mardi 23 février 2016

Chronique : Swap ~ SWLTD03 (2016)


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Swap


Playlist : A1 Projekt:AM - Blow / A2 Redj - Syncopal Appointement / B1 Ghini-B - Iulie / B2 PerceiverReceiver - AlternativeTransmission

Decks, un des plus gros vendeurs de musique electronique en ligne, nous informe que cette chronique sera à base de Minimal, House, Dub House. Le syndicat des étiquettes va une nouvelle fois me sermonner mais tant pis, on s'en fout. C'est avant tout une nouvelle sortie du label Swap et c'est bien la seule chose qui compte. 


Welcome my son, welcome to the Machine.


 Les apparences sont parfois...souvent...trompeuses. Les exactitudes fluctuent selon des jugements et les fantaisies qui nous appartiennent. SWLTD03, fraîchement sorti en février, représenté par son macaron, simple mais classe, suggère qu'une fois encore nous allons prendre les commandes d'un submersible biplace. C'est une excellente nouvelle puisque lorsque la deep éclaire de son génie incandescent la musique électronique, un moment passionnant se préfigure. Étendu de tout son long, l'apnéiste de par sa posture semble nous signifier que la zone est sous sa protection. Mieux, on comprendra assez vite qu'il n'est présent que dans l'optique d'ouvrir à ses hôtes une voie somptueuse vers un psychédélique voyage subaquatique. Au travers d'hublots un peu ternis par de microscopiques algues, il sera le guide nécessaire afin que l’expérience proposée se passe avec l'acuité que nous sommes en droit d'attendre en de pareilles circonstances. Qu'elles soient visuelles ou auditives, ce rond central nous décoche instantanément des images familières. C'est simple, à sa vue, des sonorités clairement identifiables sont déjà montées au cerveau et le subconscient intègre sans efforts toutes les sensations harmonieuses qui leurs sont liées. Simple, effectivement, mais si tout ceci n'était qu'un trompe œil ? Et si les choses étaient volontairement plus complexes ? En guise de profondeurs bleutées, ce sont, en ce qui me concerne, des bâtiments industriels qui extorquent le premier rôle sur le dernier arrivé du catalogue de Swap. Derrière les briques rouges quelques rares machines vieillies par le temps s'abritent du monde extérieur. Éraillées à coup sûr mais suffisamment auto-alimentées en huile de moteur pour produire un ultime testament sonore. Un baroud d'honneur aux allures steampunk pourrait-on dire. Si les pieds sont au sec, alors c'est qu'en toute logique le bathyscaphe est en chantier. Il est donc aisé - subjectif surtout - de voir en ce SWLTD03 une espèce de préquelle inattendue, du moins sur sa première partie. Voulu ou plus certainement supposé par moi-même, ce retour en arrière dévoile la construction de ce que deviendra l'engin de toutes nos attentions : le Swaptilus.


Nice, Chicago, Toulon, Berlin, c'est le même destin (enfin presque).


