jeudi 8 janvier 2015

Chronique : BlueBall Clan, la douleur qui tient le crayon.


BlueBall Clan chronique album rap rock texte image
BlueBall Clan


Chose rare sur Wax Digger Reviews, je ne parlerai pas cette fois-ci d'un album spécifique. Je préfère plutôt me concentrer d'une manière plus large sur un collectif regroupant divers projets liant musique, dessins, écriture et courts métrages, que j'ai découvert il y a peu grâce à une amie. Blog musical oblige, concentrons nous sur cet élément, bien que je vous encourage à jeter un œil sur leur site pour y découvrir un univers artistique riche et non dénué d’intérêt.


Attention... La partie sera bleue.


 Pour être sincère, je ne sais sous quel angle aborder cette chronique. Je n'en connais pas le début, ni même le milieu et encore moins la fin. Je sais juste qu'il est plus évident d'écrire sur un groupe établi de longue date que sur de jeunes pousses aussi fertiles soient-elles. Mais après tout, une sonorité reste une sonorité et cela nous plaît, nous accroche, nous attire, nous fait vibrer ou nous emmerde. Evidemment, et c'est personnel, la musique de BlueBall Clan n'entre pas dans cette dernière catégorie. Nous connaissons tous cette situation : on vous file un lien, vous l'écoutez plus pour faire plaisir que par propre envie. Neuf fois sur dix, comme prévu, la vidéo nous passe au dessus de la tête et puis, de temps en temps, arrive quelque chose qui sort de l'ordinaire pour x raisons pas toujours définissables aux premiers abords mais l'oreille ne s'y trompe pas et se montre attentive. Alors on réécoute, une fois, deux fois, vingt fois, on cherche à savoir ce qui nous attire et puis on trouve la raison.

 Avant d'approfondir la chose et pour ceux qui ne le savent pas, c'est-à-dire les trois quart de la population mondiale j'imagine, je devrais sans doute vous signaler qu'un des symboles associé à l'autisme est la couleur bleue. Vous l'aurez donc compris, je l’espère, par vous même c'est bien ce trouble qui figure en toile de fond sur les albums du Clan. Que tous ceux qui se ne sentent pas concernés restent encore un peu, car au-delà de ce syndrome leurs chansons s'adressent à chaque personne se sentant lésée par la vie. Par un poids social qui nous accable de maux pas toujours aussi profonds que l'on veut bien le penser, ainsi qu'à tous ceux mis de côté par une société rarement encline à s'occuper de ceux qui se sentent un peu, voire beaucoup, en marge. Si à la lecture de ces quelques lignes vous imaginez qu'un discours moralisateur, chiant, à base de bons sentiments aussi mou qu'un nounours en chocolat vous attend, je vous arrête de suite. BlueBall Clan ne fait pas de l'America et encore moins dans le cliché cinématographique misérabiliste du pauvre malade mendiant de l'amour au premier venu quitte à en perdre toute dignité.


Mais tu sais pour moi, il y a des choses simples qui ne le sont pas. 


 Aucune empathie cordiale ne sera nécessaire pour écouter ici un discours acerbe envers les bonnes mœurs établies. Tout comme je pense que chaque personne foulant notre terre devrait être enfermée, ne serait-ce que quelques jours, dans un hôpital psychiatrique afin de comprendre une bonne partie de ce qui l'entoure, je conseillerais à tout un chacun d'être attentif aux paroles de ces artistes qui ont des choses à dire à ceux qui désirent les entendre. Je n'apprécie pas des masses la chanson française post 70. Bien trop souvent les auteurs hexagonaux cherchent à intellectualiser toutes les phrases, tous les vers, au détriment du reste ce qui à force me lasse, m'ennuie. Je n'en suis tout simplement pas friand et tout le monde s'en fout. Le rap est parfait pour contrecarrer ce phénomène étant donné qu'un plus grand nombre de mots peuvent être déclamés ce qui permet d'éviter la branlette cérébrale. Mais voilà, sans vouloir faire un procès futile et réducteur, j'ai beaucoup de mal avec ce style depuis le milieu des années 90. Bien sûr il y a des exceptions, il y en a toujours, et depuis quelques années ils sont nombreux à revenir aux fondamentaux, il était temps.
Retournons au groupe qui nous intéresse. Eux ne cherchent pas à tartiner leurs créations de superflu inutile et pompeux. Mieux, étant loin de la mégalomanie vendeuse devenue coutumière et outrancière du genre précédemment cité dans les détestables années 2000, je deviens une cible toute désignée pour y succomber avec facilité. Petite précision toutefois, les mélodies de BlueBall Clan ne s'arrête pas aux frontières du hip-hop. Simplifions volontairement la tâche rébarbative des petites cases artistiques et disons qu'il s'agit de fusion, bien que ça ne soit pas du Rage Against The Machine non plus, mais comme disait la Mano Verda, y a pas d'étiquette alors passons.

