lundi 22 avril 2013

Chronique : The Velvet Underground ~ White Light/White Heat (1968)


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MGM


Playlist : 1- White Light/White Heat / 2- The Gift / 3- Lady Godivia's Operation / 4- Here She Comes Now / 5- I Heard Her Call My Name / 6- Sister Ray

Dorénavant maître de sa direction artistique, Velvet Underground réalise en 1968 son album le plus fou.

 Après avoir réalisé un des plus grands albums de tous les temps, Velvet Underground se sépare de son célèbre mentor, Andy Warhol. La fascinante chanteuse Nico se voit elle aussi contrainte de quitter un groupe qui compte désormais évoluer à sa façon. En résulte un second disque follement extrême enregistré en à peine deux jours. Cette transition s'assume tout d'abord au travers d'une pochette arborant un noir profond - avec tout de même un tatouage représentant un crâne en bas à gauche, si si regardez bien. Exit le pop art bourgeois se trouvant sur The Velvet Underground & Nico, le groupe affranchi de tout regard extérieur entend bien faire ce qui lui plaît artistiquement sans concession aucune.

 Si vous ne connaissez pas encore ce disque, il y a de forts risques que vous le trouviez aussi intenable qu'intransigeant. On aura vite fait de dire que White Light/White Heat n'est pas fait pour être écouté mais pour être subi et qu'à ce titre il est complètement mauvais. Dès le morceau éponyme ouvrant l'album, on se rend compte que les musiciens, sadiques et pervers, n'essaient à aucun moment de sublimer les compositions. Bien au contraire, les guitares, batterie et piano sonnent le plus salement possible, ce qui donne un rendu global bizarrement et terriblement hypnotique. Il n'y a guère que l'harmonie vocale pour apporter une fragile cohérence à cet ensemble semblant sortir d'un esprit maladif. Lou Reed, désabusé et cynique, chante sur cette première composition l'amphétamine qui le ronge.

 Si quelques grands guitaristes ont su brillamment utiliser toutes sortes d'effets pour offrir quelques moments de rêveries contemplatives, le Velvet Underground ne s'en sert ici que dans l’intérêt de nous rendre apathiques. Nos pensées à l'écoute de l'album se dilueront très vite dans un océan opaque de peinture noire jusqu’à ce que notre esprit, perdu, ne réponde plus présent à ce qui l'entoure. On deviendra peu à peu esclave de sonorités étranges et à de nombreux moments inconfortables.
Les thèmes abordés n'aideront pas à aller mieux puisque ils traiteront sans surprise de sexe, de violence, de souffrances personnelles - rappelons que Lou Reed a subi des électrochocs durant son adolescence -, mais c'est surtout la drogue qui sera, encore une fois, mise à l'honneur. Si bien que ce vinyle donnera l'impression de ce que peut être un trip qui tourne mal. Bringuebalant sans pitié entre sadisme et horreur, White Light/White Heat pourra donner des maux de tête et rendre véritablement nauséeux tant le sentiment de rejet qu'il inspire peut devenir important; une torture mentale à ne pas mettre entre toutes les mains sous peine de folie passagère.


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The Velvet Underground


 Pour ceux trouvant les précédentes chansons relativement indigestes, le plus dur reste encore à venir. Velvet Underground compte bien aller plus loin dans l'expérimentation bruitiste que n'importe qui durant cette période. Disposant de soli grinçants et immondes à faire pâlir d'envie le casse-couilles de l'immeuble jouant mal exprès pour vous emmerder, les deux derniers titres de l'album ne se résume qu'à un immense bordel sonore tentant difficilement de trouver un semblant de mélodie dans un chaos de tôles froissées. Pourtant, le monolithique Sister Ray - nom qu'aurait donné Reed à sa seringue - est entré dans la légende avec ses dix-sept minutes de furie démoniaque régenté par un Lou chantant, une fois de plus, un texte magistral.

