mardi 13 octobre 2015

Chronique : Sati Mata ~ In Camera (EP, 2010)


Wax Digger Reviews, Indie, Experimental, musique, cover, pochette, image, normandie, groupe,
Sati Mata


Playlist : 1- Seven Years / 2- Une Symphonie En Gris / 3- Métamorphosis / 4- Réminiscences / 5- Rencontre

Quand une rencontre fortuite et virtuelle vous fait découvrir à la fois un groupe et un EP, cela donne une chronique imprévue. 

Réseaux Sociopathes...


 Plusieurs années durant, sans m'y intéresser plus que de raison, je ne voyais pas quelle valeur ajoutée pouvait avoir Twitter. Plus que ça même, je ne savais pas comment l'utiliser. A titre personnel je n'en ai jamais eu l'utilité mais quand on possède un site, les réseaux sociaux deviennent paraît-il vitaux, alors... Enfin, dans les faits cela marche sans doute lorsque l'on est doué en communication. Rien ne tombe du ciel. Il est facile par conséquent de deviner que je ne le suis pas. Rien n'a changé en termes de notoriété depuis que j'utilise ces outils et si je dois confier une frustration inéluctable au vu de cette situation, je me dois surtout de reconnaître que c'est un mal pour un bien. Pour en revenir au pigeon bleu ciel, j'admets également que l'on y prend goût. Assez vite, son pote Facebook est relégué au second plan pendant que Google +, lui, se débat dans les méandres de l'inutile. Même si je l'aurais cru sans trop y croire, Twitter ne sert pas qu'aux hashtags liés aux conneries télévisuelles. Un beau jour ou peut-être une nuit, on nous ajoute. De nature curieuse on feuillette le compte de ce nouvel arrivant histoire de ne pas additionner n'importe qui ou n'importe quoi dans le seul but d'augmenter artificiellement des statistiques vides de sens. Habitué, on se dit avec une pointe de cynisme désillusionné qu'il s'agit encore et toujours de ces connards qui, eux, accros à la gonflette numérique, ajoutent compulsivement tout ce qui passe sous leurs mains cupides en espérant qu'on en fasse de même sans chercher si nous avons le moindre rapport dans nos activités respectives. C'est peut-être de cette façon que ça marche. Si c'est le cas mon esprit doit se préparer à ce que ça ne marche jamais. Cette fois il s'agit d'un groupe français qui sonne à la porte. Par chance il y a un lien Youtube et puisque nous n'avons rien à faire de mieux à faire en cet instant, on appui sur play en étant persuadé que de toute façon cela ne donnera rien, comme souvent.

 Le cynisme et les certitudes s'envolent. Sati Mata est la bonne surprise à laquelle je ne m'attendais pas. Une de celles qui, perplexe, me font revenir en arrière pour m'assurer d'avoir bien lu leur provenance. D'habitude, j'ai plus l'occasion d'entendre ces sons au-delà de ma ligne d'horizon hexagonale. De nos jours, il faut faire de nombreux kilomètres pour percevoir une authenticité évidente lorsqu'il s'agit de guitares et de basses. Le rock actuel, au sens le plus large possible, est en si piteux état que la majorité des groupes que l'on nous jure pétris de talent ne sont qu’éphémères. Pire, ils cachent de leur présence marketing bien rodée un petit pourcentage de musiciens qui méritent une mise en avant toute aussi sincère que leur musique. Je vous vois venir avec vos doléances musicales contemporaines, vos amis musiciens, votre dernière découverte Deezer, mais merci ça ira. Ce n'est pas la peine de me prouver que j'ai tort en envoyant des noms connus ou inconnus qui seraient, par le plus grand des hasards, sympathiques. Ce ne sont que quelques frêles brindilles qui cachent un champ de ruines béni par un glorieux passé. Il y a des exceptions, bien sûr, la preuve ici, mais l'heure n'est plus à tout ça et ce n'est pas le nouvel opus d'Iron Maiden qui me fera penser le contraire. Si je n'irai pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'une merde innommable, ça ne vaut à aucun moment leurs productions antiques. Mais bref, pardonnez ma digression, nous ne sommes pas là en ce mois d'Octobre pour parler d'heavy metal mais d'expériences sonores. D'ailleurs à ce propos n'attendez pas que je mentionne un style en particulier qui se détache d'In Camera. Sati Mata poursuit une mouvance initiée par des musiciens en mal de recherches auditives. De toute façon les influences que l'on repère sont nombreuses et variées, tout en gardant une homogénéité de tous les instants. Seule règle véritable pour ne pas rendre une copie caduque.

