lundi 29 juillet 2013

Chronique : Curtis Mayfield ~ Superfly (1972)


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Custom Records

Playlist : 1- Litlle Child Runnin'Wild / 2- Pusherman / 3- Freddie's Dead / 4- Junkie Chase / 5- Give Me Your Love / 6- Eddie You Should Know Better / 7- No Thing On Me (Cocaine On Me) / 8- Think / 9- Superfly

Chronique sur la bande originale du film Superfly sorti en 1972. Plus qu'un simple faire-valoir cinématographique, ce disque reste de nos jours l'un des albums les plus marquants des 70's.

 Les années soixante-dix marquent une nouvelle ère pour des Afro-américains lassés de devoir s'excuser d'exister dans une société qui ne leur laisse pas une place qui leur revient pourtant de droit. Marchant désormais dans les traces d'hommes tels que Martin Luther King qui exhortent toute une frange de la population à se réveiller, de plus en plus de jeunes Noirs n'hésitent pas à investir comme ils le peuvent des secteurs autrefois peu ou pas accessibles : la musique évidemment, le cinéma mais aussi la télévision profiteront de ce nouvel essor créatif ayant comme toile de fond l'espoir d'un avenir meilleur, souhait qui s'annonce encore bien fragile. C'est au cours de cette faste décennie que les Américains découvriront pour la première fois un programme fait par des Noirs, pour des Noirs avec l'excellente émission Soul Train, présentée par le classieux Don Cornelius et qui fera l'immense joie des mélomanes de tous milieux sociaux-culturels durant des années. 

 La Blaxploitation quant à elle émerge à la même époque mais se concentre sur le cinéma et produira une flopée de films dans lesquels, pour une fois, l'homme noir joue le premier rôle. Dans ces productions communautaires pensées pour redorer le blason mal en point d'une culture fière d'elle, il n'est pas étonnant que la musique y trouve une place plus que cruciale. Énormément de bandes-originales de qualité variable fleuriront durant cette période; pour autant, peu d'artistes parviennent à rendre ces disques réellement marquants ou indispensables. Sans avoir à se creuser longuement la tête et pour ne citer que deux musiciens qui deviendront des figures de proue, seuls Isaac Hayes et Curtis Mayfield feront de cet exercice un coup de maître. Le premier avec le sympathique Shaft, le second avec l'incroyable Superfly, marquent à jamais leur discographie respective d'une œuvre devenue emblématique de l'histoire de la musique.

 N'en faisons pas mystère plus longtemps, Superfly est un vinyle remarquable en terme de musicalité, mûrement composé, chaque son qui s'en dégage ne parait nullement être superflu. Orchestrées au millimètre, les montées de cuivres omniprésentes apportent une explosivité transcendante tandis qu'au contraire les rutilantes lignes de basse procurent profondeur et calme. Il en va de même pour tous les autres arrangements qui permettent à ce disque d'irradier d'une beauté sobre au travers de compositions dans lesquelles règne constamment un savant équilibre entre douceur et puissance.


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Curtis Mayfield


 Curtis Mayfield s'est attelé avec sérieux à construire un des premiers concept album soul (n'oublions pas l'éternel What's Going On de Marvin Gaye dans ce registre-là et ne se détourne jamais de son objectif. De ce fait les neuf titres présents possèdent une solidité réelle et sont à la fois homogènes tout en dégageant une identité qui leur est propre. Comme beaucoup de disques de l'époque, y compris son premier, la soul se laisse volontiers partager avec un funk des plus brillants ainsi qu'avec des rythmes dirons-nous plus charnels. Mayfield réussit son entreprise avec une facilité déconcertante, à tel point qu'il semble sur cet opus tout simplement béni des dieux et se permet le luxe de ne rendre personne indifférent en dehors des aigris bien sûr.

 Pour faire court, le sujet du film éponyme traite d'un dealer de cocaïne à qui la vie, grâce à son commerce florissant, semble réussir, jusqu'au jour où il prend conscience que s'il continue sur cette voie, il finira inexorablement assassiné ou emprisonné. Pour lutter contre ce fait difficilement évitable il monte une dernière combine lui permettant d'empocher un joli pactole avant de se ranger des voitures une fois pour toutes. Forcément, ses anciens amis voyous et autres flics véreux ne comptent pas lui faciliter le travail et notre héros dealeur va par conséquent devoir user de tous les stratagèmes pour parvenir à ses fins. 

 Moyennement emballé par le pitch du film, Mayfield accepte toutefois d'y participer à condition de faire ce qui lui plait. Prenant les autres productions à contre-pied - Les bandes-originales de la Blaxploitation étant le plus souvent instrumentales -, lui décide de faire un disque principalement chanté en puisant ici et là dans le scénario des idées à exploiter. Fort heureusement il ne s'en contente pas totalement et prend de la hauteur en balançant avec authenticité des prises de positions des plus personnelles. Il aborde ainsi des thèmes qui lui tiennent à cœur et dénonce la politique du gouvernement américain envers les Noirs. Il s'insurge aussi contre le ravage des drogues sur sa communauté. Les textes de Superfly durant quelques années deviendront des pamphlets bien plus forts et utiles que tout autre discours.

 N'ayant nullement besoin des images pour exister (l'inverse est moins vraie), Superfly s'écoute d'une traite et ne parvient pas à lasser même après être passé cent fois sur une platine. Réfléchi et intelligent, le soin apporté à ce joyaux de la musique noire américaine témoigne du sérieux de ce disque qui en devient donc intouchable. À cette maîtrise jusqu'au-boutiste on pourra mettre en parallèle un léger manque de folie mais quand on tient en ses mains un album de ce calibre, on ne lui cherche pas de défauts qui n'en sont de toute façon pas. On se contente de l'écouter, ravi du résultat et de l’efficacité stupéfiante dont il fait preuve. Curtis Mayfield atteindra des sommets en terme de popularité grâce à Superfly, des sommets qu'il n'atteindra plus jamais par la suite sans pour autant perdre son aura de compositeur d'excellence.




Curtis Mayfield - Freddie's Dead


2 commentaires:

  1. un disque qui groove comme jamais

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  2. Disque magnifique même si je prefere Roots avec Underground.

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