lundi 24 juin 2013

Chronique : Kyuss ~ ... And The Circus Leaves Town (1995)


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Elektra Records

Playlist : 1- Hurricane / 2- One Inch Man / 3- Three Of Boozeroony / 4- Gloria Lewis / 5- Phototropic / 6- El Rodeo / 7- Jumbo Blimp Jumbo / 8- Tangy Zizzle / 9- Size Queen / 10- Catamaran / 11- Spaceship Landing

Quatrième et dernier album de Kyuss, ... And The Circus Leaves Town se dévoile le 11 juillet 1995, soit seulement trois petits mois avant la séparation du groupe.

 Josh Homme, John Garcia et Brant Bjork, trois amis d'enfance venant de Palm Desert en Californie, débutent ensemble la musique à la fin des années 80 sous le nom Katzenjammer, puis se rebaptisent rapidement Sons Of Kyuss en référence aux créatures du célèbre jeu Donjons et Dragons. En 1991, après avoir participé à de nombreuses fêtes organisées en plein désert (appelées generator parties), ils raccourcissent le nom en Kyuss et en profitent dans la foulée pour sortir un premier album intitulé Wretch

 Bien que la carrière musicale ne fut pas synonyme de ventes mirobolantes durant sa période d'activité et ce malgré quelques clips sur MTV, Kyuss marquera à jamais l'esprit de ceux s'étant procuré un de leurs disques. À tel point qu'il existe un succès d'estime, bien réel lui, envers ce groupe laissant entrevoir ce qu'aurait pu être un grand Black Sabbath au milieu des années 90. La formation tirera sa révérence en 1995 suite à de nombreuses divergences et la suite on la connait : l'immense Josh Homme s'en ira former les fabuleux Queens Of Stone Age, John Garcia papillonnera un peu partout avant de poser plus longuement ses valises chez les Hermano et, enfin, Brant Bjork apparaîtra temporairement au côté des Fu Manchu. Grâce à l'incroyable renommée que rencontrent les Queens Of The Stone Age depuis une dizaine d'années, une nouvelle génération désireuse de connaître la genèse de ce dernier redonne à Kyuss une seconde jeunesse.

 Suite à une présentation un brin synthétisée de Kyuss, revenons-en à l'album qui nous intéresse dans cette chronique à savoir ... And The Circus Leaves Town. Sorti à une époque où le grunge connaissait les dernières flammes d'un feu sacré, il était temps pour beaucoup de mélomanes assidus de rock de voir plus loin, plus au sud en l’occurrence, jusqu’à y trouver le stoner - autrement appelé desert rock. Ayant bon nombre de similitudes, il n'est pas vraiment étonnant que les amoureux de ces genres musicaux soient souvent les mêmes puisque tous deux vouent un profond culte aux sonorités psychédéliques tout en s'inspirant fortement du côté du metal des seventies. 



desert picture photo image groupe stoner band  art sound
Kyuss


 ... And The Circus Leaves Town est pour ma part numéro un parmi les quatre œuvres que compte la discographie de Kyuss. Plus immédiat dans sa construction, il se montre vif dès ses premières secondes et ne demande nullement plusieurs écoutes attentives avant de faire mouche. Le groupe utilise des mécaniques ayant fait mille fois leurs preuves qui lui permettent de faire un disque plus abouti et maitrisé que précédemment. Finis donc les morceaux d'ouverture qui se traînent quelque peu en longueur (ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas pour autant excellents), place à des titres plus courts, plus incisifs, qui mettent prestement l'auditeur dans une ambiance post-apocalyptique désertique si chère aux membres de Palm Desert. 

 La marque de fabrique qui se situe dans l'importante pesanteur qui émane des titres, elle, ne change évidemment pas. Les lignes d'une basse accordée dix tons en dessous frôlent très souvent le génie musical, quand celle-ci, toute vrombissante, palabre avec la batterie métronomique d'Alfredo Hernandez. Si la section rythmique tient une place encore plus cruciale dans le stoner, les Kyuss démontrent à quel point ils sont experts en la matière. Pour autant et sans surprise, c'est la pachydermique guitare de Josh Homme que l'on aura tendance à retenir en premier. Sans avoir besoin d'en faire trop avec son instrument, le musicien parvient à sublimer les compositions de son talent, en créant des mélodies plutôt simplistes mais qui sont empaquetées d'un intense effet hypnotique rendant le tout imparable. John Garcia au chant ne se contente pas d'accompagner une musique qui se suffirait pourtant à elle-même. Au contraire, il interprète comme il se doit tous les titres présents sur ... And The Circus Leaves Town. Le chant est d'ailleurs ici plus varié que sur les précédents opus puisque Garcia peut insuffler sur certains titres une voix chaude d'une douceur enivrante, tout comme il peut le morceau suivant se tordre les cordes vocales.

 Kyuss est une formidable machine métallique à broyer des cailloux par centaines sous un soleil brûlant. Jamais prise en défaut, cette structure incroyablement huilée fonctionne à merveille sans ne donner aucun signe de faiblesse. Dans ce groupe, tout ou presque se situe au niveau d'un groove maîtrisé à la perfection et aussi dans la capacité à ressentir les notes de musique avant de les jouer. Le stoner n'est pas qu'une musique implosive à la lourdeur d'un tank, il se montre parfois sensible en ne se cantonnant pas à un style prédéfini. Kyuss, le plus naturellement du monde, le prouve quand apparaissent les premières mesures rafraîchissantes de Catamaran qui est en fait une reprise de Yawning Man, originaires eux aussi du même coin et adeptes du desert rock.



chronique picture image photo groupe car band stoner art sound
Kyuss


 Élaboré avec la joyeuse complicité de toutes sortes de drogues,  ... And The Circus Leaves Town apparait lors de sa première écoute bourdonnant et brouillon. Cet aspect nébuleux est dû au fait qu'il existe un défaut malheureux à ce disque et qu'il se situe dans sa production dirons-nous...rocailleuse. Enregistré au studio culte Sound City, cet opus aurait mérité un plus grand soin de ce côté-là.
Le morceau fleuve de près de onze minutes Spaceship Landing fera de toute façon taire unanimement toute critique tant il s’avère un parfait adieu dans la plus pure tradition kyussienne. Ce titre, à l'image de l'album, est une représentation fidèle de ce qu'a pu être ce groupe s'élevant au firmament de son art avant de s'y brûler les ailes. Un ingénieux mélange de coolatitude, de brutalité embrumée d'un psychédélisme léger et subtil, embarquant son monde dans un dernier moment de rêverie lunaire inspiré par l'ami peyotl.

 Dégoulinant à grosses gouttes de brio,
aussi chaud qu'étouffant tel un soleil à son zénith ... And The Circus Leaves Town reste un incontournable des années 90. Certains regrettent encore de nos jours la séparation de Kyuss quelques mois après la sortie de ce disque, d'autres n'auront aucun regret au vu de l'évolution des membres chacun de leur côté, mais tous déploreront les disputes des trois anciens amis autour d'une histoire de droits liés à ce groupe magique qui fut en avance sur son temps. Quoi qu'il en soit cet album mérite une bonne place dans la légende tortueuse du rock'n'roll



Kyuss - El Rodeo

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