mardi 2 juin 2015

Chronique : Black Flag ~ Damaged (1981)


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STT

Playlist : 1- Rise Above / 2- Spray Paint / 3- Six Pack / 4- What I See / 5- TV Party / 6- Thirsty And Miserable / 7- Police Story / 8- Gimme Gimme Gimme / 9- Depression / 10- Room 13 / 11-  Damaged II / 12- No More / 13- Padded Cell / 14- Life Of Pain / 15- Damaged I

Album à l'influence énorme sur le mouvement punk, Damaged est édité en 1981 et devient le porte étendard hardcore de toute une génération.

 Devant l'indolence des maisons de disques en 1977 à sortir leur premier 45T : Nervous Breakdown, les Black Flag relèvent leurs manches et décident de fonder un label, qui deviendra tout aussi culte qu'eux-mêmes, STT (Solid State Turners) - qui accueillera en son sein d'illustres groupes tels Sonic Youth, Hüsker Dü, Dinosaur Jr... . Ceci fait, ils peuvent enfin sortir un premier single un an plus tard. En 1979, cette fois, Keith Morris, leader du groupe, décide de claquer la porte pour créer les Circle Jerks ; il sera remplacé l'espace de quelques temps par Dez Cadena, jusqu'au soir où, lors d'un concert, un jeune fan monte sur la scène, s'empare du micro, hurle dedans et sautille partout. Ce jeune homme n'est autre qu'Henry Rollins, alors vendeur de glaces, qui deviendra très vite la nouvelle figure emblématique du  punk hardcore.

 25.000, c'est le nombre d'exemplaires pressés de Damaged pour sa sortie en 1981. On doit sa pochette désormais célèbre à Ed Colver qui la réalisa en donnant un coup de marteau sur un miroir, mettant ensuite de l'encre rouge sur le poignet de Rollins avant de lui demander de poser. Voilà de quoi obtenir une pochette marquante et surtout totalement représentative du contenu, quand bien même Henry aurait pu exploser le miroir sans besoin d'artifices, cela aurait eu plus de panache. Car si depuis en matière de violence sonore nombre de groupes ont fait pire - de manière tant positive que négative -, il s'agit bien là d'un des premiers disques réellement rageur et violent.

Pour montrer à quel point Damaged, et plus généralement Black Flag, ont marqué les esprits adolescents, pas mal de groupes punk ou indie qualifieront par la suite cet album de référence absolue, élevant par la même occasion Henry Rollins au statut de maître incontesté du hardcore
Tout débute par l'hymne Rise Above, le sentiment d'urgence et de brutalité est directement posé. Ça joue vite et fort, le solo est approximatif mais on s'en fout, Black Flag ouvre la voie à la philosophie encore intimiste du Do It Yourself : on monte un label, on dit ce qu'on a à dire, et on distribue notre oeuvre contre vents et marées. Le reste n'a plus d'importance et c'est déjà du passé.  
Henry Rollins, dans cet opus, exprime au travers de ses paroles simples son désabusement permanent, son envie d'en découdre avec tous ceux qu'il croise et montre sans gêne sa haine qu'il a bien du mal à taire. Mais tout fonctionne puisqu'il est terriblement sincère et humain dans ses propos qu'on a tous ressenti un jour ou l'autre. Damaged est une bande son d'un état d'esprit et d'une certaine Californie du début des années 80, Black Flag déclarant sans détour un amour/haine à la bière, à la télé, au vandalisme et à tout ce qui permet de se sentir vivant avec différents degrés d'importance.



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Black Flag


 Bien que des groupes comme les Bad Brains ou les Dead Kennedys avec son magistral Fresh Fruit For Rotting Vegetables faisaient déjà dans ce même registre, les oreilles étaient à cette époque pour la plupart chastes et le patron de MCA, qui distribuait levinyle, prit peur en l'écoutant. Il déclara : " En tant que parent... Je trouve ce disque anti parent ". Ni une ni deux, il le censura, le rendant inévitablement encore plus culte. Comme toujours avec ce genre de réaction absurde, l'effet inverse se produisit. Il faut dire que devant cette succession de hurlements rugueux et assassins, de riffs ultra brutaux et de soli désaccordés et grinçants, sans oublier une production désastreuse - l'opus sentant bon l'amateurisme à tous les niveaux - il y a de quoi, pour les adultes de l'époque, rester prostré face à ce déluge... et cela pourrait bien perdurer de nos jours. 

Toutes les chansons ne sont pas bonnes mais Damaged est un bloc de trente-cinq minutes intenses. Il ne sert donc à rien de désolidariser les compositions à moins de vouloir en perdre toutes leurs saveurs noires et haineuses à l'image d'un Life of Pain, qui monte crescendo grâce à la guitare de Greg Ginn semblant agoniser avant de libérer toute sa puissance au bout d'une minute. 

 Damaged est bien un album de légende, une œuvre majeure du punk hardcore et une prise de vue à l'instant T d'une certaine Amérique. C'est une descente sans fond dans tout ce qui fait qu'un humain n'est qu'un humain : de la souffrance, de l'ennui, de la haine, des mutilations, de la connerie, une bonne dose de mécontentent, mais surtout l'espoir de changer les choses. Damaged n'est rien d'autre que tout ça, et tout ça le rendant encore de nos jours indispensable.



Black Flag - Rise Above


1 commentaire:

  1. La production de ce disque a un peu mal vieillie, mais c'est normal. Il reste cool à écouter mais sans doute moins parlant qu'a l'époque.

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