 Ce n'est pas flagrant quand on survole une certaine idée de cette réalité mais la routine quotidienne d'un dj-producteur n'est pas de tout repos. Petite précision toutefois avant de continuer, il ne s'agit pas de les plaindre, ce n'est évidemment pas le propos. Pour autant j'insiste, la vie de musicien demande depuis la nuit des temps des sacrifices inhérents à son statut. Entre les maigres ou imposants boulots pour vivre décemment lorsque les soirées nocturnes ou diurnes se font rares; le stress engendré, suivi de prés par les remises en question sur son art; les incalculables heures passées debout à attendre son tour ou même à jouer, maltraitant le corps par la même occasion, ce n'est pas toujours une mince affaire. Puis tous ces instants diplomatiques durant lesquels on se doit de faire preuve d'acte de présence et saluer une concurrence amicale à n'en pas douter, quoique, mais aussi parfois féroce. Tous les à-côtés auxquels on ne songe pas forcément mais qui font partie du processus comme le besoin de rendre visite aux amis sincères afin de trouver une inspiration ou, à défaut, un espace de calme éphémère. Si l'on est célibataire on détient une certaine chance, sinon il faut jauger le bon équilibre pour ne pas délaisser sa/son conjoint(e), si tant est qu'on en ait quelque chose à foutre. Et encore, là on n'effleure que l'aspect relationnel, mercantile du système. A cela il faut additionner les milliers de minutes à fouiner les nouveautés pour renouveler son stock de disques et de connaissances, sans oublier les centaines d'heures devant des machines chiantes à câbler, à paramétrer, à comprendre. Une fois les complexes notices assimilées, arrive le moment de composer. Bon, dit de cette façon ça sonne cool c'est vrai. Et ça l'est si l'on supporte la torture mentale de s'enfermer dans une pièce à entendre des petits bruits stridents que l'on traficote sans discontinuité jusqu'au résultat escompté, croyez-le cela peut être long. C'est une existence bien plus monacale que certains flemmards sans grands talents laissent croire à un public peu enclin à découvrir l’arrière boutique. Une nouvelle fois les réalités s'entrechoquent car bien sûr ce n'est pas le bagne et tout dépend des aptitudes, des facilités et des motivations de tout un chacun, les coups de pistons étant aléatoires. Etre un inlassable digger, détenir le pouvoir de faire danser les gens du bout de ses doigts n'est que la triomphale partie émergée d'un iceberg de frustration. Il faut pouvoir s'impliquer avec vitalité pour sortir des disques d'une façon autonome même à une époque où internet entrouvre des possibilités semble-t-il infinies. Signer des compositions de qualité demande un investissement personnel, et non pas que pécuniaire, une droiture de tous les instants. C'est ce que je trouve admirable dans les productions du label azuréen. On adhère ou non, on s'en fout le problème n'est pas là, quand bien même eux préféreraient sans doute que ce soit le cas, mais le travail effectué est toujours mûrement réfléchi, les décisions soupesées. Les gens changent, le projet initial reste.

 Ce boulot plus minutieux qu'il n'y paraît entraîne dans son sillage un important détail que j'affectionne avant tout. Les sorties Swap ont toujours un fil conducteur, un lien unique qui leur est propre. Je ne suis pas dans le secret des dieux, alors après tout ce n'est peut-être pas pensé comme tel, au même titre que ce n'est peut-être pas évident à détecter mais en tout cas c'est ce que je ressens. Je ne vais pas sous-entendre que nous sommes en présence de mini concept album puisqu'il n'y a pas d'album, mais il y a cette parfaite concordance entre les individus. Il n y a rien de pire que des assemblages balancés sans réel souci d'équité. Les patchworks auditifs nuisent à l'esprit. Sûrement que certains préfèrent le bordel artistique et tant mieux il faut de tout pour faire un monde. Ce n'est pas mon cas car les incohérences peuvent ruiner un plaisir d'écoute, encore plus dans la musique électronique. Se sont sans doute mes années psychédéliques et progressives qui s'expriment. J'ai besoin d'un chemin sonore pas forcement balisé sur chaque mètre mais sur lequel mon imagination peut vagabonder comme bon lui semble. A l'instar du #01 et du #02 avant lui, SWLTD03 trace les contours d'une artère permettant de laisser l'imaginaire prendre le dessus sans pour autant se perdre en complications. Il montre une voie, à nous de confectionner le reste. C'est un équilibre à mon sens parfait et remarquable car si une partie des éléments humains changent à chaque LP, le label parvient néanmoins à les imbriquer dans une continuité novatrice. Comme s'ils avaient été présents dès le début.


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Swap


And we lived beneath the waves.


