mardi 28 octobre 2014

Chronique : Swap ~ Cinéma Sonore Vol. 1 SWLTD02 (2014)


Swap - Cinema Sonore label electro berlin detroit nice redj ghini zecapx iori
Swap White Ltd


Playlist : A Iori - Seedy Harbor Act II / B1. Redj & Ghini-B - Seedy Harbor Act I / B2. Jérome Caproni - Sweet Poetry.


Plus passionnant qu'une superproduction de Michael Bay, plus intransigeant qu'un film d'auteur et surtout bien plus subtil qu'une adaptation du master of error Uwe Boll, le label Swap White Ltd nous dévoile son deuxième EP. Prenez votre ticket avec hâte et suivez les signaux sonores car les places sont limitées.


Good things come to those who wait.


Le temps passe. Seconde après seconde, jour après jour, il défile. Souvent il nous semble interminable puis, à de plus rares moments, bien trop court. Étrange. Il est le roi sans trône de l'immatériel. Le monarque d'un non-sens immuable auquel nous tâchons avec enthousiasme d'en donner un. Il nous survivra à tous, qui que l'on soit, où que l'on se trouve.
D'une durée égale à la gestation humaine, l'attente autour du second rejeton vinylesque du label Swap
White Ltd put paraître longue à certains. Comme tout a son contraire dans ce monde, d'autres rétorqueront qu'au contraire ce timing est le bon. Je fais partie de ceux qui avaient hâte de déposer la cellule sur cette nouvelle sortie et me voilà comblé puisqu'il est désormais disponible en cette fin d'Octobre.
Antagoniste au temps, Cinéma Sonore, tel est son nom, est proposé à 300 exemplaires sous un format des plus concrets. Fier de son estampille ornementée d'un élégant phonographe des années 20, l'objet s'abrite sous une très classique pochette d'un noir monochrome. On peut à nouveau saluer un visuel efficace en ce qui concerne le rond central. Une idée simple mais réussie conférant au disque un cachet supplémentaire, chose qui n'est malheureusement pas toujours une norme dans le home-made. Toutefois espérons que la prochaine parution puisse bénéficier d'une pochette imprimée, ou pourquoi pas d'un feuillet, révélant un paysage artistique sous toutes ses facettes. Je sais bien que ce n'est là non plus pas une habitude pour le milieu électronique qui, dans la lumière faiblarde d'un club, s'en tamponne d'avoir sous les yeux un dessin. Mais que voulez-vous, en tant que passionné/collectionneur de musique j'aime avoir un visuel accrocheur et complet quitte à rajouter deux-trois euros. Fermons là la parenthèse car ce n'est ni le sujet ni rédhibitoire.

Alors que son prédécesseur creusait les occultes sillons d'un anti-obscurantisme total, celui-ci éclaire davantage de sa jovialité une piste de danse en soif de tolérance. Cependant SWLTD ne peut omettre son ADN. Ainsi les couleurs sépias de l'automne sont de la partie et pour ma part je ne m'en plaindrais pas. Les nuances de noir et gris d'intensité variable sont disséminées avec soin, ce qui a pour effet d'englober lascivement nos sens dans l'unique optique de nous bercer de bonnes intentions.
J'ose me risquer au jeu des analogies incongrues et j'énonce que si la musique des azuréens était une bière ce serait sans hésitation une pinte de Guiness. Non pas versée malhabilement d'une canette sans charisme mais servie en pression au comptoir d'un pub de Dublin. Tout comme la divinité irlandaise, Swap s’évertue à conserver sa noblesse dans une sobriété aux tons brunâtres désormais signe de raffinement. De quoi faire oublier sans regrets l'espace d'un soir ce liquide pisseux que l'on nous inflige partout à longueur de sorties nocturnes.


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Cinéma Sonore Vol. 1


Comme au cinéma... mise au point sur eux.


Le temps passe. Dans son sillage les choses évoluent et des relations se nouent au fil des rencontres virtuelles ou réelles. J'en veux pour preuve la face A consacrée exclusivement à Iori et à son remix organique Seedy Harbor Act II. De bon goût, cette planante contribution est un sans faute. Aguicheuse, jamais hors-sujet, elle parvient à maintenir la cohésion finale de l'oeuvre sans en dénaturer l'espritBeau boulot. Pour ceux qui comme moi le découvre, sachez qu'Asano-san est un DJ/Producteur originaire de l'île d'Okinawa ayant eu pour chouette idée de poser ses valises à Berlin.
D'aussi bonne facture, la compo originelle construite par les duettistes Redj et Ghini-B, baptisée elle Seedy Harbor Act I, est enrichie entre autre de graves voix ensorceleuses. Une marque de fabrique. On notera aussi la sensation d'immédiateté qu'elle inspire. Son écoute procure le sentiment agréable de courir derrière une chose que l'on ne rattrapera à aucun moment. Deep Detroit oblige, cette track n'est pas sans rappeler l'album The Body de Prince of Denmark et selon votre état psycho-tropique elle pourrait se montrer plus menaçante qu'une nuit brumeuse passée dans une zone portuaire. Là on se dit que Swap White Ltd maîtrise ses titres et son sujet. Pour les trois du fond qui comme à leur habitude en douteraient, je leur présente mon coup de cœur. En guise de générique de fin, Jérôme Caproni alias Zecapx témoigne d'un remarquable travail de composition avec Sweet Poetry. Fidèle à la promesse d'un titre ambitieux, cet excellent morceau d'une techno vrombissante parvient à nous captiver de par son kick accrocheur, son ambiance glauque et ses nappes déchirant l'air avec plus de finesse qu'un Freddy Krueger dans les griffes de la nuit. Le charme agit, l’envoûtement suit, me voilà conquis.

Au-delà des individualités, c'est tout le disque qui profite d'une atmosphère singulière à forte odeur de d’acétate. Car oui il est bien question ici de septième art acoustique. D'un hommage distingué à une salle obscure où serait projetée la bande originale d'une musique de son temps. Du culte pour une pénombre à peine contrariée par un projecteur diffusant par intermittence d'ubuesques images neuronales strictement limitées à l'imagination introspective de tout un chacun. Des clichés périodiques dont la seule fin ne peut être qu'une mise en abyme d'une chute nous mettant en scène.
Rappelez-vous de ces dessins que nous faisions plus jeunes sur chaque coin de page d'un cahier de texte injustement démuni d'instructions concernant les devoirs. Des dizaines de croquis patiemment crayonnés pendant les heures de cours afin d'assister au miracle de l'animation et vous aurez un bon aperçu de l'effet suggéré.
Cinéma Sonore ne lorgne pas du côté des complexes consuméristes sans réelles passions que l'on trouve à la périphérie des grandes villes. Il se contente d'être un local à taille humaine ouvert sur l’extérieur. Un lieu florissant où les boiseries hors d'âge peuvent encore sentir les fumées froides d’antan. Un abri d'où jaillissent des éclats d'ivresses diverses, garantes d'une pensée sincère mais surtout sans concessions. Ce second vinyle ne transige pas avec l'authenticité.

Sous les palmiers... le savoir-faire.


À la suite d'un premier essai abouti il ne restait plus qu'aux sudistes de confirmer leurs talents de création et c'est chose faite. L'art n'a pas de limites mais il n'est pas sans règle et l'une d'elle consiste à se réinventer sans cesse sans damner son âme. Continuer encore et toujours à fusionner les valeurs auxquelles on croit dans une source d'exploration insondable. Cinéma Sonore applique rigoureusement ce précepte millénaire. Quant à Swap, ils prouvent une nouvelle fois qu'à l'ombre des palmiers ne se cachent pas seulement de redoutables charançons mais aussi une véritable aisance en ce qui concerne la musique électronique. Une galette dans l'air...du temps.




3 commentaires:

  1. Merci pour la découverte !

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  2. Je ne suis pas fan de ce genre de musique (plus metal et rock en general) mais j'ai bien aimé, surtout accompagné de la lecture qui aide a rentrer dedans quand on y connait rien comme moi. merci

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