vendredi 19 décembre 2014

Chronique : Nirvana ~ MTV Unplugged In New York (1994)


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Geffen

Playlist : 1- About A Girl / 2- Come As You Are / 3- Jesus Doesn't Want Me For A Sunbeam / 4- The Man Who Sold The World / 5- Pennyroyal Tea / 6- Dumb / 7- Polly / 8- On A Plain / 9- Something In The Way / 10- Plateau / 11- Oh Me / 12- Lake Of Fire / 13- All Apologies / 14- Where Did You Sleep Last Night

Après tout ce temps passé il ne manquait plus que lui pour en terminer sur les chroniques des albums de Nirvana. Alors sans plus tarder voici MTV Unplugged In New York, ou autrement dit, un des plus grands live jamais conçus. Rien que ça. Bonne fêtes à vous.


Something in the web.


Chaque personne possède un disque qui lui est propre. Sans forcément en avoir conscience, nous en avons tous un faisant un peu plus partie de nos vies que les autres. Un album à notre sens immortel, bravant l'épreuve de l'âge. À ce point écouté qu'il se trouve en cet instant dans un état proportionnel aux souvenirs qu'il a engrangés. Abîmé, usé part tant de déménagements, de manipulations pas toujours soignées mais encore fier de son aura. Bien plus qu'un objet musical du quotidien il fait partie de notre destinée la plus intime. Compagnon fidèle, il connait tout de nous, a tout vécu avec nous avec pour seul engagement d'être muet à jamais sur ce qu'il voit.
Le mien est paru le 1 novembre 1994, il vient d'avoir vingt ans. Il n'est pas très original certes et à vrai dire je m'en fous. Il s'agit du MTV Unplugged In New York de Nirvana. Jour et nuit, à cette époque, pendant plus de mois qu'il ne me faudrait pour me souvenir du chiffre exact, je l'ai écouté. 24 heures sur 24 il était là, non loin de moi, de journée en journée conforme à lui-même. En boucle les mêmes chansons. Toujours dans l'ordre initial sans songer à y toucher ni même oser l'éteindre avant sa fin. Il accompagnait du mieux qu'il le pouvait ma vie. J'en connais chaque note, chaque intonation, chaque changement de volume sonore. Pour moi comme sûrement pour vous avec le vôtre, mon disque est une bouée de sauvetage rassurante quand tout se noie dans le flou, quand la maîtrise des sentiments nous échappe et qu'une solitude invivable s'invite à la porte puis qu'on la laisse entrer sans trop savoir vraiment ni pourquoi ni comment on en est arrivé là.


Tant qu'il y a du noir y a de l'espoir.


Quand bien même nous connaissons tous les recoins de ce que j’appellerais pour le besoin de cette chronique notre disque de chevet, lors des passages voulus intenses à en hérisser les poils, il y parvient modestement. Peu importe l'état de nerfs ou de quiétude au moment de l'enclencher, devant nos yeux s’articuleront d'anciennes images personnelles parfois oubliées grâce à une amnésie consentie ou à cause d'une vieillesse neuronale prématurée par plusieurs centaines de trips inévitables à la survie. Dix secondes suffiront à plonger dans nos stigmates d'être humain désabusé et son lot absurde de bons ou mauvais moments. Les frissons que l'on pensait d'une autre ère se réactivent et la magie opère à nouveau. J'en suis presque certain, vous comme moi, nous n'emmènerions pas cet album sur une île déserte car nous en connaissons toutes les harmonies. Il nous serait facile alors de le reproduire en sifflotant, pour peu que nous sachions le faire, au fur et à mesure des journées qui avancent et des poils qui poussent.
Après tout, comme un ami qui ne nous manque pas réellement puisqu'on sait qu'on le retrouvera inchangé sur le fond, nous pouvons vivre sans lui. Je me répète, le mien n'a plus rien d'original. Le monde entier qu'il se trouve à Sydney ou en Zambie l'a entendu une fois dans sa vie, au moins des bribes. Mais entendre est-ce suffisant ? Non bien entendu. Tout comme je passerais sans aucun doute à coté de la valeur profonde du vôtre. C'est la raison pour laquelle je n'en ai rien à foutre qu'il soit connu et reconnu, aimé ou détesté, malgré ses 8 millions d'exemplaires vendus, c'est le mien. Seul moi et quelques personnes sur terre sommes dignes de sa présence et qu'importe si ce jugement est objectif ou non car de toute les façons nous savons tous qu'il ne l'est pas.