 C'est un trajet pédestre d'une vingtaine de minutes sur chemin caillouteux emmenant au désabusé décor de Tchernobyl. Mais, au même titre que la nature reprend peu à peu ses droits aux alentours de la centrale, la musique des normands parvient à émouvoir celui qui détient la propension à voir plus loin que les faux-semblants. Comme toujours, derrière un art froid se cache une sensibilité des plus humaines et donc des plus majeures. Il en ressort une mélancolie non surfaite, non surjouée, qui n'est pas fabriquée de toutes pièces dans le seul but de plaire aux sensibles, aux naïfs. La musique de Sati Mata s'adresse avec intelligence aux plus amers. A ceux qui ne se laissent pas berner par des mélodies voulues austères mais tellement faciles, insipides, que le résultat devient pathétiquement triste. C'est une toile noire entourée de blanc et pas l'inverse, c'est là toute la différence. Les airs soutenus par le theremine, nous traînent sur une voie ferrée aussi vielle que les machines tchoutchoutant dessus autrefois, pour une issue insidieuse. Quelques fois, des voix viennent ponctuer des parties instrumentales imposantes et ce choix, qui aurait pu prendre le risque d'être dérangeant, ne l'est aucunement. En guise de simple détail, j'avoue volontiers que dans ce registre, Métamorphosis ne bénéficie pas de mes premières faveurs. Loin de s'arrêter aux notes, ces artistes d'une discrétion absolues réalisent d'une bien belle manière leurs clips ainsi que toute l'imagerie entourant leur cosmos gris sombre. Une autoproduction totale qui, à mon sens, est plus à imputer à une respectable détermination à vouloir garder une parfaite maîtrise de son art, plutôt qu'à un quelconque sentiment de solitude face aux maisons de disques dîtes classiques. Je suis peut-être éloigné de la réalité, je n'en sais rien. Mais qui sait, si un jour je joue à la loterie, Wax Digger Reviews deviendra, c'est acté, un label et si ce n'est toujours pas fait, je saurai alors qui signer pour peu que je gagne et qu'ils acceptent cette proposition.

 J'aurais très certainement dû réclamer des informations détaillées à ce duo bidouilleur avant de me permettre de leur prêter des intentions. Leur demander ce qu'eux pensent de leur création et de son avenir. En définitive me comporter en parfait journaliste des Inrockuptibles plutôt que de faire confiance à trois liens googlesque. Mais est-ce que je vais demander à Suicidal Tendencies ou Earth quoi que ce soit ? Alors autant continuer avec ce qui compte vraiment, le ressenti. Sur ce que procure une chose que l'on offre à l'âme car même si c'est subjectif, ça a au moins le mérite, je pense, d'être honnête, chacun le sien. Le ressenti ne se distribue pas par dossier de presse. Pour ma part les compositions d'In Camera sont une sorte d'immense tâche d'un pétrole visqueux de laquelle on sort la tête avant de s'apercevoir que ce bain improvisé est plaisant, enivrant, harmonieux, puisque non abrasif. Peut-être faut-il en avoir l'habitude mais rien n'y est dérangeant et encore moins malsain, au contraire il y a un altruisme assumé. La pesanteur est certes lourde mais respirable, sans encombres. On écoute, on se concentre, on se déconcentre, on y revient de nous-mêmes sans en perdre le fil d'Ariane. Les bonnes idées se bousculent. La basse, très bonne, donne la profondeur nécessaire quand tout le reste, aussi bon, modèle soigneusement de la douceur contemplative. C'est vrai, Dourgâ suivi de près par Ganesh ont pris des antidépresseurs sur cet EP, sans doute rongés de l’intérieur par la stagnation intellectuelle de ce monde. Cependant, dotés de mansuétude, leurs auras planent sans discontinuer, avec comme unique dessein de nous faire découvrir des chansons que l'on ne tardera pas, je leur souhaite, à trouver dans les bacs des disquaires ou en générique de film. Peu importe la suite tant qu'ils gardent cette fraîcheur détrempée, ce petit plus qui les caractérisent.

 Soutenu par Une Symphonie En Gris, In Camera se montre parfait pour ceux qui désirent sonder l'expérimentation sonore sans tomber dans le travers, trop souvent tentant, d'une complexité inutile. Les adorateurs des bandes originales noires et grises ne seront pas en reste, quant aux admirateurs de l'autoproduction ils seront tout autant ravis. Sati Mata réalise un premier enregistrement synonyme de réussite. Une jolie découverte.





1 commentaire: