même ce chant tour à tour surjoué, profond, sincère, malicieux et qui, j'en suis persuadé, en agacera plus d'un, trouve avec naturel sa place au milieu du reste. Les chansons ne sont jamais poussives, tout converge en un seul but. Plus de trente ans plus tard la fraîcheur qu'elles apportent reste intacte.

 Souvent inutile, servant la plupart du temps de remplissage facile et disgracieux, une reprise peut avoir toutefois une réelle place sur un disque si on respecte une poignée de préceptes. Trop proche de l'originale, c'est invariable, elle n'aura aucun intérêt ajouté. Trop éloignée et c'est une prise de risque rarement gagnante. Réadapter à sa façon ce que l'on a déjà entendu cinq cent fois est un art délicat qui n'est pas à la portée de tous. Sauf si on se nomme The Gun Club et qu'un talent inné torpille nos veines. Avec leur géniale interprétation de Run Trought The Jungle les californiens rendent un superbe hommage aux Creedence Clearwater Revival. Etant, comme tout être normalement constitué, un de leur grand fan, j'ai souvent entendu des cover improbables. Et s'il y a bien une chose qui m’énerve, en plus des milliers autres, c'est qu'on déconne avec ces dieux, pour certains encore vivants. Il y a des valeurs à avoir et l'une d'elles est de respecter comme il se doit John Fogerty, Stu Cook, Tom Fogerty, sans oublier Doug Clifford. Alors quel fût mon plaisir quand, sans m'y attendre, les premières notes de cette chanson ont fait irruption à la quatrième place de ce disque. Un soulagement aussi car l'esprit originel est maintenu intact, la saveur sauvegardée. C'était bien là l'important. Pour autant cette reprise ne doit en aucun cas gommer tout le reste. Elle permet juste de s'assurer que ces musiciens, en plus d'être brillants, ont un véritable amour du travail bien fait et surtout de l'art. Cette spécificité transpire autant sur le plan musical que dans l'objet en lui-même. Ce ne sont pas des mecs qui jouent ce qu'on leur demande ou qui suivent une mode très en vogue à l'époque, ce sont des créateurs. Des écorchés vifs passionnés et soucieux de ce qu'ils proposent à leur public.

 Fire of Love, premier d'une discographie comptant huit albums, sans être inintéressant se montrait moins percutant tout en étant plus direct. Dans son approche Miami est plus original et possède un supplément d'âme indispensable. Bourrée de bonnes idées, agréable, bohème, noire ou profonde les adjectifs ne manqueront pour qualifier cette oeuvre. Dès le titre d'ouverture nous nous apercevrons vite que nous ne sommes pas en présence d'un groupe tout à fait comme les autres. Les bouteilles de bières ne voleront pas dans l'air cette fois mais The Gun Club à su produire un punk-canapé d'une grande classe, autant charismatique que son regretté chanteur décédé il y a désormais vingt ans.



The Gun Club ~ Run Trought The Jungle

1 commentaire:

  1. comme j'ai d'abord connu ce groupe par leur premier album il reste pour moi meilleur. Mais Miami est excellent.

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