 Mais vous voudriez peut-être savoir pourquoi j'y tiens autant. C'est très simple, il regroupe en son sein tout ce que je peux aimer dans la musique. Une voix esquintée et puissante, des mélodies superbes et une authenticité pure, sans faille. Il est une symbiose si parfaite qu'elle m'émerveille à chaque écoute. Il a la magnificence d'une pièce aux volets italiens fermés desquels passe un anodin mais agréable rayon de soleil, un ange idyllique sorti des tréfonds de l'enfer. C'est un tableau chimérique qui m'enferme dans un monde d'une pastelle noirceur. C'est un chat attachant qui nous manque depuis qu'on nous l'a repris. Il est à l'image d'une vie et de ses douces mélodies sous couverte de mots gravement prononcés. Mélodies entrecoupées de phrases nonchalantes qui finissent par le soupir désespéré des promesses passées brûlées vives dont il n'en reste désormais que le son.
Ambidextre des sentiments, notre disque de chevet est un phare qui aspire dans les bas fonds de soi-même tout comme il peut nous en éloigner. Quand on hésite entre mourir ou s'en sortir. Une histoire de moment. Parfois, identique à un amour que l'on pense à juste titre fané, on le laisse de côté, mais c'est pour mieux y revenir, pour mieux le savourer et pour mieux s'en souvenir. Il lui arrive de se faire entendre sans qu'on ne le veuille à n'importe quel moment de la vie. Qu'il s'agisse d'un plafond qui fuit et que l'on se doit de repeindre avec l'aide plus que bienvenue d'un ami de plus de dix ans. D'une Daria de Bordeaux, Paris ou Brégançon nous abandonnant à notre triste monde anxiolytique et qui a eu raison. Durant la rencontre fortuite d'une belle âme que tout un décorum écœurant juge comme cause perdue alors que ces mêmes petits êtres faibles d'esprit s'évertuent à la rendre plus mauvaise qu'elle ne l'est sans s'en rendre compte, sauf nous. Ou bien quand une twin soul mi-malgache, mi-japonaise nous montre à chaque instant ce qu'est le don de soi, bien que nous ne le méritons pas... Bref dans tous les aléas que comporte une vie ordinaire d'un humain ordinaire, il est le compère des nuits tristes et des jours qui ne changent pas. Il reste le même et rassure celui à qui il s'adresse.


Nirvana - MTV Unplugged In New York (1994) art of sound grunge kurt cobain groh nososelic chronique photo picture image
Nirvana 


Even in his youth.


