mardi 19 janvier 2016

Chronique : Montage of Heck, est-il vraiment à chier ? (DVD,LP, 2014)


DVD, Cover, Image, Kurt Cobain, Grunge, Marander, picture, film, photo, Nirvana, Seattle, Docu.
Montage of Heck

La critique est aisée mais l'art est difficile, paraît-il. Le talent de Brett Morgen est ici invisible, alors critiquons le sans gênes. 


Killed by Death.


 " A fond la forme " serait un bon slogan pour ce début deux mille seize. J'étoufferai les différents problèmes liés au sucre que l'on peut rencontrer au cours d'une vie et je m’épancherai plutôt, comme tout l'univers avant moi, sur l’attristant décès de ce cher Lemmy. A cette occasion je lui souhaite de s'être drapé de son plus beau costume militaire recouvert de toutes ses médailles du mérite, il y a droit plus que quiconque. Ah, n'oublions pas celui de David, la semaine suivante. Sale temps pour les fans de musique, heureusement les biographes précautionneux avaient tout préparés depuis quatre décennies. Aucun débat mondain pour savoir quelle est la disparition la plus cruelle, tragique, pour le monde du rock mais pour ma part une seule de ces deux légendes éternelles reçoit le titre honorifique de génie révolutionnant l'art et son histoire. Pour ceux qui en douteraient, attention y a un piège. M'enfin, à soixante-dix ans chacun, en ayant connu, abusé et surtout survécu aux meilleures années du siècle dernier, ce n'est qu'un juste retour des choses. D'ici huit ans tous les gardiens du temple auront disparu, il faut s'y faire. Quoiqu'Iggy serait capable de finir centenaire juste pour me contredire, quand bien même l'absence d'une grande partie de ses compagnons de route doive désormais lui peser avec force. N'aimant, en large majorité, que des musiciens disparus, au moins de la circulation, la mort logique d'une de ces icônes ne m'affecte pas. Après tout leurs meilleures créations, disons les plus inspirantes, sont loin derrière eux depuis un long moment. En revanche, je n'ai pas hâte que l'Iguane de Détroit nous quitte. Malheureusement c'est mathématique et ce jour-là j'y serai à coup sûr sensible. Puis, comme il se doit, je m'agenouillerai lorsque Neil Young nous laissera. Bon comme nous sommes dans les avis de décès, il y a aussi Michel... Mais on comprendra pour des raisons axiomatiques que cette annonce me laisse sans état d'âme. Bref, puisque ce début d'année se passe mal pour toutes ces raisons et tant d'autres autant éviter de prendre des résolutions que l'on sait intenables. Mieux, revenons en arrière afin de réduire à néant les vœux anciens. Je ne parle pas du souhait de perdre du poids, encore moins d’arrêter de fumer. Pas même de sourire un peu plus mais je fais bien sûr allusion aux convictions auxquelles on croit dur comme fer. Par exemple dès l'annonce de sa fabrication je m'étais juré de ne jamais regarder Montage of Heck car bien trop conscient de ce que j'y trouverai. Un concours de circonstances doublé d'un ennui nocturne et profond auront suffit un soir de décembre à atomiser mes sincères promesses.

