samedi 18 janvier 2014

Chronique : Swap ~ SWLTD 01 (2014)


Various Artists - Swap White LTD  01 (2014) art sound ghini-b redj zecapx servietzki
Swap

Playlist : A1 Redj - Object of Desire / A2- Servietzki - Kartoshka / B3- Ghini-B - Drowned on a Sunday / B4- Jerome Caproni - Skinned Alive

Après de longs mois d'absence, Wax Digger Reviews revient plus en forme que jamais. Pour célébrer la nouvelle année rien de tel qu'une chronique sur un disque qui vient tout juste de sortir... Mais attention il n'y en aura pas pour tout le monde.

 Electro, mon (nouvel) amour...

 

 On ne va pas se mentir, chroniquer une sortie electro n'est pas un exercice dont j'ai l'habitude. Je l'avoue bien volontiers, il m'est plus aisé d'écrire mon ressenti sur du rock ou sur de la soul, ces sons me berçant depuis tant d'années qu'il me serait impossible de vous donner une date précise.
Au fil de mes rencontres nocturnes je croisais de plus en plus des passionnés de musique electro, et même si je connaissais des artistes tels que Laurent Garnier et Aphex Twin, mes connaissances s’avéraient très vite plus que limitées. Au départ réticent, en bon rockeur qui tâche que je suis, j'ai appris à être attentif à ces nouvelles sonorités, ce qui ne fût pas toujours évident puisque j'éprouvais non sans mauvaise foi et nonchalance, le besoin idiot de comparer l'incomparable.
Il serait faux d'affirmer que je ne reconnaissais pas un grand talent à certains artistes, pour autant je cherchais petit à petit ma voie dans ce nouveau dédale sonore inhérent à la musique et ce depuis sa création, je veux bien sur parler des sous-genres. Tout ou presque y est passé, de la classique mais obsolète drum'n'bass à la house qu'elle soit suave à souhait transpirant la ringardise ou des plus sophistiquée, du hardcore brillant d'un feu de paille à la trop endormie minimale allemande; et bien que j'ai pu écouter durant ce long parcours initiatique une quantité astronomique de merdes, celui-ci m'a aussi permis d’accéder à ce qui représente mon Graal electronique.
Je découvris au bout de tout ce temps un univers encore mal défini où s'entremêlaient au sens le plus littéral du terme d'incroyables et puissants chocs auditifs. Cette musique que j'ai pu tant dénigrer à certains moments, puisqu'en méconnaissance totale du sujet, m'apparaissait soudainement familière, intelligente, émotive, noble, hypnotisante et la fit entrer durablement au plus profond de mon être. La techno de Detroit en corrélation avec celle de Berlin ce sont dès lors imposées comme une évidence, c'était devenu mon truc.

 Et bien qu'il ne m'est guère possible de définir avec exactitude ces sonorités (par inculture et parce que chaque musicien y rajoute sa pâte), j'y décèle la même sincérité que dans le rock des années 60-70 : cette passion sans faille pour l'expérimentation, ce même besoin ancestral de rendre une création hypnotique afin de prendre possession d'une foule plus ou moins grande. Mais surtout j'y ai trouvé la même part d'intelligence. Je peux aujourd'hui affirmer sans gêne que les meilleurs compositeurs electro sont les dignes héritiers des Pink Floyd (d'avant The Wall), des Cream, ou des MC 5.
La référence avec ces derniers n'est pas fortuite, car c'est finalement un juste retour des choses dans ma culture musicale, étant un grand fan du rock de Détroit il n'est guère étonnant que j'y retrouve des airs familiers non au sens strict mais au moins dans l'émotion qui s'en dégage. J'y rencontre le même esprit frondeur d'un do it yourself, exacerbé sans être irréfléchi, une énergie dantesque cachant bon gré mal gré un malaise pesant mais assumé. Du beau dans le triste. Cette ville qui se meurt depuis des décennies et qui a atteint le chaos au point d'en être annihilée transmet invariablement son énergie porteuse tant d'espoir que de destruction.



Various Artists - Swap White LTD  01 (2014) art sound ghini-b redj zecapx


 Berlin quant à elle n'est pas en reste puisqu'elle couve en son sein depuis toujours cette ambivalence glaciale et intelligente. Là où la suffisance de Londres et de son art me laisse indifférent à tout appel, la capitale berlinoise me fait de l’œil avec de plus en plus d'insistance. Bien que cette fois l'éternelle - et fantastique -, influence allemande qu'est Kraftwerk viendra rapidement en tête, je vois à travers ses inspirations quelque chose de plus étendu dans sa surface dévorant de son aura cosmique pas mal de pays nordiques. Allez à Amsterdam lorsque le temps est gris et mettez quelques mix d'artistes berlinois vous comprendrez sûrement ce que je veux dire.

Swap, le label qui monte... 

 

Vous commencez à vous dire que je n'ai toujours pas parlé de la première parution chez Swap ? Eh bien si, je n'ai fait que ça. Ce disque combine le plus simplement du monde tout ce que j'aime dans cette musique; suintant l'intelligence non barbante qu'arborent ces deux influences - et par conséquent tout ce qui en découle sus-nommé - le label artisan distille un premier jet empli de talent.
Ce disque propose, au delà de sa qualité et du choix plus qu'honorable, de n'être proposé qu'en vinyle, l'excitation d'une première œuvre, et, comme toute chose réussie, il incite l'auditeur à creuser toujours plus pour ne pas passer à côté d'une magistrale trouvaille.
L'amour profond et sincère de la musique et du travail bien fait sont aussi bien palpables dans l'objet en lui même, tamponné à la main, que dans les premières secondes d'écoute. L'alambiquée classe des pays nordiques s'entrecroise avec la désespérance d'une nuit pluvieuse à Motor City.
Évidemment disparate de part sa structure, tout ce qui se trouve ici ne procurera sans doute pas la même attention chez tout le monde, mais durant une trentaine de minutes, l'hypnotique objet du désir deviendra le meilleur allié des noyés d'un dimanche cocon ou plus obscur; des écorchés vif du jusqu'au boutisme qui malgré une nuit intense passée dans un océan de sons envoûtants et éblouissants de profondeur, en profiteront pour jeter avec un plaisir non dissimulé leurs dernières forces dans une énième joviale bataille mêlant la danse (ou une simili danse suivant les cas) à l'univers pointu de Swap désormais ouvert à tous.

Pour une première parution Swap tape fort et bien. Sortie uniquement à trois cents exemplaires, il ne fait pas l'ombre d'un doute que ce vinyle n'est que le début d'une longue et grande série de sorties rimant avec qualité, et l'on peut d'ores et déjà qualifier ces nouveaux venus dans les bacs de véritables artistes.





6 commentaires:

  1. Servetheservants30 janvier 2014 à 21:30

    D'abord, je tiens à féliciter pour la qualité de cet article, et surtout la passion musicale qui y ressort. Moi même, passionné de rock depuis très longtemps, j'ai eu du mal à m’intéresser à d'autres styles, notamment l'electro. Mais, il y'a des pépites cachées, au niveau de l'electro rock comme le vitalic ou les daft punk. Je me suis commandé ce fameux Swap white, tous niçois ou cousin rital de la frontière du sud est doit le posséder, je pense, reçu depuis peu,je ne tarderai à l’écouter bientôt. Amis du soir, bonsoir et bonne écoute à tous!!

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  2. sympa de soutenir la région :)

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  3. Bravo, cela donne envie.

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