mercredi 29 juillet 2015

Un dimanche, à la Face


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Face - Mamac


A longueur de chroniques, je confie mon impression d'une liberté, autant individuelle que musicale et à tort ou à raison, qui se meurt depuis cinquante ans. Alors pour cet article il était de bon ton de parler d'une soirée qui s'évertue à lui pratiquer un massage cardiaque afin de lui redonner une vigueur temporaire mais bien réelle. 

 Pour en avoir vécu un nombre certain, et si c'est d'une subjectivité totale, un dimanche en Provence à rarement rimé avec occupation extérieure intéressante. A l'heure où les jeunes familles rentrent de leur balade hebdomadaire et où les jeunes, tout court, finissent leur week-end dans l'état qu'ils peuvent, les choix pour s’aérer l'esprit s’avèrent limités pour peu que l'on ne désire pas s'enfermer. Seulement voilà, les mœurs évoluent, les mentalités s'adoucissent. Ce qui était presque impensable pour une ville comme Nice il y a encore une décennie, devient tout à fait possible grâce à la motivation de quelques passionnés. Si ce qui va suivre est bien un coup de cœur, et même si cela progresse, il faut savoir raison garder. Je préfère le préciser tout de suite pour ceux qui n'y habiteraient pas. La capitale Azuréenne n'est pas devenue Berlin et s'il y a beau avoir une réelle émulation électronique nous ne sommes même pas Madchester. Trop ensoleillée, sans doute, pour trouver des prodiges à tous les coins de rue. Nous sommes Nice, après tout ce n'est pas si mal.

 Pour autant, quelques fois par an, le Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain s'ouvre aux tempos de son époque. Avec un tel intitulé l'initiative aurait eu le mérite d'exister il y a bien longtemps mais mieux vaut tard que jamais, dirons-nous selon la formule consacrée un rien pompeuse. Le parvis octogonal qui l'entoure devient l'entracte durant une poignée d'heures d'un terrain de jeu sonore, duquel s’élève le long de ses parois vitrées un sentiment de liberté n'ayant rien à envier aux usines désaffectées d’antan transformées en pistes de danse improvisées. Je ne vais pas vous faire croire que le lieu est ouvert aux quatre vents, si ce n'est celui du sirocco; ces soirées éphémères sont une occasion de réunir avant tout les déjà initiés et autres acteurs majeurs d'une scène locale qui n'en finit plus de devenir tentaculaire. Alors que la lumière du jour commence à baisser, les patrons d'établissements, les artistes, les puristes et les visiteurs d'une nuit, remplissent peu à peu sa surface. Ils se saluent amicalement, discutent, circulent de petit groupe en petit groupe avec comme leitmotiv de toujours passer un bon moment, en oubliant autant qu'ils le peuvent les aléas de la semaine. Au point que si en début de soirée vous êtes un parfait inconnu solitaire, il y a de fortes chances pour que les habitués vous remarquent avant que les machines à fumée ne vous dissimulent, mais en toute franchise peu importe. Les mœurs évoluent et les mentalités s'adoucissent disais-je en introduction. De fait le dress code, pratique minable, n'est ici pas d'actualité et, mieux, elle tend à disparaître un peu partout aux alentours pour le plus grand bien de l'humanité. Deux mille quinze oblige, tels des ultras d'un club de foot, les barbus bien peignés sont en surreprésentation mais pas de quoi donner des complexes aux imberbes. Si on y ajoute une entrée gratuite, c'est l'art qui en sort grandit. Ayez l'esprit ouvert et vous vous y sentirez bien. Assez pour prendre un siège et regarder le monde brûler sans que cela ne procure, à votre esprit désormais serein, le moindre instinct de gêne. Des gens enchantés sont des gens qui consomment, tout le monde est ainsi gagnant, c'était l'instant pragmatique.



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Mamac



 Lorsque les jambes commencent à être lourdes pour cause de week-end prolongé, on peut toujours s’asseoir sur les grandes marches en marbre faisant tout le tour intérieur. On peut alors contempler au niveau inférieur, donnant directement sur la route, les passants et autres touristes qui s'improvisent à notre vue photographes. Amusés ou interloqués on se surprend, eux comme nous, à assister le plus naturellement du monde à une fête en plein cœur d'une ville qui cache quand elle le désire bien son jeu. J'ai souvent, par le passé, arpenté les couloirs du MAMAC mais plus jeune, à aucun moment, je n'aurai imaginé me retrouver à son premier étage, entouré de plusieurs centaines de personnes. Quand sonne vingt-deux heures, l'esplanade est plus noire de monde qu'un ciel nocturne estival. Les familles ne tardent pas à rentrer, quant aux autres ils dansent à tout rompre ou s'attardent sur des chaises confortables quoique trop peu nombreuses. Quand ils ne sont pas tournés vers les DJ, les regards d'alcools et de fumées éclectiques se concentrent sur le ballet des lumières stroboscopiques. Rien d'extravagant pour ne pas outrepasser les frontières du bon goût, je vous rassure. Les discussions n'en finissent plus, la musique, pas trop smooth, un peu trance, résonne jusque dans les fondations du Musée et il est l'heure pour moi de suivre le chemin de la sortie, comme beaucoup d'autres qui cherchent dorénavant où se déroulent les indispensables afters.

 C'est évident, s'il y a des hommes le mot parfait n'est qu'une douce illusion. J'oublierais cependant volontiers les minuscules détails qui font partie des doléances personnelles, peu importe l'ivresse tant qu'on a le flacon. Cet emplacement se suffit à lui seul et mérite dans ces conditions que l'on s'y attarde même l'espace d'une heure. Le temps pourquoi pas de boire une bière. Rien n'est éternel et tout fini par être perverti. Si le cynisme est un compagnon fidèle, pour une fois gageons que l'instant dure encore, au moins un peu. Il serait périlleux qu'une ville ayant été autrefois source d'inspirations multiples se renferme à nouveau sur elle. Oh, au pire, je m'en fais pas. Qui que nous soyons, nous trouverons toujours le moyen, à notre manière, de déposer nos anxiétés à l'entrée d'une soirée qui semble nous correspondre. Mais pour le bien-être universel espérons que ces fêtes arborées à la face du monde perdurent en gardant ce même état d'esprit qui en fait tout le charme. Quand c'est bien fait, une fête autorisée peut-être aussi excitante qu'une bien plus underground. Dans les deux cas, elles essaient de vider des têtes trop pleines et sont complémentaires. Quoiqu'il en soit, pour ma part, j'y retournerai avec envie lorsque les mélodies deep, que j'imagine parfaites en ce lieu, résonneront jusque dans la vieille ville et je vous conseille d'en faire autant.


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Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain.





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