jeudi 18 avril 2013

Chronique : The Stooges ~ The Stooges (1969)


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Elektra

Playlist : 1- 1969 / 2- I Wanna Be Your Dog / 3- We Will Fall / 4- No Fun / 5- Real Cool Time / 6- Ann / 7- Not Right / 8- Little Doll

5 août 1969, The Stooges s’apprête à sortir son premier opus sur le label Elektra. Un premier essai réussi mais pas exempt de tout défaut.

 Danny Fields, découvreur de talent de la maison de disques Elektra, doit partir en 1968 au Grande Ballroom de Detroit avec pour consigne de signer les MC 5 après leur concert. Il repartira ravi de ce show devenu mythique, non pas avec un mais bien deux nouveaux groupes dans son catalogue, puisque Fields tombe sous le charme des jeunes musiciens ouvrant la première partie des Motor City Five. Ce groupe, qu'il trouva époustouflant, n'est autre que The Stooges, composé initialement des frères Asheton (Ron à la guitare et Scott à la batterie), de Dave Alexander à la basse ainsi que de James Osterberg - plus connu sous le nom d'Iggy Pop - au chant.


 En cette fin de décennie palpitante, le rock n'en finit plus de déverser ses décibels aux quatre coins de l'Amérique et de l'Europe. New-York abrite les junkies intellos du Velvet Underground, Los Angeles profite des junkies flower power avec The Doors tandis que l'Angleterre bénéficie de son junkie glamour en la présence de Mick Jagger. Detroit quant à elle aura dorénavant The Stooges pour tenir le rôle des drogués perturbateurs. Ces comparaisons ne sont pas fortuites puisque la formation, surtout Iggy Pop, s'inspire très largement de ces groupes sus-cités. De la folie crue des premiers au fantastique jeu de scène du deuxième en passant par l'amour du blues et le chant particulier des troisièmes, The Stooges prend le meilleur où il le trouve et le recrache à sa manière en ne manquant pas au passage d'arroser de bile l'auditeur. 

 Le multi-instrumentiste John Cale, tout juste viré du Velvet Underground l’année précédente, sera en charge de la production du disque. Si Cale est souvent synonyme d'expérimentations fastidieuses, il respectera ici l'aspect rageur du groupe ainsi que son essence crade sans avoir à rajouter d'artifices intempestifs, mis à part sur We Will Fall, unique titre où le producteur viendra mettre sa touche psychédélique - et accessoirement jouer du violon. Les dix minutes de ce mantra répétitif  ne plairont pas à tout le monde mais ont au moins le mérite de servir de pause sympathique dans ce furieux vacarme. La première mouture, qui ne contenait que cinq chansons, fut rejetée sans négociation possible par une Elektra commençant amèrement à regretter d'avoir signé un groupe à ce point opposé à toute pratique commerciale. En définitive, la version finale sera enregistrée en seulement 48 heures et un accord sera trouvé pour allonger un album en passe d'entrer dans la légende.



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The Stooges


 Trois chansons proto-punk écrites à la va vite la veille d'entrer en studio répondront aux attentes de la maison de disques. Sans être mauvaises, elles manquent cependant d'un supplément d'âme Stoogienne pour en sortir avec les honneurs, ce qui confère à The Stooges un fâcheux sentiment de travail bâclé. Fort heureusement, le reste est composé d’ogives indémodables gardant bien en elles toute la force et la si particulière saveur du groupe. Intentionnellement primitif, l'album est constitué d'environ quatre accords simplistes auxquels s'ajoutent des rythmiques ultra basiques. Cette volonté absolue d'aller droit au but n'en est que plus défoulante. Les solis de guitare, métallique à outrance, donneront envie à toute personne d'apprendre à jouer de l'instrument tout en s'en foutant de ne pas devenir un guitar hero. Tout ici n'est qu'un hymne à la simplicité musicale.

 Plus qu'un groupe, The Stooge a su se faire une place sacrée au panthéon musical. De leur influence plus que directe sur le mouvement punk à leur vision précurtrice d'une Amérique vacillante, les mauvais garçons du Michigan ont, à bien des égards, grandement contribué au rock et continuent d'être immensément respectés par des générations entières de mélomanes. Eux, venant de la ville sacrifiée de Detroit, trouvent dans le déclin qui les entoure à cette époque une vaste source d'inspiration nihiliste. Là où les MC 5 cherchent avant tout à réveiller les consciences en passant des messages politiques, The Stooges ne revendique rien d'autre que le droit de hurler un ennui devenu pesant. 

Sur scène, l'Iguane concurrence le Lezard et va inexorablement plus loin dans l'art de la provocation; marquant les esprits, il se mutile le torse à grands coups de tesson de bouteille tout en étant habillé, pour l'endroit, de façon choquante. Il insulte et crache sur un public venu - tout comme le groupe - se déchaîner et qui n'entend pas se laisser faire par ce chanteur squelettique béni de talent. C'est lors de ces concerts où tout était possible qu'Iggy Pop inventa le slam. Cette atmosphère explosive est bien palpable sur ce premier opus. Ce disque, aussi accrocheur que bancal, a le mérite de poser les bases d'un genre qui engendrera plus tard de nombreux rejetons. Sans être aussi réussi que ses successeurs, The Stooges, en tant qu'album, profite déjà d'un talent de composition unique et propose l'archétype rock : brut, efficace et primitif.





 The Stooges - 1969


2 commentaires:

  1. vu en concert y'a quelques années c'est toujours aussi énorme !

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  2. le big bang, l'année zero musicale

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