mardi 28 avril 2015

Wax Digger Reviews Express #03 : The Cure ~ Trilogie Noire


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WDR Express #03


Un Wax Digger Reviews Express numéro trois un peu spécial puisqu'il se consacre exclusivement à la trilogie noire du groupe The Cure.

La trilogie noire ou gothique de The Cure comprend les albums Seventeen Seconds (1980)Faith (1981) et Pornography (1982). Trois années durant lesquelles Robert Smith et sa bande, alors âgés de la vingtaine, traversent une période déprimante. Aux soucis du quotidien se rajoute un cocktail explosif à base de problèmes liés aux drogues, à l'alcoolisme ainsi que la perte de proches. Heureusement pour nous le remède sera pour eux de réaliser une triplette inégale mais suffisamment incroyable pour avoir marqué son époque.  


The Cure - Seventeen Seconds (1980)


Playlist : 1- A Reflection / 2- Play For Today / 3- Secrets / 4- In Your House / 5- Three / 6- The Final Sound / 7- A Forest / 8- M / 9- At Night / 10- Seventeen Seconds


Premier volet de ce fabuleux trio, Seventeen Seconds sort en 1980 sur le label Fiction.

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Fiction Records
 Suite à un premier disque, Three Imaginary Boys, à forte tendance post-punk et empreint d'une pop certes pertinente mais insuffisante pour sortir du lot des productions de la fin des années soixante-dix, The Cure cherche sa voie musicale. A tâtons, il finit par la trouver dans son propre spleen. Produit par Mike Hedgesdéjà présent sur le précédent opusSeventeen Seconds a pour délicate mission de déblayer un nouveau terrain musical. Les anglais mettront les mains dans un cambouis douloureux et creuseront durant de longs mois dans ce qu'il ont de plus profond, de plus perturbant. 


 Étrange/énigmatique pour certains, glacial/dépressif pour d'autres, cet album retranscrit en musique les prémisses d'une interminable époque trouble et réellement dévastatrice pour une formation encline aux premiers doutes sur une existence hasardeuse et cruelle. Ornée de superbes parties instrumentales, aussi moroses qu'une nuit pluvieuse de novembre, la poésie noire à base de questions existentielles de Robert Smith captive. L'auditeur posant son oreille sur cette oeuvre n'aura comme unique alternative que de se laisser envahir par cette ambiance se voulant ô combien angoissante et ce dés les premières notes. Seventeen Seconds n'est rien de plus que l'acte fondateur accessible d'un mouvement cold wave hétéroclite
La musicalité subtile, enivrante, du groupe s'affirme et franchit un palier bien visible. Simon Gallup (remplaçant l'ex-bassiste Michael Dempsey) devient peu à peu un membre influent et procurera une vague de vocation pour la guitare à quatre cordes. Ces lignes de basses sont parfaitement intégrées aux cafardeuses sonorités atmosphériques et celles-ci collent toujours aux mélodies minimalistes de l'ensemble. 

 Entrouvrant avec prudence la porte de la folie, Seventeen Seconds parvient néanmoins à faire le pont entre le passé et le futur. On y trouve encore quelques légères traces d'une énergie toute relative prise au piège d'une profonde mélancolie. Ce clair obscur fascinant laisse transparaître avec tendresse une volonté vaine. Un dernier combat, une dernière lutte contre un marasme féroce. Sans surprises, l'épilogue aura les traits d'une chute dans le cratère sans fin d'une démoralisante noirceur. 
Pourvu d'une emprise hypnotique, ce second album admirable frappe par son insondable maturité. Si bien sûr la plupart des gens sensés retiennent en priorité le titre A Forest, il ne faut nullement enterrer le reste des compositions. Toutes y ont leur place et font encore de nos jours partie des classiques intemporels du genre. Introduction géniale aux airs de chef-d’œuvre, Seventeen Seconds est un premier chapitre formidablement réussi


The Cure - Faith (1981)



Playlist : 1- The Holy Hour / 2- Primary / 3- Other Voices / 4- All Cats Are Grey / 5- The Funeral Party / 6- Doubt / 7- The Drowning Man / 8- Faith 


Second acte. Un disque moins bon que les autres?

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Fiction Record
Enregistré à Londres au mois de février avec encore et toujours le fidèle Mike Hedges aux manettes, Faith est trop souvent mésestimé, voire renié, par rapport à son prédécesseur mais surtout par celui à suivre. Pour ma part, sa mauvaise image est avant tout due au fait qu'il est méconnu, moins attirant en apparence. Ne contenant pas de hit planétaire, il parvient pourtant à être à la hauteur du reste de la trilogie et endosse sans trembler son rôle de lien envoûtant entre ses pairs.

Cela se sent dès les premières spectrales mesures de The Holy  HourThe Cure poursuit son périple dans les affres irrésistibles de la dépression et dans ses tourments les plus sadiques. Si on excepte l'illusion pop du deuxième morceau qui tente désespérément de raviver une lueur d'espoir, le reste ne sera qu'une énième preuve que dépression et froideur sont souvent à l'origine des grandes œuvres d'art sonores. Le groupe maîtrise de plus en plus sa musicalité en ce début d'année 1981. La basse glaciale de Simon Gallup prend encore plus d'ampleur tandis que la voix de Smith s'affirme pour de bon.
The Cure a trouvé son style. Un genre qui lui sied à merveille et qu'il ne compte pas abandonner malgré les douleurs qu'il engendre. Bien au contraire, le groupe, à cœur perdu, sonde sur Faith son âme funeste et tourmentée. Les musiciens sombrent peu à peu dans un désespoir assourdissant et personne ne peut rien y faire. Ils nous entraînent avec eux et élèvent la tristesse au statut de membre à part entière tant elle fait dorénavant partie de leur quotidien.