 Vu que le titre de cette chronique est une question, la réponse est déjà tamponnée à l'encre rouge : Oui ce DVD est à chier. Et, pour être honnête, j'en suis le premier surpris. Je m'attendais à de la merde mais à vrai dire l'immondice proposée ici touche les cieux. Sans plus attendre on entre à pieds joints dans un incontestable problème. Beaucoup de choses sont à dire le concernant, tout comme il n'y a paradoxalement rien à raconter, étant donné que l'on n'y découvre rien. Ceux qui ne sont pas adorateurs du culte Cobain le regarderont d'un œil lointain puis oublieront très vite. Ceux qui adulent le personnage trouveront, je pense, trop de défauts à ce documentaire pour l'apprécier. Dès lors on peut se demander  : quel est l’intérêt ? Des premières jusqu'aux dernières secondes cette interrogation perdure et si, avec le recul, j'avais un semblant d'explication je n'en aurais pas fait un article. Je n'ai jamais caché dès le départ que j'étais contre cette production - non pas tant car je suis un fanatique du groupe, même si avec les années mon adoration a tendance à s'amoindrir - et ils ne m'aident pas avec leurs conneries. Je ne suis pas anti tout ce qui peut sortir, vraiment pas. Il y a d'excellents docs sur le sujet facilement trouvables en streaming.
De base, mon problème avec celui-ci est qu'il soit officiel. Comprendre par là qu'il est non seulement autorisé, alimenté, par Courtney Love mais qu'en plus, pompon sur la pomponnette, Frances Bean Cobain, sa fille, en est la productrice. Aieaieaie oui, coup de bambou. C'est une raison suffisante à mes yeux de fan aveugle et con pour faire de ce DVD une camelote inutile et de Brett Morgen, le réalisateur, un vendu de la pire espèce. Remarquez, je n'ai pas de griefs contre Frances, comme tout enfant elle n'y est pour rien. Mais soyons honnêtes, on ne pouvait résolument rien attendre, sachant que tout s'en retrouverait lissé, contrôlé et toutes les questions qui fâchent éludées. L'autre souci majeur est sa date de sortie tardive. Une quinzaine d'années en arrière, l’intérêt, peut-être, aurait été supérieur, en particulier avec ce gage d'avoir des images rarement vues, voire inédites pour certaines. Dernier point mais pas des moindres : c'est long. Beaucoup trop long. Dans les faits Montage of Heck aurait pu durer une trentaine de minutes. Soit le temps des interviews qui, je précise, sont quelquefois intéressantes, dommage qu'elles soient noyées dans un océan de concerts déjà vus un million de fois et dans une panoplie d'effets cinématographiques inintéressants, en tout cas, pour ma part.


Le soleil est rare et le bonheur aussi.


 Concrètement, cette oeuvre n'est qu'une suite abusive de clichés périmés. L'ensemble se débat sans arrêt pour survivre afin de se donner du sens sans jamais y parvenir. Puisque pensée pour le cinéma, il faut alimenter la locomotive. Alors le réalisateur use et abuse de plans en dessin animés censés retranscrire les sentiments de Cobain. Réflexions et autres idées issues sans surprise du journal intime. Tiens, lui aussi avait crée la polémique il y a quelques années. Qui se ressemble... Ces plans, d'ailleurs, rappellent ceux qu'on trouve dans le biopic consacré à Gainsbourg. A mon goût cette idée est mauvaise dans les deux projets, ça ne sert en rien le propos. Et puis si c'est pour raconter une énième fois l'histoire d'une coucherie avec la cousine handicapée mentale qui n'est en fait pas une cousine mais une voisine qui... Bref on s'en tape car tout ceci est sûrement faux ou du moins pas tout à fait vrai. Kurt et Serge avait ce point commun, comme beaucoup d'autres dans ce milieu médiatique. Ils avaient tendance à enjoliver les réalités. A les rendre plus glamours, plus dures, plus violentes, plus aimantes, au besoin des situations. Ces deux artistes profondément humains n'ont jamais cessé de fabriquer leur propre folklore. Montage of Heck se contente de reprendre les mythes, rien de plus. Si parfois il s'en donne des airs, ce n'est pas une enquête, ni même un documentaire historique ou musical. Ce n'est qu'une succession de poncifs sur ce que doit être le natif d'Aberdeen dans l'imaginaire collectif en enterrant tout le reste. Je sais bien que ce n'est pas possible, puisqu'il est officiel. Pourtant, pour cette même raison, on aurait du être en mesure d'obtenir des choses nouvelles, un regard neuf. Or ils continuent de nous balancer encore et toujours les mêmes rengaines. Que l'on s'attarde sur l'enfance, d'accord, c'est attendu et logique. Voir l'interview de sa mère ou les photos de son père sont une chose sympathique mais ça n'apporte là encore que dalle. Et le reste est du même acabit, on nous refait le parcours, de l'adolescence à la starification, la chronologie habituelle, en laissant de côté les perpétuelles zones d'ombres. N'importe qui aurait pu le faire. Pour cela il suffit de lire les centaines d'ouvrages sur le sujet. Seulement voilà, le monde ne retiendra comme référence absolue que Montage of Heck. Il n'est pas mieux fait, ni plus complet qu'un tas d'autres mais sa puissance marketing est vingt fois supérieure. Il n'aura pas eu besoin de jouer des coudes pour s'imposer. Il s'est positionné en tête à grands coups de millions de dollars. Tant pis, une balle en plein cœur du mérite aura suffit.

