mardi 17 mars 2015

Chronique : ODE ~ #0000FF A / #0000FF B (2015)


chronique, electro, deep house, musique label suisse électronique techno wax digger reviews
ODE


Playlist : 1- #0000FF A / 2- #0000FF B

Présentation du label suisse ODE et de sa dernière production aussi mystérieuse qu'intense.


Coup de cœur du mois.


 J'avais prévu autre chose pour glorifier cet énième mois de Mars. Une chronique concernant un disque bien plus ancien et électrique. Ce que je n'avais pas vu venir, par contre, c'est qu'un ami dépose sur ma platine un vinyle encore inconnu à mes oreilles. Étranger, certes cela arrive souvent, mais suffisamment intéressant pour en bouleverser mes plans, c'est plus insolite. Ce n'est que partie remise car quand on découvre un coup de cœur il faut savoir tout mettre de côté et lui laisser la primeur de nos intentions.
Il demeure très inhabituel que je sois sous le charme d'un disque composé exclusivement de deux tracks. À titre d'exemple je ne collectionne pas les 45 tours. Je respecte l'idée que l'on puisse le faire mais ce n'est pas mon truc. J'aime les albums. J'aime le cheminement parfois bizarroïde d'une dizaine de chansons pensées par leurs auteurs dans un ordre réfléchi, ne laissant pas de place au hasard. On peut toujours en débattre ou même trouver des contres-exemples, mais un bon album possède une réelle logique dans la disposition de ses titres.
Evidemment l'electro, puisque c'est le cas ici, dans son commerce le plus répandu, ne jouit pas des mêmes préoccupations. Un morceau sur la face A, un morceau sur la face B et l'affaire est entendue. Géniale idée pour les DJ, moins pour ceux qui comme moi aiment profiter de la musique sur leur canapé sans avoir à se lever toutes les dix minutes pour tourner le disque. Mais quand une véritable pépite se présente à nous la fainéantise se dissipe, ce qui prouve que quand on veut, on peut. Cette production d'ODE, affiliée au label RORA, s'engouffre dans cette catégorie prisée des vinyles marquants et pour lequel le sacrifice mérite sans sourciller quelques secondes de son temps.

 Disponible depuis peu, il est à ranger aux côtés des classiques du genre. J'apprécie, plus particulièrement, la musique électronique qui n'agresse pas les tympans. Celle qui incite à un doux voyage intérieur tout en prenant avec une infinie délicatesse notre main afin de nous entraîner dans un monde d'incertitude quand à ce qui nous attend. Être surpris sans se perdre dans des méandres illogiques et grossières. Cet ODE, au rond central bleu, nous emmène exactement là où il le voulait, ça se sent. Tout roule d'une façon familière. Je n'emploie pas le terme rouler sans raison. L'electro que j'affectionne, en plus d'être subtile, propose un roulis semblable à celui d'un bateau voguant sur une mer docile.
Sans perdre de temps dans sa structure, la face A, intitulée #0000FF, lance à l'abordage de nos esprits des nappes tournoyantes qui ne nous quitteront plus tout au long des dix minutes de cette odyssée. Sans être révolutionnaires, toutes les sonorités choisies pour ce morceau se montrent excellentes et ingénieuses pour un résultat vraiment accrocheur. Inutile de toujours chercher une inopportune complexité en ce bas monde, l'important est l'homogénéité qui découle de son art. On n'en demande pas plus pour danser. Ni même pour rester hagard devant un crépuscule rouge orangé, moment parfait pour se laisser aller à une rêverie sub-aquatique. Une voix mal choisie et c'est tout une oeuvre musicale qui s’effondre. Là encore, celle sélectionnée est en adéquation avec le reste. Sobre, dosée, non lassante. Imparable.

 Comme le souligne à juste titre l'adversaire de Monk dans l'épisode " Monk fait du grand art ", il faut parfois maintenir les yeux fermés puis les ré-ouvrir pour avoir une approche nouvelle des choses. L'homme est une formidable machine de remise en question. Il y a encore quelques années, quand j'écoutais un disque de musique électronique, je pensais que rarement à celui qui le modèle. Je me contentais d'entendre des sons en omettant la sensibilité qui nous est propre à tous et qui nous anime chaque jour. Ce disque ruisselle l'humain et rappelle sans demie mesure que derrière toute machine existe un géniteur composé d'organismes vivants. Peu importe son aspect, on met toujours une partie de soi-même dans une création. Je m'évertue à ne plus l'oublier, que ce soit de façon active avec ces chroniques ou passive en écoutant de la musique dénuée, uniquement en apparence, de chaleur humaine.


Retrouve-moi au fond d'la piscine avant qu'ca m'assassine.


 L'electro jouée en public se doit de capter l'auditoire en un paquet de secondes sinon le corps décroche et trouve avec aisance une autre activité. On peut bien sûr faire preuve de tolérance et attendre le morceau suivant mais nous sommes en grande majorité des êtres cyclothymiques et capricieux. Une fois que l'envie s'évapore la seule alternative probable se trouve en direction du bar. Un patron d'établissement optimiste pourrait y voir une aubaine. L'artiste, quant à lui, n'y gagnera que des moments d'incertitudes au sujet de son talent présumé. Lors d'une soirée dans un club il n'y a rien de pire que devoir s’asseoir à la suite d'un mauvais choix musical alors que nous étions dans notre moment de danse sous l'effet de psychotropes divers et variés. Prenons un parallèle que l'on connait tous et comparons ce phénomène à la sortie brutale d'un rêve qui était jusque là très appréciable. Cela n'arrive pas si souvent de bien dormir, ni même de bien rêver. D'apprécier à leur juste valeur ces instants d'insouciances nocturnes, voire diurnes, assez rares pour ne pas tolérer un réveil qui sonne au mauvais moment.
La deep a ce visage enjôleur. On y plonge sans réfléchir parce que tout y semble cordial. Nul besoin de s’inquiéter de la suite des événements car, à moins d'un sketch du DJ, on sait que ça restera du même calibre. Le sous-marin cotonneux continuera d'osciller dans la bonne voie pendant que dans son (micro)sillon les mélodies percutantes nos osselets nous diront que tout va bien. Il suffit dès lors de se laisser bercer dans tous les sens avec pour unique menace de ruiner nos rotules méritantes.

 L'analogie est facile je le concède, mais la nouvelle sortie d'ODE est un périple dans les entrailles de l'océan. La superbe première face fait office de plongée en bouteille plaisante et sans mauvaise surprise. Tandis que la seconde, nettement inquiétante, nous fera évoluer dans une sphère plus tumultueuse. Plus question de danser en toute innocence. Le plaisir passera par l’intermédiaire d'un mental zélé, apte à prendre le relais afin de se vautrer, quitte à s'enfermer, dans les abysses éparses de la perception. Le lagon, bleu turquoise, laisse place à une eau froide des grands fonds. Il y a deux minutes encore, nous barbotions avec naïveté. Nous voilà maintenant pris à notre propre jeu. Un piège qui n'attendait que nous. Mais loin de suffoquer, les sonorités hypnotiques guident notre être jusqu'à une armée des mers composée de galions rouillés sommairement réveillés d'une ancienne hibernation. Hésitants, ils nous tournent autour la proue curieuse. C'est le moment voulu par des fantomatiques poissons aveugles et phosphorescents pour faire une entrée en scène remarquée. Allumant et éteignant leurs loupiotes tour à tour comme s'ils n'étaient rien d'autre que des vaisseaux spatiaux en mal de communication. Mais l'échange se fera par l'intermédiaire d'une voix féminine suggérant, telle une sirène dépravée, de venir vers elle pour en dénicher les mystères les plus saturniens. Le péril, pour ceux y succombant, prendra la forme d'une ivresse capable de faire disparaître toute trace d'une surface synonyme de perdition suprême . Que l'on soit intoxiqué ou plus détox qu'un jus de concombre, sur une piste de danse ou allongé sur un divan confortable, les artistes de ce label mystérieux éblouiront de leur talent bilatéral vingt minutes de votre vie.




ODE #0000FF A

2 commentaires:

  1. Vraiment cool comme découverte, merci, j'espere que y'en aura d'autres dans ce genre là.

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  2. Vraiment top l'article et le son.

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