lundi 9 novembre 2015

Chronique : Kid Loco ~ A Grand Love Story (1997)


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Yellow Production


Playlist : 1- A Grand Love Theme / 2- Relaxin' With Cherry / 3- Love Me Sweet / 4- The Bootleggers / 5- Calling Aventura King / 6- Sister Curare / 7- She's My Lover (A Song For R) / 8- She Wolf Daydreaming / 9- Alone Again So / 10- Cosmic Supernatural

Ancien adepte de la violence sonore, Jean-Yves Prieur alias Kid Loco sort un premier album magistral en mille neuf cent quatre-vingt-dix-sept chez Yellow Production.


Here shes comes now.


 Évidence noyée dans une mer d'évidences. Spécifique à certaines émotions momentanées, nous choisissons sempiternellement selon nos humeurs telles ou telles choses à voir et, par-dessus tout, à entendre. Et puis, il y a A Grand Love Story. Ce n'est peut être qu'une illusoire impression personnelle mais ce vinyle ne se range pas dans un lambda tiroir à sentiment. En effet, je sais oui, avec un intitulé pareil il est vrai que le thème amoureux lui colle à la peau avec élégance et du reste, sans originalité aucune, cette chronique sera consacrée dans ses grandes lignes à l'amour. A toutes les amours. Ceux qui naissent souriants, ceux qui grandissent confiants, ceux qui finissent meurtris. Les histoires d'amour finissent bien en général sauf pour ceux qui ne sont vraiment pas faits pour ça; il est fort à parier qu'ils sont nombreux. Les romances durent pour les plus doués tandis que pour les autres elles s’évaporent dans l'air plus vite qu''un papier de cigarette enflammé. Injustice navrante, iniquité concrète. Mais puisque nous ne sommes pas devins, nous ne pouvons savoir ce que l'avenir nous réserve, et puisque nous ne sommes - pas encore - morts, il se peut que nous ayons une bonne surprise à l'arrivée. Si elle n'a pas disparue, l’espérance s'en contentera autant qu'elle le peut.
Je n'apprendrais rien à personne, l'amitié est une forme sous-jacente d'amour. Il devient donc légitime que cet album puisse s'écouter en bonne et due forme dans ces conditions, bien détaché des considérations purement physiques. Il s'accorde à toute heure, à toute météo, à toute saison. Ici et maintenant. Partout et nulle part, tant que l'on n'exige pas de lui, comme le suggère sa pochette, violence et brutalité. C'est une suite de chansons d'où coule sans interruption une bienveillance des plus subtiles. A la vue de ces premiers mots on peut craindre une soupe dégueulasse mais que les nouveaux arrivants anti-niaiserie se rassurent. Ce n'est pas le genre de la maison, ni la sienne ni la mienne. Son géniteur n'est pas n'importe qui dans le paysage auditif et c'est ce que nous allons approfondir sans plus attendre.

 Petit agité dans les années quatre vingt, Kid Loco est devenu, un peu plus de dix ans plus tard, disciple de la sagesse intérieure. Je suis dans l'incapacité de vous dire à quoi cela est dû, je ne suis pas sûr que ça intéresse quelqu'un hormis sa personne de toute façon. En revanche je sais que par le passé ce Monsieur a contribué à la grande, bien que courte, aventure du punk français. Son rôle fut même crucial en étant le dirigeant de Bondage Records, alors label des Bérurier Noir, des Ludwig Von 88 et des Washington Dead Cats, autrement dit la fine fleur de toute une époque. S'il s'était arrêté là, cela aurait déjà valu mon respect le plus spontané quand on sait à quel point j'ai pu écouter et réécouter le concert à L'Olympia des Bérus. Autant prévenir à ce propos qu'un jour ce live finira en ces murs et mon adoration envers cet objet sera enfin publié. Mais justement, Kid Loco ne s'est pas contenté d'errer dans des couloirs ombragés couronnés de succès. Il sort en mille neuf cent quatre-vingt-dix-sept un album référence. Le genre de disque qui marque pour de longues nuits l'auditeur qui met la main dessus.
La comparaison pourrait paraître déplacée mais j'ai envie de dire que c'est comme entendre un des premiers albums de Pink Floyd lorsque l'on a une quinzaine d'années dans une ère pré-internet. On croit détenir quelque chose de rare pour s'apercevoir qu'en réalité il a été vendu non pas seulement à nous, ni à notre voisine mais à de très nombreuses personnes de bons goûts. Un choix s'impose face à cette découverte : on adopte une attitude puérile, pas toujours évitable, et on se force très fort à subitement le détester afin de se démarquer ou on se déleste de notre besoin d'exclusivité et dans ce cas on n'en a rien à foutre. On continue d'apprécier parce qu'après tout ce n'est pas non plus USA For Africa en terme de ventes ni en terme de tout le reste d'ailleurs.

