mardi 8 mars 2016

Lettre ouverte à... Audioslave (2002)


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Epic/Interscope


Le concept de Lettre ouverte à... est aussi simple que simpliste. Ce billet d'humeur, plus ou moins proche d'une chronique, me permettra d'invectiver, non sans parfois une touche d'amour-haine, directement un artiste, un album ou un phénomène musical. Pour cette première, c'est au groupe Audioslave de bénéficier d'une objectivité toute subjective. 


Playlist : 1- Cochise / 2- Show Me How To Live / 3- Gasoline / 4- What You Are / 5- Like A Stone / 6- Set It Off / 7- Shadow On The Sun / 8- I Am The Highway / 9- Exploder / 10- Hypnotize / 11- Bring Em Back Alive / 12- Light My Way / 13- Getaway Car / 14- The Last Remaining Light


Chris CornellTim CommerfordBrad WilkTom Morello.


 Quatorze ans, c'est long. Deux fois sept années, c'est donc ce laps de temps qu'il m'aura fallu attendre pour vous le dire, à vous, directement. Depuis une chronique alléchante en deux mille deux sur votre premier album dans un journal spécialisé, dont j'ai oublié le nom, j'ai sur le cœur une chose que je dois exprimer et tant pis s'il est trop tard. Je me le dois car sinon je resterais aussi hypocrite que ce truc dont vous êtes les géniteurs. A la vue de ces mots, que vous ne lirez, avec certitude, jamais, je sais quelle est votre pensée prioritaire à vous autres responsables de cette ignominie. Vous vous en foutez, après tout c'est normal, je ne dois pas être le premier inconnu à transmettre ce message. Mais surtout vous trépignez d'envie de me balancer avec aplomb que certaines personnes ont aimé cette merde et que par conséquent votre honneur est sauf, sans oublier que du coup le boulot a été effectué en bonne et due forme. On se contente de ce qu'on a, comme je vous comprends. Puisque vous êtes si sûrs de vous, veuillez me laisser à présent développer mon propos sans m'interrompre à aucun moment par vos réflexions insidieuses.

 Lors de ma première écoute de cette production éponyme, à la suite de l’arrêt brutal mais inéluctable, de Rage Against The Machine, j'avoue ne pas avoir tout de suite compris. J'ai cru à une erreur, tant ce qui en ressort était, et restera, d'une qualité que je qualifierais sans ombrages de médiocre. Pourtant un de ces détails dont on ne décèle pas toujours l'importance aux premiers abords aurait déjà dû me mettre la puce à l'oreille. La pochette est en adéquation totale avec le reste, elle est immonde. Mais après tout, l'art visuel est très personnel. Les goût et les couleurs, bla-bla-bla. Par contre, au-delà de son design douteux, elle non plus je ne la pige pas. Je ne sais pas quel sens trouver à ce gant Mapa. Ni quelle est la véritable idée exprimée par cette sorte de flamme provenant, j'imagine, de la Statue de la Liberté posée négligemment sur une espèce, je ne suis pas sûr, de lune. Je doute que quelqu'un ait la réponse, quoiqu'il en soit ceci est très déplaisant à regarder. Bref, revenons à ce qui compte vraiment : l’ersatz de musique que l'on y trouve à l’intérieur. Dès Cochise, je me souviens de ce goût d'amertume. Quand on sait à quel point un titre d'ouverture est vital à une oeuvre sonore, les choses paraissaient très mal engagées. Bon, des albums ratés ça arrive et ce n'est pas grave. On oublie vite les coupables, sauf bien sûr une partie d'un public qui leur exhorte de continuer à produire des merdes. Ce qui m'échappe, c'est plutôt comment des grands noms tels que vous, des gens respectés et respectables, ont pu se laisser embarquer sur un disque qui n'est d'aucune sorte source d’intérêt.

Je ne sais par quel sortilège les musiciens de Rage Against The Machine, connus pour avoir réalisé un premier album fabuleux, inattaquable, ont pu se laisser convaincre d'embarquer sur ce radeau de la misère. Bon d'accord, les albums sous le pavillon RATM sont inégaux, c'est une vérité frontale, mais tout de même. Je passerai sous silence la maison de disques, c'est son rôle, parfois, de mettre en rayon des produits faisant saliver mais qui s’avèrent indigestes. Par contre toi, Chris Cornell, tu faisais partie de Soundgarden, te souviens-tu ? Permets-moi de te croire amnésique. Tu étais dans un de ces groupes pionniers d'un genre adulé, tombé en désuétude, que je suis prêt à défendre jusqu’à ce que mort s'en suive. Et si ta formation, lors de ces années fastes, n'a jamais été l'une de mes favorites, je me dois là aussi reconnaître que tu étais bon là-dedans. A vouloir pisser sur ton passé, tu me vois contrains d'imaginer que tes royalties ne suffisaient plus. Même avec la meilleure volonté du monde, c'est la seule explication rationnelle que je puisse trouver à ce naufrage musical. Tu ne me feras pas croire que c'est l'amour de l'art qui t'as poussé à lancer ce projet néfaste. Je me refuse de le penser. Tu n'y as vu qu'une opportunité afin de te relancer lorsque le monde entier s'en branlait de toi et qu'il avait déjà oublié Black Hole Sun, ton seul succès éphémère. Putain, tu dois être fier là. Tu resteras un foutage de gueule pour ces mêmes gens désormais, maintenant que tu as osé sortir cette infamie que je qualifierais sans rougir de traîtrise envers les années quatre-vingt-dix.

 Puisque être d'une parfaite mauvaise foi dénaturerait tout le reste, allez bon prince je vous accorde une chose. Si on appuie sur le bouton Stop à la suite des chansons Cochise et Show Me How To Live, ça passe. Qu'on se le dise, il ne faut pas être exigeant mais elles font illusion. Ce n'est pas pour rien que vous les avez mises en bonne place de toute façon, personne n'est dupe. Le job est fait et tant pis pour le reste, on ne s'emmerde pas. A aucun moment vous n'avez mis vos tripes là-dedans. C'est tellement surfait, tellement bas du front. J'aurais excusé une telle indolence à n'importe quel groupe sans prétention mais je suis incapable, à vous, de le pardonner. A votre bêtise pour avoir dégommer en un seul disque tout un travail de plusieurs décennies. C'est un mélange niais d'un grunge sans carrure auquel on ajoute un sous métal tout aussi insipide. Dois-je te rappeler Chris, ce qu'était la musique qui t'a donné l'occasion d'exister ? Il est inutile d'ajouter des guitares soporifiques ainsi que des tas d'effets néfastes pour en extraire la substance et tu le sais mieux que quiconque. Tu n'as même pas réussi à homogénéiser ta musique alors tu balances moite-moite des morceaux voulus énergiques mais qui se foirent lamentablement et des ballades qui sonnent creux mais surtout fausses. Voilà qu'on se prend pour Scorpion, c'est ça ton devenir ? C'était bien la peine de prendre des mecs reconnus pour leur capacité à produire du bruit et de la fureur pour obtenir ce résultat. Si tu voulais leur faire mal, c'est réussi, mais tu aurais pu ne pas masquer ton jeu pour arriver à tes fins.


Directly to you...


 Cheveux longs, idées courtes, disait un autre qui ne veut plus s’arrêter, je m'occuperai de son cas un de ces jours. A part s'il décède avant, ce qui est la probabilité la plus vraisemblable. Ben tiens voilà le parfait contre exemple Chris. Il ne fallait pas te couper les cheveux. Tu as sombré dans la facilité en oubliant que nous ne pouvions passer outre vos curriculum respectifs. Mais RATM sans Zacarias Manuel de la Rocha, ce n'est rien d'autre que du vide interstellaire. Sauf que tu aurais dû prendre exemple sur lui, non pas pour espérer son succès car lui au moins a le mérite d'être parti dans une voie différente. C'est tout aussi bancal mais il à la légitimité d'avoir fabriqué autre chose. Alors que dans cet Audioslave vous avez juste foutu les faders à fond mais en réalité tout est plat. Tout y est attendu, entendu mille fois. N'importe quel connaisseur, en écoutant vos chansons dans un bar, le quitte dans la minute. Mais rappelez vous quand vous étiez jeunes, quand le talent vous brûlait les doigts. Quand vous exprimiez avec voracité des valeurs, des principes, des hurlements de haine assumés et revendicatifs envers toutes les injustices que l'on trouve en ce bas monde. Tout ça pour ça, sans déconner ? Il faut savoir se renouveler, changer de route parfois, mais il ne faut surtout pas se perdre aussi bêtement pour ne pas perdre de sa cohérence.

 Je sais, là encore, vous allez me dire qu'Audioslave était à l'époque un tout nouveau projet. Qu'il faut faire table rase du passé et qu'il s'agit de notre faute si on ne l'accepte pas. Laissez moi vous dire que vous faites de beaux faux-culs. Il paraissait inévitable que les gens allaient lire sur la pochette : Soundgarden + Rage Against The Machine. Alors oui, c'est idiot mais humain on s'attend à ce que cela sonne avec plus de classe et non pas à ce que vous vous foutiez de notre gueule avec des sourires convenus. Mais une nouvelle fois Chris Corrnell, je considère, peut-être à tort et je m'en fous, que tu es le principal coupable de cette mascarade. Tu as voulu t'évertuer à chanter et non pas gueuler ce qui ralenti l'ensemble. Il est dur, voire impossible pour moi, de trouver une qualité là-dedans. Tout atteint un niveau si pathétique que c'est à dégueuler d'ennui. Tu as voulus prendre le micro donc assume tous tes passages sirupeux sans envergures. Soyons honnêtes, quand j'entends tes compositions je t'imagine dans un de ces téléfilms à l'eau de rose. Ce n'est qu'une série de clichés sans éclats du beau gosse torturé et recouvert de percings. Le mec qui exprime son chagrin devant trois pecnots ne comprenant pas son art. Oh pauvre Pitchoun, tu souffres d'être incompris. Toi, l'adorable artiste, tout aussi mignon qu'un chaton désabusé. Toi qui dévoiles tes faiblesses sans convictions devant des camionneurs qui, à juste titre, n'en ont rien à foutre et qui t'ignorent. Mais putain pose tes couilles sur la table au lieu de te ridiculiser en nous faisant croire que tu sors d'une série d'ado à la Dawson's Creek. T'es aussi minable qu'un Saez en France. Je sais tu ne le connais pas, au moins une qualité que je me dois de te reconnaître. Tu veux nous faire croire que tu es sincère. Non, putain, non, tu ne l'es pas sur cet album. Et ce n'est pas imiter Scatman à la fin d'Exploder qui sauvera ton cas. Que dire de la fin de Bring Em Back Alive ? rien... Je ne peux pas faire des miracles, c'est tellement nul. J'en veux tout autant à tous ces magazines qui n'hésitaient pas un seul instant à nous filer les partitions de Cochise, donnant l'impression que c'était une pépite. Tout ceci, finalement, est aussi faussement vulgaire, trash, original qu'un Human Centiped. L'idée de base est intéressante et puis tout le reste tentera sans génie d'éblouir des nouveaux venus sans toutefois y parvenir.

 Le pire dans cette petite histoire sans gravité, c'est que si je m'étais contenté de mes souvenirs, cet article n'aurait pas changé d'un iota. Mais la conscience de l'amateur n'a pas son pareil, alors je l'ai écouté, deux fois. Putain, deux heures de perdues que l'on ne rattrape plus. Mais parfois il faut savoir se sacrifier afin d’empêcher d'autres lemming de tomber dans un vulgaire piège. Vous êtes fourbes les mecs. Maintenant que les choses sont dites, je peux oublier. Oublier le mal auditif qu'Audioslave procure et surtout oublier la tristesse artistique qui s'en dégage. L’inexistence de son poids musical lui aurait permis de gagner un NRJ Music Award. On se retrouvera vous et moi dans d'autres circonstances plus élogieuses. Lors de quelques écrits vantant avec passion vos diverses, mais si vieilles, productions. Lorsque vous étiez des musiciens héroïques, intègres, avant de tomber plus bas que terre dans l'unique but de payer une villa ou subvenir à la pension alimentaire d'une ancienne épouse. J’espère au moins que le fric amassé avec cette connerie a été suffisamment conséquent pour que vous n’éprouviez plus jamais le besoin de revenir avec une merde aussi grossière. Poubelle.


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