mardi 2 avril 2013

Chronique : Sound City (2013)


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RCA

Playlist : 1- Heaven And All / 2- Time Slowing Down / 3- You Can't Fix This / 4- The Man That Never Was / 5- Your Wife Is Calling / 6- From Can To Can't / 7- Centipede / 8- A Trick With No Sleeve / 9- Cut Me Some Slack / 10- If I Were Me / 11- Mantra

Quand Dave Grohl conte la fabuleuse histoire d'un des studios d'enregistrement les plus influents de notre histoire et qu'en plus il sort à cette occasion un disque, on se tait et on l'écoute.

 À l'instar d'un Abbey Road en Angleterre, Sound City peut se vanter d'avoir grandement contribué à la musique pendant plus de quarante ans. On ne compte plus le nombre d'albums importants produits au beau milieu de la banlieue de Los Angeles. Pour autant, criblé de dettes, cela ne suffira pas à le sauver et se voit contraint de fermer en 2011. Ce qui aurait pu passer relativement inaperçu se transforme en un très bon documentaire dirigé par Dave Grohl bien décidé à faire connaître à tout un chacun l'histoire d'un studio d'enregistrement qui a changé les vies de million de personnes aux travers de disques de légende. 

 Sound City ou la chronique d'une mort annoncée, la sienne avant tout et celle d'une époque, à bien des égards, grandiose musicalement. On prend totalement conscience - même si on s'en doutait un minimum - en regardant ce touchant documentaire, que l'on a assisté depuis ces vingt dernières années à un bouleversement dans les méthodes d'enregistrement des disques, entraînant fatalement son lot d'inconvénients. Grohl retrouve, avec émotion et nostalgie, cet endroit où sa carrière a pris un tournant décisif. On arpente grâce à de superbes images des locaux qu'on nous jure miteux. 

L'histoire de ce temple dédié aux décibels nous est confié sans fausse pudeur. Des débuts dans les années soixante jusqu’à nos jours, on voyage entre les décennies avec comme seul fil rouge les anecdotes, diverses et variées, des nombreux intervenants : propriétaire, musiciens (Neil Young, Stevie Nicks, Tom Petty, Josh Homme, Rick Rubin, Rage Against The Machine... ils sont très nombreux) et employés. Chacun ira de ses souvenirs plus ou moins agréables à vivre et décortique le succès de Sound City auprès d'artistes qui, au plus fort de son activité, se bousculaient pour venir y enregistrer.


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Jaquette du DVD


 On découvre surtout en quoi ce studio était si différent des autres. En plus de son ambiance jugée par tous chaleureuse, le son y était résolument unique et non reproductible ailleurs. Ce son, on le doit à la table de mixage Neve, produite par l'ingénieur anglais Ruppert Neve qui fabriquait à la main, fin des années soixante, des consoles immenses et majestueuses. La Neve de Sound City ne sonnait comme aucune autre de ses consœurs et ne cessa d’impressionner durant des années tous les artistes et producteurs s'y confrontant.
Autre raison à cet engouement : les deux propriétaires du studio qui connurent un coup de pouce du destin; le choix de l'emplacement d'une batterie est primordial si on veut qu'elle restitue un son fidèle. La providence rejoint ici une part de chance et de magie car sans que cela soit prémédité, la salle qui abritait cet instrument avait une acoustique tout bonnement incroyable. La console Neve couplée à cette acoustique parfaite est la clé ayant su attirer des centaines de grands musiciens.
Plus qu'un simple lieu musical, Sound City était aussi un endroit où fourmillaient les échanges, les moments de vie et par conséquent les rencontres. À l'image des Fleetwood Mac dont une grande partie des membres s'y rencontrèrent.

 Les premières blessures interviendront au milieu des années 80, quand ordinateurs et autres boîtes à rythmes s'invitent dans la plupart des studios d’enregistrement concurrents et remportent de plus en plus les suffrages puisqu'il devenait dorénavant plus facile d'enregistrer des chansons en un clic ou presque. Les musiciens n'étaient désormais plus obligés de connaître à la perfection leurs morceaux car il était devenu aisé de gommer pas mal d'erreurs. Sound City qui ne fonctionnait uniquement en analogique était devenu daté, dépassé. Pour la première fois de son histoire quelques artistes importants lui tournaient le dos. 

Un des moments fort de ce documentaire est d'ailleurs cette opposition entre analogique et numérique. Il en devient pendant plusieurs minutes le meilleurs pamphlet contre une technologie accessible au service de la musique. Cette plaidoirie anti pro tools, un brin hostile, est certainement légèrement hypocrite étant donné qu'une bonne partie des intervenants ont dû, sans doute un jour ou l'autre, utiliser le numérique. Malgré tout ce documentaire rappelle à quiconque qu'il faut toutefois un minimum d'efforts et de talent de la part des musiciens et des techniciens pour faire un album possédant une âme. Un discours finalement plaisant à entendre dans un monde où il devient possible à presque n'importe qui d'enregistrer dans sa chambre.


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Table de mixage Neve


 Suite à ces années de vaches maigres, la mort de Sound City semble proche jusqu’à ce que Nirvana entre dans ses murs en 1991. Une fois au sommet des tops planétaire, Nevermind relança de nouveau l’intérêt des musiciens pour ce studio. Dave Grohl et ses compagnons (Novoselic et Butch Vig) en profitent pour glisser pendant une dizaine de minutes quelques souvenirs concernant cet album et parlent sans retenue de cette période. L'effet Nirvana ne durera qu'un temps, ne pouvant pas lutter devant l'accessibilité d'un pro tools allié à une forte crise musicale, le studio ferme définitivement ses portes. 

 Les locaux de Sound City n'existent certes plus, mais le son de la table de mixage Neve continuera longtemps d’impressionner puisque l'auteur du docu a pu l'acheter. Elle se trouve désormais dans le studio personnel de Dave Grohl : le studio 606. Quitte à acquérir un morceau d'histoire, autant s'en servir pour y enregistrer un album de façon analogique en compagnie des musiciens ayant bien connu Sound City. Stevie Nicks, Joshua Homme, Trent Reznor, Corey Taylor, Brad Wilk, Lee Ving... Un casting ayant de la gueule fut invité, avec comme point d'orgue le légendaire Paul Mc Cartney en guest-star de luxe

La fin du documentaire est réservée à l'élaboration de ce disque, voir Les ex-Nirvana et l'ex-Beatles composer Cut Me Some Slack est un grand moment. L'alliance des deux groupes cultes donne un titre superbement énergique et on se prend à imaginer, quelques minutes, de ce qu'aurait pu donner Nirvana sans la mort de Kurt CobainInévitablement on ne sera pas sensible à tous les titres proposés dans cette espèce de compilation. On en appréciera certains plus que d'autres mais dans son ensemble elle est d'excellente facture. Le son vintage de la Neve est encore au rendez-vous, ce qui rend le disque vraiment agréable à écouter. Les passages entre les divers genres de rock ne sont absolument pas gênants tant la brochette de musiciens qui se succèdent sont tous, bien entendu, irréprochables.
Sans surprise le combo documentaire/album est chaudement recommandé. L'histoire de Sound City par Dave Grohl est passionnante à visionner de bout en bout et la musique proposée sur le disque est tout aussi intense. Un excellent cadeau à tous les amoureux de musique.


Sound City art sound
Sound City situé à Los Angeles



 Sound City - Cut Me Some Slack


3 commentaires:

  1. excellent docu comme toujours avec dave

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  2. vraiment top mais en tant que fan vive l'objectivité !

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  3. Grohl est une légende vivante.

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