 Je le disais en préambule, mais bien sûr que, non sans une certaine nonchalance, l'amour traîne ici ses pieds. Mais ne retenir que cet aspect serait réducteur. Ce n'est pas la bande originale mièvre d'un Romeo et Juliette contemporain. Ou si c'était le cas, le couple est au fond du lit à fumer des joints en attendant une fin hypothétique plutôt que de s'activer à la préparation d'un suicide romantique. Non, si on peut y voir une ode aux différents moments de cet état physique, mental, et que pour ma part à son écoute il est connoté avec persistance vers ce côté là, c'est un album qui va bien au-delà voire qui n'a pas besoin d'une trame particulière. Il faut juste l'entendre, le reste suivra. Il faut juste le comprendre, la suite n'en sera que plus agréable. Il faut juste suivre sa rythmique du pied, le prolongement du corps se mettra en éveil.
Parlons musique et émotions maintenant. A mon sens, A Grand Love Theme et Relaxin' With Cherry, bien que bonnes, ne sont pas les meilleures. Elles ne sont qu'une luxueuse introduction afin de nous préparer à un voyage captivant. Un trip pouvant prendre plusieurs chemins. A la fois il creuse dans nos pensées nostalgiques divers instants vécus auxquels on ne préfère pas penser sans être accompagné par ces sonorités car cela rendrait les choses trop difficiles ou a contrario pas assez fortes. Ce disque peut aussi servir par exemple de baume à la suite d'un rêve prenant la tournure d'un cauchemar dans lequel on revoit sans la (le) distinguer avec netteté une (un) compagnon de route perdu(e). Aux cotés de ces harmonies, le semblant de haine engendré par ce songe se dissipe et laisse place aux souvenirs attachants. On se remémore les innombrables rires éphémères et la plénitude engendrée d'un temps trop rare passé à deux. C'est inévitable, l’excès de pensées dans un sens ou dans l'autre entraîne un manque. Celui des bons côtés. Ceux qui ont pu faire qu'un jour une personne est entrée dans notre intimité quotidienne jusqu'à ce qu'une rupture, douloureuse ou stupre suivant nos perceptions à tendances malhonnêtes des choses et du versant du quel on se trouve, survienne. De la mélancolie, de la tendresse, du sourire parfois, des vagues à l'âme souvent. Bref je l'ai déjà dit, il se dégage de ce skeud beaucoup d'émois qui conviendront à toutes les situations pour peu qu'elles soient intimistes et authentiques.


C'est un amour de vacances...


 Pourvu de sonorités downtempo et trip hop, A Grand Love Story, laisse part à un large éventail musical. Des beats contrôlés aux nappes synthétiques en passant par une espèce de dub spatial, on y trouve de quoi satisfaire l’appétit sonore de tout un chacun. Mais voyez-vous, tout n'est pas parfait. Il y a dans cet album un tas de bruits étranges qui jure avec la délicatesse globale. Des effets à n'en pas douter très cool une année avant que Dieu Thierry Henry gagne la coupe du monde mais qui de nos jours tombent à plat. Trois fois rien à vrai dire, mais quelques fois ces sons agaçants font une apparition trop remarquées à mon goût. Bien que partisan de la description inutile, je ne pourrais en aucun cas le faire avec ces sons, c'est subjectif, mais ils sont nombreux quelque fois à nous narguer comme des petits mammifères dans un jeu de taupe. Que l'on ne s'y trompe pas, je le répète, c'est un détail. Il ne faut pas s’arrêter aux frontières du perfectible pour dénigrer l'oeuvre dans son entièreté qui lorgne avec régularité incroyable du très bon au magistral. S'il devait y en avoir une, la preuve aurait pour nom She's My Lover, un merveilleux intervalle de bien-être psychédélique, et ce n'est pas la seule. Pour être sincère je ne pourrais jamais lui rendre le véritable hommage qu'il mérite au travers de mots, aussi débonnaires qu'ils puissent être. Je ne suis peut-être pas fait pour parler d'amour ou je n'en ai pas le recul nécessaire. Néanmoins il me paraissait important que A Grand love Story paraisse sur Wax Digger Reviews. Parfois, au même titre qu'une relation, il faut savoir abréger. Je pourrais une heure entière vous expliquer pourquoi il vous faut le détenir dans votre vinylothèque, cependant il me parait assez peu probable d'arriver à pointer du doigt la magie qui en fait tout le charme. Alors écoutez-le, c'est tout. Vous aimerez ou vous perdrez un instant de votre vie. Vous éprouverez le besoin de le garder précieusement en mémoire ou vous l'oublierez dès le lendemain dans les bras d'un autre groupe. Quoi qu'il en soit vous finirez par omettre ces mélodies jusqu'à ce qu'un rêve vous rappelle leurs existences. Dans ces moments de silences nocturnes, quand personne n'est là pour nous rassurer, il suffira alors d'appuyer sur play. A l'instar d'un Virgin Suicide de Air, la splendeur se heurtera aux angoisses et devant ce béant mélange de peine le tout s'annihilera. Ce dont je suis sûr par contre, c'est que ces compositions, elles, elles ne vous oublieront pas. Sans prévenir, à l’arrêt d'un bus ou tout autre endroit inadéquat, elles se remettront à hanter vos pensées comme de vieilles connaissances que l'on s'était pourtant juré de ne plus vouloir aimer. Énième paradoxe qui donne envie de s'y replonger avec tendresse.

 Fidèle aux sentiments humains, A Grand Love Story a ses faiblesses et ses fêlures. Ses petits moments de facilité dérangeante et ses autres passages géniaux faisant disparaître tous les griefs dans la seconde. Parfait pour chiller lorsque le cœur nous en dit, pour se laisser couler lorsque le cerveau nous l'impose, pour vivre comme bon nous semble du matin au soir, été comme hiver, Kid Loco a réalisé une première oeuvre intimiste, intense et optimiste qui risque bien de vous accompagner tout au long de votre existence.








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