 De toute façon, ce n'est pas tant les instrus qui m'ont séduit. J'ai conscience que dit de cette façon je donne l'impression d'avoir certains griefs. Ce n'est pas le cas. Tout comme le flow ou les samples choisis, l'aspect purement musical colle à l'ambiance. Je n'ai juste rien à en dire, ce qui n'est pas un mal. Les textes par contre méritent que l'on s'y attarde plus en détail. On s'en doute, je ne connais pas tous les albums de la planète. En revanche, il m'a été rare d’ouïr des mots chantés parvenant à m'atteindre directement. Les titres enchaînent des vérités perspicaces sans chercher un seul instant à les rendre plus légères et encore moins acceptable pour une norme dépourvue de ce type de compréhension. Pour autant la sincérité crue, acide, qui s'en dégage ne se montrera pas plus dure qu'elle ne l'est, ce serait réduire à néant la missive qui nous est destinée. Au contraire, c'est une mise en avant remarquable parlant tour à tour de la vie, de la mort, de l'enfer sur terre, des médicaments et son lot d'effets secondaires, des maladies mentales, d’espérance ou de suicide. Les albums, NonSens et De l’hôpital psychiatrique à la physique quantique sont des lettres ouvertes caustiques sur le monde extérieur. Sans en altérer le message, nous les prenons tels qu'elles ou les rejetons mais nous ne sommes pas pris en traître par de faux sentiments édulcorés, ou pire, par des mensonges réconfortants sur l'acceptation de soi-même.


Y'a toujours plus profond que le fond.


 Objectivement je ne dirais pas que toutes les chansons sont à mon goût, néanmoins chacune d'entre elles détient une âme justifiant de son existence et c'est bien là l'important. Pour ma part, trois sortent réellement du lot à savoir : La Rivière, J'existe et Question De Dialectique. Trois complaintes réellement bien écrites d'où s'échappe toutes les secondes une authenticité amèrement digne. Bien qu'adeptes, tout comme moi, du je m'enbranlisme, on sent au travers des mots en apparence désespérés que ces épistoliers possèdent un espoir à toute épreuve malgré les coups bas indissolubles à notre petit tour sur terre. C'est d'ailleurs ce qui fait que beaucoup se sentiront concernés. Nul besoin d'être autiste pour comprendre ce que peut être la solitude, la détestation de soi, la culpabilité idiote de vivre dans un monde qui ne semble pas fait pour nous. Tous ceux qui se sentent anormaux, qui se posent trop de questions, les insomniaques, les dépressifs, les fous - quand bien même ils ne le seraient pas -, les junkies, les écorchés vifs, sans oublier les personnes qui ont parfois honte d'être ou à l'inverse de ne pas être et qui pensent au suicide assisté pour ne pas mourir isolés, se retrouveront en terrain connu et se sentiront étrangement proches de ces compositions. L'œuvre entière du BlueBall Clan est un manifeste sincère que l'on se prend dans la gueule sans s'y être préparé. Un brûlot incendiaire sur ce que peuvent ressentir des millions de gens qui ne l'auraient sans doute pas mieux formulé par manque de lucidité ou par incapacité d'exprimer les ressentiments qui les rongent au quotidien. Je ne sais pas qui a écrit ces textes mais je ne peux que m'incliner avec tout le respect qui lui est dû.

  Une nouvelle fois je ne peux que vous suggérer d'aller faire un tour sur le site internet ou sur la chaîne Youtube. Entendre par vous-même ce qu'ils ont à offrir et de vous souhaiter d'être aussi emballé que moi par ces artistes. Quoi qu'il arrive désirons qu'ils continuent longtemps car le monde a plus que jamais besoin de ce regard porté sans naïveté, à ce point pessimiste qu'il en devient optimiste. Un peu à l'instar de notre humanisme et de notre tolérance, pour peu que l'on décide d'en faire preuve, évidemment.


BlueBall Clan - J'existe


07/01/2015

8 commentaires:

  1. Merci pour la découverte, je vais m'y intéresser.

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  2. ServeTheServants15 mars 2015 à 18:27

    Vivement une sortie en vinyle!! :p

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    1. Le temps pour moi d'acheter les platines qu'il faut, en vinyle ouais pourquoi pas? :D

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  3. C'est cool de faire connaitre des musiques moins mises en avant !

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  4. Servetheservants10 janvier 2016 à 22:02

    Pour info, voici le nouveau site: http://www.laballebleue.com/
    L'ancien, ne marche pas.

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  5. https://www.youtube.com/watch?v=t8XOISTHzC0

    Ajoutée le 16 oct. 2015
    Toi aussi rejoins le projet "Rienhabranlisme" du BlueBall Clan !
    FACEBOOK : https://www.facebook.com/Rienhabranlisme
    SITE OFFICHIEL : http://www.laballebleue.com

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  6. Ils sont aussi en concert au Backstage, 92 boulevard de Clichy le 18 février à 20h30 !

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