 Je ne prétends pas mieux connaitre Cobain que ses parents. Je suis simplement persuadé que tout ce qui se trouve là-dedans ne vaut rien. Ce n'est pas un film pour ceux qui aimaient ou aiment le groupe et l'artiste. C'est un spectacle Hollywoodien pour un grand public peu exigeant. Il laisse croire aux spectateurs qu'il possède la parfaite légitimité. Qu'il bénéficie d'un travail minutieux alors que ce n'est qu'un prétexte malin, au sens diabolique du terme, pour renouveler une fanbase vieillissante. Quitte à diffuser en premier lieu, pour être certain de marquer quelques esprits et apporter un supplément trash, des images peu flatteuses et privées d'un artiste et sans son accord, évidemment.
Ce n'est pas le voir maigre ou porter des robes qui me gêne, tout le monde sait qu'il en portait sur scène ou en dehors, on s'en branle. Ce qui m'attriste c'est que ce DVD emprunte un chemin sinueux pour au finals’arrêter à ça. Exit l'aspect artistique. Exit la musique. Au générique de Montage of Heck, on ne retient de lui qu'il n'était qu'un loser fantasque. C'est un show explosif pour ceux qui ne s’intéressent qu'aux magasines people. Du pain béni pour les redneck et leur équivalent beaufs qui diront d'un ton assuré : "ah ben tu vois, je te l'avais dis c'était un pédé lawl". Alors, bien entendu, ceux qui veulent pousser les explorations plus loin seront libres de le faire. On peut me rétorquer que cela peut servir de marche pied à des nouveaux venus qui veulent en savoir davantage. Sûrement, mais ça n'excuse d'aucunes sortes Brett Morgen d'être volontairement malhonnête dans son procédé sous couvert de détenir des vidéos inédites. Je n'étonnerais personne en soulignant que la plus sordide reste Courtney qui, grâce à ses talents d'actrice, en profite pour minimiser certaines vérités et, au passage, se donner le beau rôle. Par souci d'honnêteté intellectuelle rappelons l'air de rien que le couple ne voulait pas d'un livre à charge contre eux. Par contre ça, pour la veuve éplorée, ce n'est pas important, ça passe. Apparemment les droits d'auteur ne suffisent plus. Love, si tu m'entends, il faut songer à un appel aux dons, ça urge.

 Rassurez-vous, tout n'est pas à balancer sans ménagement aux ordures. En fouillant on déniche toujours du bon quelque part. On a droit par exemple à quelques passages agréables grâce notamment à Tracy Marander. Certes, comme nous tous, elle a pris un sale coup de vieux, néanmoins au milieu de cette mascarade elle reste fidèle à son vieil ami. J'ai toujours apprécié Tracy, elle tient une place centrale chez Nirvana. Ça m’embête de le dire mais les choses se gâtent concernant un Chris Novoselic dispensable. Il aurait dû, selon moi, s'abstenir d’apparaître à l'écran tant ses interventions fleurent le politiquement trop correct. Interdiction d'égratigner la reine mère, la routine. A part ça, l'ennui se diffuse avec lenteur. Kurt se rase, Kurt regarde la télé, Courtney joue à la star qu'elle ne sera jamais. Des moments de vie communs, basiques. Des flash audio, des démos expérimentales et personnelles donc, par nature, inintéressantes pour le monde extérieur. Une intimité somme toute banale en guise de remplissage, cachant mal le fait que le réalisateur est un imposteur. Même le titre, il n'aura pas été foutu de le trouver seul. Deux heures trente voulues, sans jamais y parvenir, de telle sorte que l'on rentre dans la tête d'une rock star junkie. Deux heures trente construites, en vomissant dessus, de telle sorte que la légende ne meure jamais dans le seul but de mieux l'exploiter. Un filon n'a pas d'âme.



Cover, pochette, LP, Kurt Cobain, Nirvana, Grunge, Seattle, Grohl, image, album, vinyle
Universal Music Group


Montage of Heck, The Home Recording. 


 Une frontière a été franchie, les choses prennent une tournure différente. Tout s'éclaire, le docu n'était qu'une mauvaise étape vers l'inacceptable. Qu'il soit minable, ce n'est pas si important. Il y a toujours pire et en toute franchise je ne doute pas qu'il puisse plaire à certaines personnes. l'énervement procuré par l'écoute de Montage of heck, The Home Recording me pousse à faire court. De toute façon, que ce soit dit haut et fort, ce disque est le sommet de l'absurde. Là par contre c'est le fan de Nirvana qui le mentionne. Un passionné de longue date qui reste ahuri par une manipulation artistique et médiatique inadmissible. Par un mensonge si gros qu'on aurait éventuellement pu y croire si les responsables de cette infamie avaient été plus subtils. Non, Brett, un mec, quelque soit son talent, qui joue de la guitare dans ses chiottes, ça n'a jamais fait un album solo. Et que l'on ne me parle pas de lo-fi, ce serait insulter les amateurs du genre dans ce cas précis. Sur la ribambelle de titres présents, seulement trois sont dignes d’apparaître sur un Outcesticide. Et encore, je m'efforce d'être généreux car dans la réalité ce n'est pas si simple.

 C'est personnel, cependant l'interprétation que l'on y trouve de Sappy, devenue un incontournable, n'apporte rien. Elle en devient par conséquent caduque. Do Re Mi est déjà présente dans le coffret With The Light Out sorti en deux mille quatre, sauf qu'ici elle est plus longue. Ouais... Okay. Par la force des choses, il ne reste donc qu'une reprise plutôt agréable des Beatles du nom de And I Love Her. Je comprends dorénavant pourquoi ce titre a autant été mis en avant lors de la campagne publicitaire. Le reste, j'en suis le premier désolé, c'est poubelle. Je veux bien que l'on me dise que ce n'est pas ce qui compte. Que l'important c'est que tous les enregistrements de Cobain ou de Nirvana soient disponibles. Eh bien je répondrais que si depuis mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, ces trucs ne sont pas sortis, c'est qu'il y a bien une raison. Ça ne vaut rien. Ça n'a aucun intérêt artistique car les bribes auditives que l'on entend ne nous sont pas destinées.

 Avec ce disque, on reconnaît bien le travail de Morgen. Il prend des trucs issus de tous les côtés, quitte à prendre tout et n'importe quoi. Il les monte, les détourne, les retourne, sans aucunes preuves d'habilité, puis se ramène en nous disant "hey c'est inédit les mecs !". Mais va te faire foutre. Tout ce que tu fais c'est de la branlette et les petits gars du marketing se sont occupés du reste. En toute franchise, que je sois fan du groupe ne compte pas quand je dis qu'il s'agit d'une arnaque pure et simple. Ils n'ont peut-être pas tué le mort avec le film mais avec ce soi-disant album, c'est sûr ils l'ont achevé une deuxième fois. Incesticide, la première compilation de face B dont Montage of Heck s'inspire au niveau de la pochette, devait s'appeler à l'origine Cash Cow. L'idée de cette compil', pourtant très bonne, avait été rejetée par le groupe. Selon eux ça n'avait pas de valeur musicale. Je n'ose imaginer ce que Kurt Cobain penserait d'un enregistrement, vendu au prix fort, dans lequel on l'entend grattouiller et passer le temps. Une honte sans nom.






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire