mardi 24 février 2015

Wax Digger Reviews Selecta #04 ~ New York, Melancholic State of Mind.


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New York







New York I love You, but you're bringing me down


 New York... S'il y a bien une agglomération urbaine connue de tous les peuples de l'univers c'est bien elle. Dans l' imaginaire collectif d'une grande partie des humains, elle évoque la capitale de notre monde et par déduction devient la ville de tous les possibles. A ce point à part, elle pourrait, un jour, réclamer son indépendance sans que cette nouvelle ne provoque un choc planétaire, du moins je le pense non sans une pointe de naïveté. Pour nous autres mélomanes passionnés, ces initiales inspirent d'innombrables histoires musicales et historiques participant à sa propre légende. Les collectionneurs de musique de tous horizons voient en cette mégapole un lieu sacré. Une caverne d'Ali Baba munie de ses 40 diggers dévoués, prompts à dénicher moult trouvailles, de longues heures durant, chez les dizaines de disquaires établis depuis des décennies dans les avenues de la ville.

 Le New York de mon enfance me manque parfois. Vous savez celui des longs métrages, des séries, qui en ce temps-là le filmaient souvent de manière prodigieuse, faisant ainsi de ses rues les dignes héroïnes des seconds plans. Fier de sa représentation, il en devenait un personnage central aussi important que les protagonistes à l'écran. Ce New York là, celui qui cristallisait toutes les attentions, incarnait aux européens et sûrement aux autres, un rêve américain presque palpable. La simple prononciation de ce mot composé suffisait à éclairer des visages injustement complexés de ne pas être nés du bon côté de l'océan. Bien sûr, nous en avions chacun une image différente et galvaudée. Nous n'étions au fond pas si dupes. Pourtant nous étions quand même une majorité à nourrir l'idée qu'un jour ou l'autre, nous aussi, nous nous trouverions comme de parfaits touristes dans la tête creuse de la statue de la liberté. Peu importe nos revendications personnelles, nous voulions découvrir tout ce qui semblait nous manquer en ces temps proto-net. Des petites choses futiles à n'en pas douter mais qui tapissaient nos songes d'envies fugaces grâce à un marketing prospère. Tout était fait pour que dans nos esprits vilement perméables aux campagnes publicitaires se propage un absurde manque. La carence crétine d'une ville que l'on nous vendait merveilleusement bien à longueur de pubs, films, vidéos-clips et autres articles visionnaires. Un ami d'école y allait et c'était une cour de récréation entière qui l'enviait puis, fatidiquement, le jalousait. Plus qu'une banale métropole, c'était le carrefour névralgique de toutes nos chimères les plus folles. Au préambule du nouveau millénaire, l'Empire State Building éclairait bien au delà de ses frontières une planète qui, sans vouloir se l'avouer, ne regardait alors que lui.

 Aujourd'hui, ce siècle n'a plus rien de neuf. Nos ordinateurs n'ont pas rendu l'âme comme prévu et je me fais vieux. De facto, si vous me dites que vous vous y rendez demain j'en aurai, avec une certitude profonde, rien à foutre. N'y voyez aucun sentiment de jalousie clairsemée d'une mauvaise foi sinistre. Non je vous l'assure. C'est juste que cette ville ne symbolise désormais plus rien à mes yeux. Plus rien, si ce ne sont des vieilles histoires musicales mêlées aux vestiges d'un temps périmé. New York n'est plus qu'un canif agité sans vigueur dans la plaie béante de nos souvenirs. L'idole au cuivre sculpté, censée accueillir avec bienveillance les immigrés du monde entier, a désormais un genou à terre sur son socle de Liberty Island. Au même titre que nos rêves autrefois sous l'égide d'une bannière étoilée, du moins pour une grande part d'entre nous. Je ne ferai aucune allusion à un Septembre tristement célèbre dans cet article car il y a bien d'autres raisons, à mon sens, justifiant cet effondrement inéluctable. Mettons de côté tout sujet n'ayant rien à faire dans cette chronique et concentrons-nous sur des choses plus basiques et plus démonstratives du propos abordé. Internet, par exemple, est passé par là. Plus besoin donc de baver d'envie devant des produits que l'on croyait inaccessibles il y a vingt ou trente ans. Un clic et de la patience suffisent de nos jours. Mais avant tout N.Y est devenue un espèce d'auto-portrait parodique. Le monde y va, le monde y est déjà, alors autant ne pas y aller puisqu'il n'y a plus rien à constater par soi-même, ou si peu que le prix d'un billet d'avion achèvera d'un coup net le passage à l'acte.
Seulement, peut-on oublier toutes les sensations réelles ou imagées qu'un lieu a su nous procurer depuis notre naissance ? Non bien sûr non. Et tant pis pour moi si je ne perçois plus rien d'ouvertement attirant en elle car après tout cela sera toujours mieux que bon nombre de villes à travers le monde. New York n'est plus que l'ombre de son ombre, la régente des libertés s'est tiré une balle dans le pied au point d'appliquer de plus en plus de lois accessoires. Son nom de baptême, Nouvelle-Amsterdam, n'est plus qu'une ligne tremblotante dans des livres d'histoire poussiéreux, c'est mon constat, je l'assume. Mais, trois fois mais, je ne peux omettre tous ces moments où j'imaginais mon être fouler son sol. Explorer ces kilomètres de bitume à la recherche de salles de concert bien plus prestigieuses qu'un Olympia parisien. L'esprit rêveur n'y est plus, encore tant pis, l'hommage n'en sera que plus sincère.


New york ville noir et blanc bartholdi eiffel libre photo image
Dois-je présenter cette demoiselle ?


New York, you're perfect. Don't please don't change a thing.


 Sous l'angle exclusif de l'artistique, cette fois, nous devons beaucoup à la ville la plus peuplée d'Amérique. Sans chercher à remonter plus loin, depuis cent ans, une quantité astronomique de virtuoses ont grandi sous l'ombrage monolithique immanent d'immeubles gargantuesques. La plupart d'entre eux, le talent dans les veines, sont parvenus à leur modeste manière à changer la face du monde; une fois n'est pas coutume et l’ère actuelle ne me contredira pas, dans le bon sens. D'un psychédélisme feutré à un hip-hop sulfureux, la musique éclectique de New York est à chérir avec tact car peu de lieu peuvent se targuer d'avoir à ce point influencé une culture planétaire.
Faire une selecta est une science cruelle qu'on ne réussi pas toujours. Surtout lorsqu'on se complique la chose pour d'obscures raisons inconnues et qu'elle concerne un sujet aussi précis mais à la fois tellement vaste. J'oublie, consciemment ou non, tant de formations que ce n'est pas une mais six heures de chansons qu'il aurait fallu compiler pour être un minimum exhaustif, c'est une évidence.

 Il n'en pouvait être autrement ! Cette quatrième Wax Digger Reviews Selecta débute avec de vieux, néanmoins fidèles, compagnons de vie, les Sonic Youth. Plus qu'un groupe, c'est un symbole alternatif véhément. Ecouter un disque des new-yorkais reste une expérience hors-norme pour peu que l'on soit disposé à la vivre, voire subir en ce qui concerne les premières productions. Tourbillon sonore perpétuel ayant pour spectres chromatiques des tons verdâtres délavés, cette musique est une abîme extraordinaire, au sens propre du terme, auréolée d'une classe totale que même le poids des décennies ne parvient à rompre. Fanfare bruitiste à la fois moderne et ancienne, elle mériterait un livre abstrait de plusieurs milliers de pages. Elle camoufle en son cœur une quantité d’éléments hétérogènes savamment construits dans un magma structuré et sauvage. Intelligent, à aucun moment excluant, cet étendard anticonformiste est un abri sous lequel j'aime m'abriter.
Qu'on se le dise, les découvrir quand on est jeune est formateur. Au lieu d'enseigner la flûte, les professeurs de musique seraient plus inspirés à diffuser aux élèves du monde entier les sincères mélodies torturées et profondes des Sonic Youth. Ils comprendront alors au plus tôt de l'existence, ce que peut être l'émotion musicale dans son expression la plus incandescente. Celle capable de provoquer de fortes évasions oniriques. Avec pas mal de leurs nombreux disques, je me vois traînasser le long d'une cinquième avenue bouchonnée par un agglomérat de chair et d'os mouvant. Ensuite, quelques heures plus tard, me voilà assis... devrais-je plutôt dire avachi... sur un canapé beige au cuir entaillé. Dans ce squat humide des bas-fonds, je ne suis pas seul. Avec moi, une poignée d’énergumènes vaquent à leurs occupations pernicieuses pour eux-mêmes. Perdu dans mes pensées je n'y prête aucune attention, de toute façon personne dans la pièce insalubre ne se pose la question de ce que je peux bien faire là et à vrai dire moi non plus... Sonic Youth, des modèles à suivre sans concession.

 Potards à fonds, le VU-mètre vintage dans le rouge, les Ramones, quand je pense à New York, sont tout aussi inamovibles que l'oeuvre d'Auguste Bartholdi. C'est d'ailleurs une des premières images qui arpente mon réseau neuronal. On ne le dira jamais assez, le visuel est ce que l'on voit de prime abord quand on sillonne les rayons des disquaires. Il en devient donc crucial. La pochette, illustre, du premier album des punks du Queens ; sur laquelle on aperçoit Dee Dee, Johnny, Joey, Tommy, coupes au bol, dos au mur, en est la preuve directe. Cette photo permet à notre cher cerveau d'inventer une histoire évolutive au fil des chansons. Qu'est ce qui se trouve à gauche, à droite de cette ruelle ? Des ordures amoncelées, l'entrée d'un petit restaurant asiatique ou italien ou tout simplement rien, c'est à vous de le dire. Grâce aux notes musicales, quitte à tomber dans des clichés très clichés, on peut tout supposer et par conséquent faire vivre une photo figée mais pas inexpressive. C'est une des nombreuses façons de rendre hommage à ce bel objet d'art qu'est le vinyle... Les Ramones sont cultes, il n'y a pas d'autres mots.

Que l'on aime ou abhorre Public Ennemy il faut leur reconnaître un savoir faire adroit pour bousculer les valeurs établies d'un hip-hop encore trop sage à leur goût. De plus, s'il y a bien un rap emblématique d'une grande pomme privée des étincelantes paillettes de Broadway, ça ne peut être que celui-là. Avec des paroles aussi agressives, polémiques, que des sonorités aiguës, abrasives, les ex ennemis publics numéro un tiennent une part très importante dans la légende subversive de Long Island et plus globalement dans la musique politique.
Moins sulfureux, mais sans doute plus drôles à fréquenter au quotidien, Beastie Boys trouve tout naturellement sa place ici. Ce n'est un secret pour personne, Check Your Head fait partie de mon top vingt des meilleurs disques de tous les temps et ce depuis de très longues années. Je suis et resterai un fervent inconditionnel de ce groupe et de ses mélodies hip-hop boursouflées d'âme punk. Le résultat, finement confectionné malgré une apparente lourdeur assumée, est très rafraîchissant. Rentre dedans à souhait, il reste encore de nos jours une valeur sûre.

 Le vieux continent a largement contribué à l’essor de New York grâce à ses travailleurs venus en masse. Ainsi il devenait naturel de joindre à cette selecta quelques louables échos à ce fait, aussi symboliques soient-ils. Dieu sur terre, autrement appelé par son patronyme civil Thierry Henry, ne faisant pas de musique à ma connaissance, la caution francophone et européenne est attribuée aux Talking Head avec le très frenchie Psycho Killer. Cela permettra, peut-être, à certains d'entre vous de découvrir une formation sympathique, même si, ne nous mentons pas, elle n'est en rien indispensable. Là non plus pas essentiel à sa culture générale mais petit plaisir coupable de ma part, j'y greffe le seul tube de Nada Surf qui, chose étonnante, est un trio plus apprécié de ce côté-ci de l'Atlantique.
Comment faire autrement ? On ne peut résolument pas, dans un paragraphe consacré à l'ouverture sur le monde de la mégapole, ne pas mentionner les génies du Velvet Underground. Ce n'est pas possible. Si ces éternels jeunes ont un passeport américain, ils auraient très bien pu être européens tant ils en apprécient l'érudition. Je ne redirai pas mon amour infini pour ces véritables artistes ici, ce sera sûrement sujet à une chronique un jour. Contentons-nous de dire, une nouvelle fois, qu'ils ont réalisé pour exploit de ne pas seulement produire des disques traumatisants les esprits les plus sains mais ont su, avant toute chose, donner envie à des milliers de gens d'apprécier cet art de la façon la plus spontanée qui soit. Démiurges extraordinaires, ils sont à introniser au panthéon des plus illustres musiciens de notre civilisation.


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Lunch atop a Skyscraper - Charles Clyde Ebbets


Vous êtes encore là ? Non ? Alors j'en profite pour faire la liaison avec une chose importante. Bien que je n'apprendrai probablement rien à la plupart d'entre vous, ce serait une faute de ne pas mentionner trois clubs mythiques. Sans endroit pour diffuser sa musique, il ne sert à rien d'en faire un art. Andy Warhol l'avait plus que quiconque compris. Si bien qu'il créa la Factory, un atelier d'artiste qui permit, au Velvet et à beaucoup d'autres esthètes, de s'y produire lors de fêtes démesurées ayant pour seule règle explicite de s'autoproclamer star entre deux injections d’héroïne. A l'époque de la French Connection le quart de gloire se méritait.
Plus brutal physiquement mais tout aussi idolâtré, le CBGB tient une place primordiale que ce soit à New York ou dans la musique mondiale. Ce temple certifie être le lieu de naissance du rock underground. Si une telle affirmation est bien entendue erronée, on ne peut résolument pas remettre en cause son apport conséquent. Plus jeune, en tant qu'amateur de punk et de son dérivé le plus extrême, je rêvassais à la simple vue de ces quatre lettres rouges. Aujourd'hui fermé pour une banale histoire de bail non renouvelé par une organisation d'aide aux sans-abri, c'est un pan entier de l'histoire du rock qui a disparu. Pour ne jamais l'oublier, ni son propriétaire Hilly Kristal, il était de bon goût, pour ne pas dire une obligation, d'inclure dans cette heure musicale Richard Hell. Car après des mois d'une country incapable de remplir la salle, c'est bien lui et son groupe d'alors Television qui contacta Kristal pour y jouer. Ce fut le premier d'une très longue série de concerts punk s'étalant sur plusieurs décennies. Plus tard, il marquera les esprits en étant, encore une fois, le premier, sur l'album Blank Generation, à arborer les prémices d'un look repris ensuite par toute une génération d'énervés.
Finissons-en avec les lieux mémorables de la capitale mondiale et parlons du Studio 54. Là encore, les contes liés à ce club sont nombreux et, cela n'étonnera personne, très souvent débridés. Ses murs sont marqués à jamais par des soirées disco délirantes durant lesquelles des ballons de baudruche remplis de cocaïne étaient jetés au dessus d'une foule qui, bien sûr, ne se faisait pas prier pour les éclater. A mon grand regret Donna Summer n'a pas vu le jour à New York. C'est donc Chic qui à pour honneur de représenter les beats endiablés étant à l'origine des maxi 45 tours. Après la traîtrise misérable de Nile Rodgers pour être allé s'afficher sur le disque dégueulasse des Daft Punk j'ai longuement hésité à l'associer à cet article, car oui j'ai la rancœur tenace.

Puisque cette Selecta, bien qu'éclectique, a un sujet précis, je ne peux y insérer deux anglais dont le destin est directement associé à New York. Je veux bien entendu parler de John Lennon et de Sid Vicious, tous deux tombés au champ d'honneur des stars adulées. Le premier, impériale icone hippie devenue impudente, sera tué par arme à feu devant le Dakota Building par Mark David Chapman, un fan un peu trop pressant ne lui pardonnant pas de vivre comme un nabab. Le deuxième, tête à claque du punk, sera soupçonné du meurtre de Nancy Spungen, sa petite amie, au Chelsea Hotel. L'enquête conclura à un règlement de compte entre dealers le mettant hors de cause, bien que personne ne croira à cette thèse sortie du chapeau. Quelques mois plus tard, il agresse le frère de Patti Smith avec une bouteille ce qui lui vaut un énième court séjour derrière les barreaux. Lors d'une fête organisée à Greenwich Village pour sa libération, il est victime d'une overdose mettant fin à sa carrière éphémère mais inoubliable.

Cette fois on a fait le tour. Je pourrais vous en dire plus sur le glam rock exalté et novateur de New York Dolls. Sur le DJ Levon Vincent qui vient tout juste de sortir un album téléchargeable gratuitement. Sur le talent naturel du rappeur NAS et de son album Illmatic, considéré comme le chef d'oeuvre hip-hop par excellence. Puis, tant qu'à faire, je pourrais rajouter un long paragraphe sur les mélodies mélancoliques de Blonde Redhead que j'affectionne particulièrement. Je pourrais terminer sur Blondie ou sur The Strokes, je pourrais oui... Mais nul doute que l'on retrouvera leurs histoires respectives un jour ou l'autre sur Wax Digger Reviews. Nous verrons en fonction de l'envie. Rien est moins sûr. Rien n'est jamais sûr dans ce monde de plus en plus étrange, à l'image de cette ville grouillante de millions d'âmes qu'hier j'affectionnais, qu'aujourd'hui je laisse aux autres, pour mieux la retrouver demain ? peut-être, qui sait... Bonne écoute à vous.




5 commentaires:

  1. Bonne chronique sur cette ville mythique, la playlist nous fait voyager à différentes époques, j'ai vraiment apprécier, les chansons sont bien choisies.
    Ayant garder une âme d'enfant on ne peut pas rester insensible à cette ville, une part de magie s'empare de toi quand tu arpentes les rues et tu peux juste te remémorer tous ces films, toutes ces séries, tous ces clips qui ont été tourné à l'endroit même où tu te trouves. Cette énergie folle, le monde qui grouille, des gens de tout horizon... Tout est tellement grand que tu en redeviens petit. Alors oui je comprend ton point de vue, que c'est plus le New-York d'avant mais la première fois que tu te rend là bas il est pas improbable que tu le retrouves avec des yeux d'enfant.

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  2. Intéressant et inspirant. Ma lecture noctambulienne préférée.

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  3. ServeTheServants15 mars 2015 à 10:48

    Ouais, c'est franchement pas mal, mais pas de surprises, encore des classiques des autres décennies, à croire qu'on a du mal actuellement! ;)

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  4. Beau texte et la musique colle bien justement à l'ambiance voulue.

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