Disparate, conseiller Faith comme première approche de cette trilogie est une chose illogique et à éviter. Il est l'élément central indissociable d'une progression évolutive et constante d'un The Cure en proie à ses démons intérieurs. Quelques moments viendront nous sortir d'une brumeuse torpeur infligée par des chansons à forte dominance grise. Parfois, on peut avoir la fausse impression qu'il a été conçu comme un puzzle étrange, là où Seventeen Seconds se montre plus homogène. La comparaison s'arrête définitivement là car ces deux opus se complètent pour créer une parfaite alchimie. Il aura cependant fallu deux ans d'un travail que l'on imagine fastidieux et épuisant pour que Robert, Simon et Laurence arrivent quelques mois plus tard à une conclusion exceptionnelle. 
Si Faith peut apparaître inférieur, il n'en demeure pas moins un très bon disque de cold wave et pourrait, pourquoi pas, devenir votre favori de la discographie. En attendant de se retrouver, le songwriter nous susurre une dernière phrase poignante de sincérité. Une ultime tentative d'entrevoir le bout du tunnel avant de revêtir le manteau de la folie


The Cure - Pornography (1982)


Playlist : 1- One Hundred Years / 2- A Short Term Effect / 3- The Hanging Garden / 4- Siamese Twins / 5- The Figurehead / 6- A Strange Day / 7- Cold / 8- Pornography


Conclusion de la trilogie noire de The Cure. Sorti en mai 1982, Pornography est sans conteste le plus sombre et le plus révélateur du psychique de ses auteurs.



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Fiction Records
It doesn't matter if we all die... la phrase plaintive ouvrant cette nouvelle oeuvre nous atteste que le questionnement mystique de Faith n'a, hélas, pas porté ses fruits. Bien au contraire, l'espoir n'est plus de mise et The Cure plonge tête la première dans les méandres de l'enfer comme en témoigne cette pochette floue teintée de rouge. Si les deux albums précédents laissaient une certaine place à une rédemption, Pornography n'est qu'une plaie purulente d'où s'échappent noirceur et souffrance. Pour retranscrire cet état de fait, la musique évolue et l'aspect atmosphérique de Seventeen Seconds ne semble désormais qu'un lointain souvenir. La rythmique, implacable et froide de Lol Tolhurst s’accélère. La guitare exprime un long déchirement lancinant à chaque note tandis que la basse martiale leste de plomb des compositions un tantinet plus longues. La cold wave portée aux nues par le groupe aborde ici ses lettres de noblesse; rares sont les disques ayant pu aller aussi loin dans ce genre musical grâce à une progression parfaite et bouleversante.   





Après être passé par tous les cheminements possiblesPornography clôture une lente et marquante excursion de trois ans dans les rouages de la dépression et l'envie d'en finir de The Cure est palpable. L'esprit mutilé par sa forte consommation de drogues, Robert Smith s'affranchit de toutes barrières bien pensantes et laisse percevoir à la vue de tous une démence lui rongeant les entrailles.
Depuis des décennies que l'on ne compte plus, l'emploi du mot dark dans la musique a été largement galvaudé, parodié à son extrême afin d'attirer le jeune chaland en mal de sensation. Ici il n'en est rien, cette formule s'applique religieusement à cet album devenu pierre angulaire d'un rock dit sombre, au même titre que le tout aussi fabuleux Closer de Joy Division. S'étendre longuement sur cet incontournable ainsi que sur son ambiance mortuaire ne servirait pas à grand chose tant il suffit d’écouter les deux extraordinaires chansons A Strange Day et Cold pour convaincre quiconque qu'il tient entre ses mains une chose au-delà du sublime que le monde entier se doit d'honorer aux plus hautes marches du panthéon de sa culture personnelle.  
Quant au groupe, mettre des sons et des mots sur le mal-être humain ne s'est pas fait sans douleur. Au précipice de la rupture après ce disque, les musiciens mettront du temps à digérer cette thérapie sous forme de triptyque. Nous ne vaudrons pas mieux puisque comme eux, nous ne ressortirons pas indemne de notre première écoute de Pornography.
D'une beauté cruelle, ce monument sépulcral est exceptionnel à découvrir ou redécouvrir. Musicalement parlant, la souffrance morale n'aura que rarement été exprimée avec un tel degré d'exactitude. Chef-d’œuvre indispensable.  


Vous savez écrire en gothique ?


Pour ma part, après avoir ingurgité des centaines d'écoutes de chacun de ces disques au fil des années, je placerais Seventeen Seconds sur la plus haute marche du podium, puis Pornography et enfin Faith. Quoi qu'il en soit pour vous, ces trois grands opus sont indissociables si l'on souhaite avec authenticité prendre conscience de la profondeur de cette immense oeuvre. Une trilogie qui restera enfouie éternellement dans la mémoire reconnaissante de ceux qui s'y sont risqués. 



3 commentaires:

  1. Tout le monde doit avoir cette trilogie ! j'adore Faith, mais je mets en premier seventeens, faith et pornography mais uniquement pcq celui là je l'ai trop écouté durant mon adolescence et que finalement j'ai plus de plaisir avec les deux autres.

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  2. Je trouve que vous avez rendu un bel hommage à cette trilogie.

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  3. Me suis fait les trois dans la nuit, ca faisait très longtemps bien plus de dix ans que je les avais pas écouté. Maintenant je vais me coucher !

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