 Je n'avance pas les choses au hasard, le meilleur de mes alibis se nomme Projeckt:AM. Sa première signature sur cette maison de disque est une réussite indéniable. Blow flirte avec l'étrange, au sens féerique du terme. La fée clochette débarque en vue de botter le cul de Peter Pan pour qu'il enfile son bleu de chauffe. D'abord réticent, il ne se fera pas prier longtemps avant de s'armer d'un marteau et de frapper de la tôle à un BPM suffisant afin de déclencher les pas de danse de ses acolytes. La manufacture se réanime. Sans encombres, le prototype du sous-marin gris se dessine et les murs poussiéreux regagnent l'éclat d'antan sans toutefois omettre qu'ils ne sont pas de prime jeunesse. Les plus fourbes et les moins avertis verront ici une critique à peine voilée mais ce serait oublier que l'on se trouve sur un disque de Swap. Ainsi les mélodies désenchantées font partie du patrimoine culturel et explique cette impression d'usine placée sous une enivrante chape de mélancolie. Dans Syncopal Appoitement la machinerie dévoile un peu plus ses facettes humaines. Les airs s'enrobent d'une profonde sensibilité. Paradoxale, cette composition contient à la fois une énergie mesurée et une touche plus éreintée, comme un poids sur les épaules lassant les nappes qui le portent. On sent bien que les plaques de fer utiles à l'habitacle sortent des mécaniques dans une productivité qui rendrait malade n'importe quel actionnaire. J'aime beaucoup le ton anachronique qui se dégage de cette track. Redj a su fabriquer un morceau cinématographique agréable concluant sans écueils une face A soignée et réussie.

 Pas moins d'une quinzaine de minutes auront été allouées à la construction de l'engin aquatique; les quinze prochaines seront sous l'astre de la mise à flot. En mode petit baigneur bien sûr, tant qu'il coule, c'est tout ce qu'on lui demande. Mais avant qu'on ne lui retire définitivement ses cales, Ghini-B procède aux derniers ajustements. Grâce à Iulie, il est désormais temps au DJ de vérifier l'étanchéité de l'ensemble. Entre rythmes breakés et nappes atmosphériques, le Swaptilus active ses moteurs puis s'enfonce dans les abîmes sans que le moindre incident ne soit détecté par l'auditeur attentif. D'abord entre deux eaux, nous nageons à l’affût du moindre bruit océanique. Jamais à contre courant, on se laisse bercer, subjugués par la beauté phonique. Bicéphale, ce n'est ni tout à fait dansant ni tout à fait calme, c'est juste de cette façon que ça devait être produit et c'est très bien comme ça. La fin approche par conséquent il n'est pas étonnant de découvrir le duo PerceiverReceiver en bout de ligne. Là encore la cohérence se montre respectée puisque leur passage se désire plus obscur que les autres tracks. Les berlinois d'adoption ont insufflé dans Alternative Transmission un ton dub plus qu'appréciable. Assurément c'est noir, très noir, mais il y a assez de bon goût et de savoir-faire là-dedans pour que cette piste trouve son public sans difficulté. Si l'on veut poursuivre notre analogie, on dira que cette fois le sous-marin est entièrement opérationnel, prêt à accomplir sa tâche. Fier de ce qu'il est, ses manœuvres se font en direction des warehouse les plus inventives. Il est prêt à envoyer ses missiles festifs, tout comme nous sommes prêts à les recevoir pour peu que nous ne souffrions pas d'un lumbago destructeur d'envie de fête. Il fend les profondeurs vers la suite des événements que nous lui connaissons dorénavant, avec le recul. La fameuse préquelle mentionnée en introduction prend alors tout son sens.

 Les jugements et les fantaisies divergent suivant les réalités qui nous appartiennent. De fait, cette chronique ne parle que d'un seul ressenti, le mien. Inutile de préciser que vous êtes libres, voire qu'il vous est recommandé d'avoir le votre. Depuis trois années si j'aime l'hiver ce n'est pas uniquement parce que la lumière du soleil se fait beaucoup moins lumineuse, phénomène de moins en moins visible de ce côté-ci de la Terre, ni même du froid qu'il inspire. C'est aussi parce que le label de la côte d'Azur choisit cette période pour sortir ses productions. Limité à trois cent exemplaires, SWLTD03 peut d'ores et déjà se ranger aux côtés de ses prédécesseurs. Les apparences ne sont plus trompeuses, ce vinyle a la philosophie, l'intelligence et toute la substance d'un disque de Swap. Jamais trois sans quatre ? Je l'espère.




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