mardi 18 août 2015

Chronique : Suicidal Tendencies ~ Suicidal Tendencies (1983)


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Frontier


Playlist : 1- Suicide's An Alternative / You'll Be Sorry / 2- Two Sided Politics / 3- I Shot Devil / 4- Subliminal / 5- Won't Fall In Love Today / 6- Institutionalized / 7- Memories Of Tomorrow / 8- Possessed / 9- I Saw Your Mommy / 10- Fascist Pig / 11- I Want More / 12- Suicidal Faillure

Premier album d'une longue série, Suicidal Tendencies sort dans les bacs en mille neuf cent quatre-vingt-trois. Hardcore tant dans sa forme que dans son fond, les idées prônées à l'intérieur de ce disque ne plairont pas à certains mais séduiront tous les autres. Plaisir de vivre contre besoin d'en finir, les jeux sont faits, rien ne va plus. 



Be Initial S.T


 Bon ça suffit de se morfondre dans quelques pubs anglais du cœur de Londres comme disait l'autre en mille neuf cent soixante-huit, on se remet à faire des chroniques, du moins on essaie, ça nous fera peut-être oublier ces divers naufrages estivaux qui se veulent annuels. Puisque l'humeur est en deuil et les envies stérilisées, partons pour la Californie, pour être précis à Venice. Non pour y trouver un soleil qui me fatigue déjà assez de là où je suis mais pour parler d'un collectif qui me tient aux tripes depuis fort longtemps. Fondé en mille neuf cent quatre-vingt-un, ce quatuor connaît des débuts difficiles. Une grande routine dans ce business. Plus disposés à faire la fête qu'à prendre au sérieux leur musique, ces artistes seront qualifiés de plus grands connards par un fanzine local. Ils devaient être objectifs puisque en l'espace de quelques mois ces mêmes p'tits gars leur décerneront cette fois la palme du meilleur nouveau groupe. Quoiqu'il en soit Suicidal Tendencies enchaîne les concerts sans discontinué et engrange les fans dix par dix. Violents sur scène, les membres, Mike Muir en-tête, chanteur de sa profession, donc plus mis en avant, ne tarderont pas à être accusés d'appartenir à un gang. Vraie rumeur ou fausse accusation, la cause de ce tapage est à imputer en partie, il en faut peu en Amérique, aux bandanas bleus que tous arborent et qui depuis sont devenus un signe de ralliement à la cause. Une formation sentant la guerre de territoire attire les maisons de disques plus vite qu'un banc de requins à pointe noire, ainsi ils recevront pas mal de propositions d'une honnêteté inégale puis choisiront le label indépendant Frontier. Dès lors une aventure mondiale débute. Une odyssée pas prête de se conclure.

 Voici pour un succinct topo sur les balbutiements. Inutile de faire plus long à l'image de ce vinyle ne durant qu'une petite trentaine de minutes. C'est logique, quand on joue à une vitesse supersonique le temps qui passe semble proportionnel; mais quoi de plus normal pour du punk rock qui plus est quand celui-ci se veut hardcore ? Encore que, la musique de Suicidal Tendencies ne peut se cantonner à ce seul style. La longue discographie pas toujours inspirée et encore moins inspirante le démontrera dans un futur qui est déjà passé. Muir suivi de ses potes, deviendront non seulement les précurseurs du skate punk mais aussi et surtout du crossover. Pour les quelques-uns qui ne l'auraient pas deviné et sans rentrer dans des détails accessoires, ce sous-genre d'un sous-genre consiste à croiser différentes sonorités. Du coup le heavy metal, et plus surprenant le funk metal, prendront une place plus qu'importante au fur et à mesure de leur carrière pour former un tout qui a l'air de trash sans vraiment en être. Ouais je sais, je vous ai perdu. Vous comme moi on s'en branle alors restons concentrés et revenons en juillet quatre-vingt-trois, à un mois près on était bon. Pour l'heure on peut qualifier sans trop de risques cet album éponyme de punk hardcore pur jus avec déjà quelques élans de liberté stylistique. Autant que je dise mon avis tout de suite : même si très bon, ce n'est pas le meilleur, Freedumb pour ma part le surclasse. A ce propos, j'aimerais rendre un hommage appuyé au CD que l'on m'a.... disons emprunté et que je n'ai pas revu depuis au minimum huit ans. Enfin tant pis. Ce n'est pas le meilleur c'est vrai mais c'est le premier; rien que pour cette raison tout amateur de musique électrique se doit de remercier ces mecs aux physiques de déménageurs bretons. Il existe de fortes probabilités pour que beaucoup n'aient jamais entendus parler de ce groupe, pourtant son influence reste énorme. Si de nos jours ces noms ne veulent plus dire grand chose, avoir l'approbation durant la grande époque metal des Slayer, Anthrax, PanteraMegadeth et autre Sepultura (version Max bien sûr), pour ne citer qu'eux, ils sont nombreux croyez-moi, c'est très loin de n'être rien.

 Grand oublié des livres d'histoires musicales, S.T propose à la distribution un album homonyme différent. S'il reste dans la veine des Bad Brains, qui éditeront leur brûlot socio-politique la même année, ainsi que du Damaged de Black Flag sorti deux ans plus tôt, il y a dans ce Suicidal Tendencies quelque chose de plus direct mais surtout une émotion persistante. Dans tous les cas ils forment le trio parfait et absolu du genre. C'est systématique dans cette de musique; il s'agit d'un tel fracas que l'on peut avoir du mal à différencier les harmonies et juger à l'emporte pièce cette chose d'anti-mélodique. Pire, certains diront qu'ils ne savent pas jouer. Allez dire cette merde au meilleur bassiste actuel, du nom de Robert Trujillo, qui par le passé grossissait les rangs de la formation Californienne et qui officiait aussi avec Mike Muir dans les Infectious Groove. Désormais il est chez Metallica, autant être franc personne ne s'en porte plus mal.
Bref, ne pas confondre vitesse avec précipitation. Evidemment que ces musiciens ont un immense talent. Il n y a qu'à écouter les parties de guitares, précises, brillantes, de Grant Estes par ailleurs rehaussées par une rythmique impeccable pour en être convaincu. Du grand art. Les parties vocales ne sont pas en reste, loin de là même. Reconnaissable entre mille, cette voix tient la cadence sans se tordre et vue l'époque on oublie Dieu Pro Tools pour rectifier les erreurs. Si le songwriter au bandana et à la musculature de running back me briserait sans doute les dents pour oser l'affirmer, il se trouve dans ce disque quelques moments pop. On pourrait débattre sur ce terme surfait mais disons dans ce cas qu'il y a ici des passages bien plus mélodieux qu'ils n'y paraissent. Mais là encore rien de surprenant, ce ne sont que les prémices car, plus tard, une fois débarrassés d'un carcan inévitable ils l'afficheront bien plus. Petite touche par petite touche. La rugosité diluée à une certaine douceur, c'est ce qui participe sur le plan musical à rendre le tout émouvant de sincérité. Rajouté à cela des textes, nous allons y revenir, qui méritent les plus grands égards et c'est pourquoi j'apprécie non seulement cet opus mais aussi ce groupe.



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Suicidal Tendencies aux débuts des années 80



J'ai ma vie, Honey.


 Avec un nom pareil, les parents pensant bien penser tout autour du globe ont de quoi avoir des sueurs froides durant de nombreux hivers. C'est tristement vrai; c'est facile de prendre peur en oubliant bien souvent qui sont les réels responsables d'une situation. Les mêmes qui sont sous anxiolytiques ou sous alcool, ou les deux, pour devoir gérer n'importe quel problème qui s'impose à un couple en train d'exploser. Il est tout aussi simple de laisser croire que ce sont les autres qui lancent des appels au suicide à toute une génération de bons à rien ou prétendus tels et ce depuis plus de trois ou quatre décennies. Fameuses générations x ou y ou z. C'est bêtement évident avec un nom pareil, les paumés de tout bord seront comme des coqs en pâte et seront entourés des autres Cycos, comme ils se surnomment, pour former une grande dynastie composée cette fois de gens qui se ressemblent. Favorisés par Institutionalized, premier clip hardcore à passer sur MTV, Ils étaient des centaines, des milliers, il y a trente ans, aujourd'hui ils sont des millions à former une armée de vivants presque morts. Quelques-uns on l'imagine aisément se sont depuis suicidés, on ne peut pas empêcher certains de trouver le temps long, ou nous ont quittés pour d'autres causes mais ils ont été remplacés et ils le seront toujours. L'influence de Suicidal Tendencies n'est pas que musicale, elle est profondément familiale. Il y a un fort esprit d'attachement entre eux et leurs fans. Ce n'est pas un hasard vu que Muir fait preuve d'intelligence rageuse et acerbe quand il écrit ses chansons afin d'en sortir des questions existentielles mais pas superficielles. Alors oui, il exprime dès les débuts certaines pensées dépressives et anticonformistes qu'il serait enfantin, mais idiot, de réduire à néant en lui apposant le stickers faux rebelle sur le front. De fortes idées politiques aussi, mais que serait le punk sans ça ? Rien ou pas grand chose. D'ailleurs, puisque directement visés par les compositions, le gouvernement et ses organisations secrètes enverront la C.I.A et le F.B.I surveiller de près ces musiciens. Enfin pas de quoi pavoiser, c'est de l'ordre de la routine aux USA. Pour les non-anglophones il suffit de traduire les paroles pour se rendre compte qu'il domine son sujet et que son écriture, à la fois drôle, crue, véridique, ne tombe jamais à plat. Il écrit, chante et hurle avec son âme tourmentée des sujets dont il connait la saveur létale. Il est normal par conséquent que les concernés s'y attachent. A ce propos et si personne ne peut corroborer cette déclaration, eh bien moi j'affirme qu'il a bien plus aidé les suicidaires, les cafardeux, que des milliers de psy en tous genres grassement payés à rien foutre en dehors d'aller consulter eux-mêmes des congénères puisque bien trop conscients de n'être que l'inutilité la plus abjecte de ce monde.

 Mettre en paroles des mots sur ce que l'on ressent ou ce que l'on a pu ressentir un jour ne participe pas à faire l’apologie du suicide. C'est tout l'inverse quand on a un peu de jugeote. Puis qu'est-ce que ça peut faire, on a déjà fait le coup à Judas Priest sans succès. Suicidal Tendencies, n'est qu'un nom pour impressionner les faibles d'esprit et les totalitaires. Nommez-les Petits Lionceaux Roses si ça vous enchante, le message n'en sera pas altéré pour si peu. Ecouter les mélodies, les paroles, de ce groupe c'est se sortir d'une léthargie devenue chronique. C'est semblable à une balade sur le bord d'une falaise, on risque de tomber mais c'est se rendre subitement mortel donc vivant. Faire des pogo destructeurs d'os et de muscles, vomir du sang et s'en foutre, croire en un amour fidèle, c'est stupide je vous l'accorde, mais ça rend vivant. Tout du moins quand l'on considère que l'enfer est sur terre et le paradis blanc une poudre grisâtre. Se blesser, se faire mal, ressortir ses instincts primaires le temps d'une heure, ou plus, que l'on soit d'une grande ou petite taille, c'est se sentir vivre plus intensément que de n'importe quelles autres manières. Et si ça ne marche pas, ou plutôt que ça ne marche plus, au mieux ça aura passé l'ennui en crachant un désespoir à la gueule d'un monde illusoire qui s'en fout. Quand le cerveau tourne aussi vite qu'une essoreuse à salade, que les pensées se heurtent avec plus de dommages qu'un train qui déraille, on a besoin de ce genre de compositions, tant pis si je prêche pour ma seule paroisse. S.T rappelle des choses tellement logiques et prosaïques qu'on a tendance à les oublier avec l'âge qui défile entraînant dans sa chute la conscience culpabilisante qui va avec. Ce sont trente minutes d'une diatribe simpliste uniquement basée sur un je suis comme je suis et je t'emmerde. Si seulement les choses étaient aussi basiques, n'est-ce-pas ?

Si le suicide n'est qu'une alternative cela peut-être aussi une solution pour éviter les glaucomes, les AVC et toutes les dégénérescences physiques ou mentales que l'on nous bazarde à longueur de journée au travers de pubs télévisuelles financées par les laboratoires pharmaceutiques. Ceux-là même qui veulent nous rendre accros aux antidépresseurs pour qu'on ne puisse plus se plaindre et continuer de consommer en restant en vie, peu importe le prix à payer. En arrive la situation ubuesque où le traitement est plus dur à supporter qu'une maladie décimant nos sociétés adeptes des frustrations et des privations. Mais bon l'euthanasie n'est pas encore prévue dans la patrie des droits de l'homme, donc faisons avec ce qu'on a. Un matin, qui sait, nous serons moins cons que nos voisins. Bref je ne changerai pas le monde, du coup en attendant il y a cet album pour relâcher la pression. Ce groupe ne dit rien d'autres que toutes ces banalités mais il les martèle avec sagacité. La violence verbale, musicale, textuelle, scénique, n'est qu'un moyen de se faire entendre du plus grand nombre, qu'il partage ces idées en totalité ou qu'il n'y adhère qu'en partie voire pas du tout. Il y a dans cet objet tellement de thèmes en un si court instant que beaucoup peuvent y trouver leur compte. Ce ne sont évidemment pas les seuls à tutoyer ce terrain, mais ce sont les plus concernés et les plus sincères, du moins j'aime à le penser. Nul besoin de réhabiliter un groupe qui se drive peinard. Que l'on aime ou non, ça n'a aucune espèce d'importance tant qu'on le fait pour les bonnes raisons. La mélancolie subsiste sous différentes formes, le hardcore a désormais la sienne.



Suicidal Tendencies ~ Suicide's An Alternative / You'll Be Sorry


Suicidal Tendencies ~ Two Sided Politics


Suicidal Tendencies ~ Institutionalized


Suicidal Tendencies ~ I Want More


Suicidal Tendencies ~ Suicidal Faillure


1 commentaire:

  1. J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce groupe de punk.

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