Trois questions se posent concernant notre disque de chevet : Est-il sans défaut ? Est-il le meilleur de la discographie d'un groupe ? Est-il notre favori tout genre confondu ? Si comme toujours chacun aura un avis bien tranché sur la question, pour ma part je ne considère pas ce MTV Unplugged sans défaut. La faute à la reprise Jésus Doesn't Want Me For A Sunbeam des Vaselines qui, outre un intitulé à rallonge, me donne la même impression qu'une grand-mère ayant pour plaisir sadique de tirer les joues d'un enfant qui n'avait rien demandé. Cette chanson, pleine de tendresse, me donne la sensation d'un appartement confiné avec pour foutoir des bibelots en faïence. Elle m'oppresse et telle une grand-mère espagnole me fatigue. Si je devais répondre machinalement je dirais que je n'aime pas cette chanson et pourtant quand j'y pense avec recul j'éprouve à son égard une affection réciproque à mon aversion. Ce n'est pas la meilleure mais elle est là, autant s'y faire.
La discographie du roi du grunge durant sa période d'activité est sommaire. Trois albums, une compil de face B et le rideau se baisse avec la promptitude d'une balle dans la tête. Pour sans doute ce qui est mon dernier grand article sur ce groupe j'aurais aimé vous dire de façon définitive quelle parution officielle est ma préférée. Mais je n'y arriverai pas, j'imagine qu'elle change au fil des saisons et de l'envie. Quoiqu'il en soit ce live alterne entre la première et la deuxième place du podium. La voix de Kurt Cobain donne la profondeur habituelle des morceaux énergiques tandis que la délicatesse d'une pop mélancolique prend désormais toute la place qu'elle occupe dans l'esprit du songwriter depuis About A Girl de Bleach. Le mélange des deux est incroyable et clôture avec maestria une carrière musicale sans commune mesure. Que l'on aime ou pas Nirvana on ne peut que s'incliner devant leurs prestations live et quand bien même je sois le premier à reconnaître que les concerts de l'année 93 ne sont franchement pas au niveau des autres années, l'énergie qui s'en détache elle ne change pas. Dès lors on aurait pu craindre l'ennui avec des chansons épurées du torrent de larsen et de fougue électrique mais il n'en est heureusement rien, bien au contraire. La sincérité totale apparaît, mise à nu, Cobain et les autres ne peuvent plus se cacher derrière une dépravation devenue usuelle. Par conséquent, il n'en ressort que le plus touchant, le plus neutre et le plus mystique, mythique, Christique, rayez la mention inutile.
Pour finir, je répondrai assez vite à la dernière question. Non ce disque, ni d'ailleurs aucun de ce groupe, n'obtient la première place de mon top 10. Je ne le sais pas encore mais The Velvet Underground And Nico obtiendrait, je pense, le titre honorifique du plus grand album de tous les temps. Rien n'est moins sûr, mon choix n'est pas arrêté mais je me pencherai sur ce classement qui me taraude depuis plus de dix ans un autre jour.

 Étrangement, je préfère entendre ce concert plutôt que de le regarder. Je ne reproche rien aux images, elles sont à la hauteur puisque quoiqu'on pense d'eux c'est MTV qui est derrière. La raison est plus terre à terre. Surement qu'à force de l'avoir à ce point écouté durant la période où ce concert, dans sa version filmée, n'était pas aussi accessible que de nos jours je me suis forgé mes propres images, mon propre ressenti visuel à partir du peu de photos dont on dispose dans le livret CD. Le seul vrai intérêt à mon sens de ce document est d'essayer d'apercevoir quelle marque de cigarette fume le chanteur. C'est très peu vous en conviendrez.
Pourtant, nombreux sont les gens qui ont analysé ce film. Analyser les décors, les attitudes depuis vingt ans. Dans le seul but d'y voir un message, une preuve irréfutable d'un suicide idiot sans tenir compte de la réalité des faits, irréfutables cette fois. C'est vrai, ce décor mortuaire est bien trouvé avec ce mélange de Lys blanches, de bougies disposées un peu partout, de couleurs à tendance pourpre, tout y est divin et les assassins de Cobain furent bien inspirés d'attendre l'enregistrement de ce concert avant de passer à l'acte. Cette théâtralisation rend la chose plus belle, plus tragique et donc plus émouvante. Un suicide, quoi de plus primaire pour quelqu'un qui passe son temps à le chanter qui plus est quand ça arrange tout le monde en dehors peut-être du principal intéressé. Je ne fais définitivement pas partie de ceux qui y voient plus qu'un décor éphémère voulu par un artiste sensible qui a juste mis en scène la douceur par de la douceur, une constante dans ses œuvres.
Il n'y a guère que son expression faciale à la fin de Where Did You Sleep Last Night qui est pour le moins troublante. Un regard proche de celui d'un condamné durant sa pendaison, laissant son âme quitter son corps après avoir laissé échapper un dernier râle écorché. Mais c'est comme tout le reste, si on ne vous dit pas ce qu'il faut chercher vous n'y trouverez rien. Toutes les manipulations de masse marchent de la même manière. Non messieurs ce n'est pas un ovni c'est un ballon sonde. Ah oui, il a raison. Si nous faisons la guerre ce n'est pas pour nos intérêts mais pour instaurer la démocratie. Ah oui, maintenant que vous me le dites. Cobain s'est suicidé regardez cette expression de terreur face au monde qui l'entoure et ces fleurs blanches qui ne peuvent être que le signe annonciateur de sa mort prochaine. Ah oui, ça ne peut-être que ça...