 Enregistré en une seule prise, ce jam est une véritable déflagration de son. Il fallait un certain courage, à cette époque, pour oser sortir une chose aussi primaire. Les musiciens, sans vraiment se soucier d'un quelconque résultat, jouent ce que bon leur semble en poussant les amplis aux maximum. Eux aussi, tout comme nous, semblent plusieurs fois au bord de l'implosion durant ce long moment que l'on qualifiera sans excès d'épreuve. Quand le silence, devenu assourdissant, résonne enfin, l'auditeur, ne s'attendant pas à un tel attentat sonore, restera groggy, assommé par tant de violence auditive. Lester Bang, le célèbre critique rock, ira jusqu'à dire que pendant sa première écoute de Sister Ray il détruisit une armoire... et on ne peut que le croire.

 Heureusement, tout ce capharnaüm synonyme de folie, laisse la place à un court instant exquis. Le splendide Here She Comes Now retrouve musicalement l'aspect enjôleur du premier album. Si le sujet choisi prête à sourire (l'histoire d'une fille qui va jouir), ce titre prouve une fois pour toute le talent qui émane du duo Reed/Cale pour dissoudre la vulgarité dans la grâce la plus pure. C'est à ce dernier, en grande partie, qu'on doit la tournure si jusqu'au-boutiste de White Light/White Heat. John Cale le paiera d'ailleurs, puisque les différents protagonistes n'étant pas tous d'accord avec sa vision des choses lui demanderont de partir peu de temps après. Il est aussi l'instigateur de l'innovante technique proposée sur le morceau The Gift qui consiste à enregistrer le texte sur le canal de droite tandis que la musique est enregistrée sur le canal de gauche, l'auditeur est ainsi libre d'écouter séparément le texte, la musique ou les deux.



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Pochette Originale chez Verve


Si vous trouvez cette chronique peu élogieuse, c'est uniquement dû au fait que je me suis contenté de retranscrire les premiers (res)sentiments que toute personne sensée aura lors de sa découverte de l'album. Mettant l'âme à vif et les oreilles en sang, White Light/White Heat procure une forte répulsion et donc logiquement une réaction. Pourtant l'amoureux inconditionnel du Velvet que je suis, se doit - ou du moins va tenter - de vous expliquer en quoi ce disque est, en fait, effroyablement génial.

Névrotique, il l'est assurément , mais derrière ce mur de son en apparence ignoble, se cache en fait une profonde élégance. Ce second album est beau dans ce qu'il ne montre pas ou plutôt dans ce qu'il essaie de cacher. Dans la désillusion désenchantée présente dans chacun des titres, dans cette faculté des musiciens de nous induire en erreur en nous emmenant à penser exactement ce qu'ils veulent de leur disque puis s'apercevoir que notre première vision était en réalité fausse. Il est tentant de les accuser de faire n'importe quoi mais ce serait oublier qu'il s'agit avant tout de vrais artistes possédant une liberté artistique totale. Chaque note est parfaitement voulue et assumée quitte à se saborder puisque Velvet Underground ne connaîtra le succès que bien des années plus tard, les deux premiers albums ne s'étant absolument pas vendus à leur sortie.

White Light/White Heat est une œuvre se voulant volontairement indigeste pour celui qui ne s’arrête qu'à la surface des choses. En prenant la peine de réellement l'écouter, on dissocie les instruments et les mélodies se découvrent enfin, l'amas strident de guitare est bien présent mais fort de ce nouveau regard on lui découvre un sens. L'auditeur émérite se laissera peu à peu amadouer en y trouvant un plaisir, certes peut-être, masochiste mais lui aussi bien réel. Pour finir, on prend conscience que ce disque compte parmi les plus importants ayant vu le jour car il est précurseur d'une nouvelle façon d'entrevoir la musique. Énormément de groupes s'engouffreront dans cette brèche, tentant eux aussi, de faire comprendre au monde que la musique n'a pas d'autres limites que celle de la création.

John Cale quittera le navire après ce disque, Velvet Underground prendra définitivement une tournure de plus pop. White Light/White Heat reste sans doute une des œuvres la moins accessible des années soixante, néanmoins son influence reste importante puisque des Stooges à Nirvana en passant par Joy Division, nombreux seront à vénérer cet album.



Velvet Underground - Sister Ray


2 commentaires:

  1. Sister Ray s'apparente a une machine infernale a broyer du fer

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  2. Pas mon preferé mais le velvet reste le velvet

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