mercredi 20 mai 2015

Wax Diggers Reviews Express #05 : Bad Brains ~ Dead Boys ~ Dead Kennedys ~ Wipers.


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WDR Express #05

Pour cause de refonte des toutes premières chroniques publiées, non sans une certaine nonchalance qui certes me caractérise parfois, les WDRE s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Alors en attendant une prochaine Selecta actuellement en préparation, voici quatre disques punk qu'il faut avoir écouté au moins une fois dans sa vie et le tout en express évidemment.


Bad Brains - Rock For Light (1983)


Playlist : 1- Coptic Time / 2- Attitude / 3- We Will Not / 4- Sailin' On / 5- Rally Round Jah Throne / 6- Right Bridage / 7- F.V.K / 8- Riot Squad / 9- The Meek Shall Inherit The Earth / 10- Joshua's Song  /11- Banned In DC / 12- How Low Can A Punk Get  / 13- Big Takeover /14- I And I Survive / 15- Destroy Babylon / 16- Rock For Light / 17- At The Movies

 Résolument à part dans l'univers du punk hardcoreBad Brains n'en figure pas moins parmi les pionniers. Rock For Light entremêle avec passion toute la rage dévastatrice de ce genre et la philosophie rasta. Un peu comme si Max Romeo et Johnny Rotten se défonçaient à l'acide avant de produire un grand disque. 

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PVC Records
C'est en 1983 que le groupe de Washington DC nous honore d'un splendide deuxième opus. Dix sept morceaux d'une intensité folle pour une durée totale d'une quarantaine de minutes. Plutôt pas mal comme ratio, autant dire que les moments de répit seront rares et tant mieux car ils n'en seront que plus marquants.
Fidèles à la plus pure tradition hardcore les quatre rastas jouent vite, jouent fort, avec une vivacité jusqu'alors rarement atteinte. Mais ce qui diffère avec beaucoup d'autres groupes prônant le Do It Yourself le plus extrême c'est avant tout la virtuosité dont fait preuve Dr Know. Si les non éclairés pourraient n'y voir en premier lieu que du bruit, grondant, parasitant tout sur son chemin, je vous le certifie ce guitariste qui découvrit le punk avec les Sex Pistols et les Ramones, entre autres, est purement incroyable.

Rock For Light a été produit par Ric Ocasek, connu pour être le chanteur-guitariste du (très mauvais) groupe The Cars. Heureusement, pour lui comme pour nous, il s'en sort ici haut la main en produisant avec justesse un album fondateur. Punk, oui il l'est résolument. Hargneux, furieux, son envie d'en découdre dans un large fracas éclabousse l'auditeur et pire le contamine. Chaque note parcourt notre sang avec la plus grande sincérité pour peu que l'on ne soit pas réfractaire aux solides charges d’électricité qui ne demandaient pourtant qu'un ampli pour jaillir dans une explosion de décibels. Il suffit d'écouter Sailin On, Destroy Babylon, Banned in D.C et tant d'autres, pour être recouvert dans la seconde de cette sueur contestataire qui, pour ma part, doit être bénéfique et source d'inspiration pour tout un chacun.

 Qu'une série de violence sonore alors ce Rock For Light ? Eh bien non figurez-vous. Chose unique sur ce genre de disques et qui en fait encore un peu plus la force, il dispose de quelques titres reggae dissimulés çà et là. Chacune de leur apparition est synonyme de moments enivrants. Les Bad Brains ont eu beau succomber aux rythmes acerbes, ils ne renient aucunement le rastafarisme avec des morceaux comme I And I Survive , Rally Round Jah Throne, ou The Meek Shall Inherit The Earth. Des compositions qui auraient largement mérités leur place sur n'importe quelle galette d'un ténor du Reggae ainsi que dans tous les cœurs des amateurs, néophytes ou expérimentés. Rock For Light reste un album trop méconnu et c'est fort dommage, il a tant à nous offrir.


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Bad Brains



Dead Boys - Young Loud And Snotty (1977)


Playlist : 1- Sonic Reducer / 2- All This And More / 3- What Love Is / 4- Not Anymore / 5- Ain't Nothing To Do / 6- Caught With The Meat In Your Mouth / 7- Hey Little Girl / 8- I Need Lunch / 9- High Tension Wire / 10- Down In Flames / 11- Not Anymore / Ain't Nothin' To Do

La carrière des Dead Boys fut courte, très courte. Deux albums studio en un peu plus d'un an et le groupe décide de se saborder. La faute aux trop nombreuses contraintes imposées par Sire Records selon eux. Celui qui nous intéresse dans cette chronique est le premier, sorti en pleine période punk en 1977.



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Sire Records
 Originaires de Cleveland ils débarquent à New York en 1976 sur les conseils de Joey Ramone. Rapidement, à peine en quelques concerts, leDead Boys jouissent d'une bonne notoriété. Il se murmure dans les rues de la ville qu'il peut absolument tout se passer durant leur show. Fort de cette sympathie et de la curiosité qui les entoure; le groupe deviendra vite un incontournable au mythique club CBGB. A tel point qu'Hilly Kristal, patron hétéroclite du lieu, deviendra leur manager. Bonne ou mauvaise idée, ça ne servirait à rien d'en débattre car quoiqu'il en soit à partir de cet instant Stiv Bators et son équipe pas très fine deviendront incontrôlables à chacune de leurs sorties. Mythe ou réalité, il est difficile pour moi d'en juger mais, chose est sure, ils ont laissé de nombreux souvenirs impérissables à tous ceux qui ont un jour croisé ces jeunes gens. La mort est rarement glorieuse mais Stiv Bators, leader à la voix charismatique, perdra la vie en 1990 à Paris après avoir heurté un taxi. Quant à ses cendres elles finiront dispersées sur la tombe de Jim Morrison. Après tout ce n'était pas trop loin.

 Bien que de nos jours les Dead Boys soient un peu oubliés, ils réussirent à faire mouche dès le premier titre avec Sonic Reducer, devenu un classique car véritable hymne punk. D'autres merveilles du genre se trouvent sur le disque à l'image d'All This and More suivi de près par What Love Is, deux chansons qui sonnent vives et mélodieuses. Hey Little Girl serait presque pop avec sa rythmique entêtante. Hight Tension Wire dispose lui d'une plus grosse lourdeur tandis que tout s’accélère dans Down In Flames, totalement dans l'esprit de l'époque. Il s'y dégage avec netteté un sentiment d'urgence pour s'achever dans un tournoiement alcoolisé. 

 Mais les deux joyaux de la couronne se trouvent être Not Anymore et Ain't Nothin' To Do. Le premier montre tous les talents du groupe : touchant, hérissant les poils avec ses solos bien sentis et la voix de Bators qui concorde. Le second sera bien plus radical mais doté d'une efficacité rock à toute épreuve. Le titre, Young, Loud and Snotty résume assez bien ce qu'est cet album. Mais derrière cette image de groupe à scandale, les Dead Boys ont un talent d’écriture indéniable. Leurs compos se trouvent enrichies de solos bien placés, d'une gestion de moments forts et d'autres moments faisant retomber un peu la pression avant de nous refoutre une claque. New York cache dans ses bas-fonds encore une belle réussite qui dure un peu moins d'une demie heure.



Dead Kennedys - Fresh Fruit for Rotting Vegetables (1980)


Playlist : 1- Kill The Poor  / 2- Forward to Death / 3- When Ya Get Drafted / 4- Let's Lynch the Landlord / 5- Drug Me / 6- Your Emotions / 7- Chemical Warfare / 8- California Über Alles / 9- I Kill Children / 10- Stealing People's Mail / 11- Funland at the Beach / 12- Ill in the Head / 13- Holiday in Cambodia / 14- Viva Las Vegas

 Premier disque des Dead Kennedys mais surtout première baffe punk hardcore dans la gueule de l'Amérique bien pensante de Ronald ReaganFresh Fruit for Rotting Vegetables sort dans les bacs en 1980 sur le légendaire label Alternative Tentacles.


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Alternative Tentacles
 Tandis qu'en Angleterre l'âge d'or du punk commence à doucement s’estomper, de l'autre côté de l'atlantique certains récupèrent à nouveau le mouvement - rappelons qu'il est né en Amérique et non pas, comme ont tendance à le croire trop de gens, en Angleterre. C'est le cas, entre mille autres, de Jello Biafra et ses Dead Kennedys
Ouvertement contre le parti conservateur de Reagan, le groupe entre en résistance et entame une guérilla musicale avec ce Fresh Fruit for Rotting Vegetables. Le plus visible étant en premier lieu la pochette, celle-là donne clairement le ton avec une voiture américaine incendiée. De quoi faire, on s'en doute, grincer quelques dents puritaines.

 S'il n'y avait que ça... car le moins que l'on puisse dire c'est que le groupe n'y va pas par quatre chemins pour mener à bien sa lutte. Ce disque est violent et cru. Les paroles, sans équivoque, sont distillées sur un ton narquois et la fronde ne mettra pas plus de dix secondes à jeter les pierres sans tir de sommation. Dès le titre d'ouverture, Biafra balance son premier missile avec un Kill the Poor qui n'a pour but que d'expliquer sa vision des futures années qui attendent l'Amérique. L'autre brûlot, Let's Lynch ther Landlord, sera adressé cette fois-ci à la caste privilégiée sur fond de musique entraînante histoire que le foutage de gueule sous forme de gélule soit encore moins facile à digérer. 

 S’ensuit le trio infernal et génial Drug Me, Your Emotions et Chemical Warfare, bourré d'énergie, rappelant à quiconque que les Dead Kennedys sont les précurseurs impétueux du punk hardcoreCet album comporte son incroyable lot d’œuvres devenues des classiques du genre. Le pavé dans la vitrine California Über Alles en fait partie. Véritable torche incendiaire, ce morceau est dédicacé spécialement à Jerry Brown, alors gouverneur de Californie. Trois minutes montant crescendo pour finir avec un final libérateur pour un Biafra sur-excité au chant. L'auditeur lui ne sera pas en reste.

 Encore un morceau phare et dérangeant pour l'époque, Holiday in Cambodgia porte la provocation jusque dans son titre. Le riff de guitare, volontairement strident, imite tant bien que mal les bruits de balles et les explosions, un moyen de faire penser aux Cambodgiens essayant, comme ils le peuvent, de fuir les Khmers rouges de Pol PotCette composition fait partie sans aucun doute de ce que le punk à pu produire de mieux, un véritable chef-d’œuvre du genre. L'opus de trente trois minutes, se conclue avec une chanson du KingViva Las Vegas, reprise de façon survoltée et délirante. 

 Fresh Fruit for Rotting Vegetables des Dead Kennedys est le genre d'album que l'on peut ressortir à toutes les époques il ne sera jamais suranné. On y retrouvera toujours cette fougue, cette vigueur jubilatoire qui donne envie à nous aussi de prendre les armes contre l'anti-conformisme. Ce disque n'a rien perdu de sa superbe, il restera pendant longtemps encore un molard sanglant jeté à la face d'une Amérique mal pensante. Un classique inlassable.



Wipers - Youth Of America (1981)


Playlist : 1- Taking Too Long / 2- Can This Be / 3- Pushing The Extreme / 4- When Is Over / 5- No Fair / 6- Youth Of America

Les Wipers, groupe du leader Greg Sage, nous offrent ici un album débordant d'intensité punk rock, tout en ayant une créativité musicale et une profondeur rarement atteintes dans ce genre musical. 


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Park Avenue Records
L'album Youth Of America sort en 1981 sur le label Park Avenue. Il contient six titres pour une durée totale de trente-et-une minutes, ce qui est dans la moyenne habituelle pour ce style de musique. Ce qui est moins courant par contre, ce sont les deux chansons dépassant allègrement les six minutes qui s'y trouvent et qui le rendent presque unique lors de sa mise en rayon dans les bacs à disquaire.

 Tout débute avec Taking To Long, morceau hypnotique que n'auraient sûrement pas renié les Pavements, les bases sont posées. On enchaîne sans perdre une seconde avec Can This Be, pêchu, direct, rapide, pas de temps mort, le groupe semble sur des rails effrénés. La troisième chanson Pushing The Extreme, garde ce coté rapide mais se paie le luxe d'un pont fleurant bon l’inquiétude malsaine.
Trente minutes c'est très court, alors tel un poisson frénétique sorti de l'eau vive, arrive un des gros éléments de ce disque, When It's Over. Six minutes de guitare exquises semblant vouloir emmener l'auditeur dans un long et profond état mélancolique. Une beauté vicieuse se dégage de ce titre qui est sans conteste un des plus beaux morceaux jamais joués sur un album punk.
On reste dans la morosité bizarroïde à l'écoute de No Fair. Cette composition compte deux visages, la premier partie est dotée d'une lente mélodie sombre, ressemblant à une marche mortuaire, on s'imagine perdu dans un endroit étrange, pour s’accélérer dès lors que le chant entre dans la lumière. S'ensuit alors une dernière moitié plus classique dans la plus pure tradition des Wipers.

Mais ce que la plupart des gens retiendront au fil des ans c'est ce titre éponyme, Youth Of America. Un véritable hymne euphorisant d'une dizaine de minutes dont l'air entêtant martèle l'esprit au point de le siffloter dans la foulée de notre première découverte. L'exemple parfait pour démontrer à quel point Greg Sage a tenu, durant sa carrière, à élargir le son des Wipers pour en arriver à un mélange exceptionnel de sonorités classiques punk avec de la musique expérimentale et psychédélique. La chanson débute par le classique Chorus/Verses/Chorus pour finir en une explosion de sons de guitare, proche de l'exploration instrumentale tandis que la basse et la batterie restent solides, gardant une mesure impeccable, jusqu’à ce que Sage en ait définitivement terminé avec son tourbillon musical. Du grunge avant l'heure.

Youth Of America est devenu un véritable classique tant il permit à un genre de franchir un palier, d'évoluer et se réinventer. Un disque parfois obscur mais tellement émotif et rempli d’expériences musicales qu'il est difficile de faire la fine bouche sur ce qu'il propose. Les trois premières titres sont sans réelle surprise, plus conventionnelles il est vrai mais travaillées avec minutie pour pouvoir nous emmener aux véritables joyaux de cet album. Le groupe de Portland a le plus naturellement du monde fait un des disques bâtisseurs du Grunge, un véritable porte étendard pour des formations comme Dinosaur Jr, ou Sonic Youth ou les Melvins. Une œuvre méconnue mais une œuvre majeure et inimitable.

A savoir :

Les Melvins ont repris la chanson Youth Of America sur leur album ElectroRetard.
Un Album rendant hommage aux Wipers est sorti en 1992.


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Greg Sage entouré du batteur Sam Henry et du bassiste Dave Koupal





2 commentaires:

  1. Bonne idée ces petits articles. Je ne connais pas Wipers je vais reparer cette erreur. Pour le reste je confirme ce sont des albums de légende.

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  2. Wipers est quand meme un peu different, bien plus barré et mélodique.

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