... I think i'm just happy.


 Alors je ne sais pas pour vous, mais moi j’espère ne jamais me lasser de mon disque de chevet. De ces applaudissements nourris, de cette première phrase prononcée pour bien rappeler aux gens que Nirvana avait, en 89, sorti un disque ô combien époustouflant. De cette superbe chanson ouvrant le bal avec cette voix tremblotante pendant quelques secondes; juste le temps qu'il lui faut pour se dire que tout va bien et qu'il n'a aucune crainte à avoir. De ces notes cristallines qui montent et qui descendent à longueur de minutes, de tous ces moments d'hésitation que l'on peut entendre sans qu'un connard ait eu l'idée d'appliquer son pro tools insipide. De cette voix, encore et toujours, rugueuse qui n'en finit plus de transpercer chaque os qui me compose. J’espère pouvoir continuer à me dire que la reprise The Man Who Sold The World est à des années lumières autrement meilleure que l'originale de Bowie et qu'il ne faut que cinq secondes pour s'en convaincre. D'être chamboulé durant toute mon existence par le trio magistral qu'est Pennyroyal Tea, Dumb et Polly, trois chansons déjà géniales dans leurs configurations initiales mais ayant trouvé leurs lettres de noblesse grâce à ce show. Je souhaite encore être ému par Something In The Way qui me rappelle tant de choses passées, même si cela sous-entend qu'elles ont disparu pour l'éternité. Continuer de massacrer par mon chant effroyable les titres des frères Kirkwood, invités là au grand désespoir de la chaîne, à savoir Plateau, Oh, Me, et Lake Of Fire dont je n'arriverai jamais à suivre la rythmique haut perchée de cette dernière sans chercher à essayer réellement. D'être satisfait de ne voir aucune trace du titre le plus connu parce qu'à sa place se trouve le merveilleux Where Did You Sleep Last Night du bluesman Leadbelly. Y'avait-il une meilleure fin pour un disque pareil ? Un meilleur moyen pour nous laisser avec une sensation de vide apaisante, pour nous retourner l'estomac et devenir ainsi pantois d'admiration. Nous ne le saurons jamais et ce n'est pas plus mal.
Toutes ces chansons et même celles que je n'ai pas citées sont à l'image d'une beauté froide, noire, destructrice. Ce sont des brûlures de cigarettes et des coupures nettes sur une peau bien incapable de compenser la douleur morale. Pour toutes ces raisons et des centaines d'autres, je fais comme vœux d'être toujours aussi fasciné par autant de maîtrise, d'art à l'état brut et je désire remercier secrètement jusqu'à mon dernier souffle Kurt Cobain, Christ Novoselic, Dave Grohl, Pat Smear et tous les musiciens les accompagnant d'avoir été là en même temps que moi pour m'avoir offert mon disque unique.
Tout à coup, je suis moins catégorique sur le fait de ne pas emmener ce MTV Unplugged In New York sur une île déserte mais une chose est sûre, je veux que l'on m'enterre ou me brûle avec car toute ma vie passée et à venir se trouve être là dedans, nulle part ailleurs. Joyeux Noël à tous.


Nirvana - On A Plain

3 commentaires:

  1. L'Album avec un grand A, ne se perd jamais, il est en nous, il vit en nous et nous fait à ses heures non perdues, vivre de façon meilleure. Il donne le spleen puis l'euphorie, c'est authentique et ça ne fini jamais vraiment. Joyeux Noël.

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  2. Très bel article qui sent la vraie passion.

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  3. Autant je pense me lasser des autres mais celui là je l'écouterais très souvent tout au long de ma vie. Un chef d'oeuvre à n'en pas d'en douter.

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