lundi 18 mars 2013

Chronique : Virgin Prunes ~ ...If I Die, I Die (1982)


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Rought Trade

Playlist : 1- Ulakanakulot / 2- Decline And Fall / 3- Sweathome Under Whit Clouds / 4- Bau-dachöng / 5- Pagan Lovesong / 6- Baby Turns Blue / 7- Ballad Of The Man / 8- Walls Of Jericho / 9- Caucasian Walk / 10- Theme For Throught

Premier album de Virgin Prunes, ...If I Die, I Die parait en 1982 sur le label Rought Trade. Plus qu'un disque, il est une invitation à un voyage aussi fascinant que cruel.

 Formé à Dublin à la toute fin de l'année 1977, Virgin Prunes enchaîne les concerts et se fait déjà remarquer par des tenues pour le moins exubérantes ainsi que par des performances scéniques plus proches du théâtre que d'un concert à proprement parler. Après avoir sorti quelques 45 tours et maxi qui rencontrèrent un certain succès leur permettant de signer sur le label Rought Trade, le groupe peut enfin proposer son premier album en 1982. Cette année sera faste pour eux, puisqu'au cours de celle-ci le label français L'invitation au suicide fait paraître Hérésie, un luxueux coffret de deux 25 cm contentant des morceaux studio et live enregistrés au Rex Club à Paris.

 Produit par Colin Newman des Wire, de ...If Die, I Die se distinguent très nettement deux parties.
Tout d'abord celle qui inclut les quatre premiers titres se voudra sombre et inquiétante à base de rythmes de batterie lents sous couvert d'une basse, très présente dans ce disque, toute en lourdeur. Cette mise en condition est absolument divine, subtile et créative. Le groupe nous tire par le bras afin de nous faire pénétrer dans son petit cabaret de la folie et dans l'ambiance unique qui en découle. Dans ce lieu de naissance de la bizarrerie on se surprend, émerveillé et apathique, au fil des chansons, à assister à un show morbide qui ne cessera de monter crescendo pour en devenir quasi hypnotique à l'aide de sons intrigants, aussi planants que percutants, heurtant notre cerveau comme autant de piqûres anesthésiantes. L'auditeur collabore involontairement à cette pièce de théâtre musicale qui semblait n'attendre que lui pour parfaire un spectacle auditif tout droit sorti d'esprits malsains et maladifs avant que ce même auditeur assommé par tant de sublime pesanteur n'en arrive à la seconde fantasmagorie qui se place sous le signe de l'exutoire.


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Virgin Prunes


 Sans crier gare, l'ambiance change du tout au tout. Les sonorités oppressantes, lentes et tribales laissent la place à une énergie post punk revigorante. Ce qu'on venait de vivre jusqu'à présent s'apparentait finalement à une cérémonie d’initiation qui n'avait pour but de subodorer le mérite d'accompagner les musiciens sur scène dans des danses endiablées. De spectateur mal à l'aise, invité malgré lui à un délire lugubre, l'auditeur devient à son tour pleinement acteur et participe de tout son être à ce cabaret burlesque. Mais cette étrange allégresse qui nous parcourt ne durera que l'espace d'un instant. Évidemment cet appel à la danse n'étant qu'un stratagème pour se sentir en relative confiance. Les membres de cette obscure officine finiront avec leur dernière composition de faire du spectateur un esclave décadent, devenu à son tour bourreau lorsque viendra l'heure d'une prochaine représentation.

 Cette seconde partie contient tous les tubes du groupe (Baby Turn Blue, Pagan Lovesong, Caucasian Walk), ce n'est bien sur pas un hasard, puisque les compositions y sont indéniablement plus accessibles au commun des mortels car d'apparence moins complexe. Une des grandes forces de Virgin Prunes est de posséder une auto-dérision qui se montre rare dans ce milieu. L'aspect parfois grotesque et absurde de leur musique et de leurs concerts est totalement assumé par les membres. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter Ballad Of The Man chantée par Dave-id de manière sciemment fausse. Cependant, les musiciens ont bel et bien tous une réelle fascination pour ce qui touche aux tabous, à la folie et au macabre. Le groupe gérera de main de maître une esthétique poussée, noire et outrancière ainsi que l'art simple de la provocation dans une société devenant aseptisée et facilement choquable. Virgin Prunes après ce disque restera une référence incontournable du mouvement gothique en tant que précurseur.

 L'album ...If I Die, I Die des Virgin Prunes, est une totale réussite pour qui sait l'apprivoiser. Beaucoup de gens se sentiront exclus de ce chapiteau glauque et subversif mais ce disque demande une certaine maturité et plusieurs écoutes avant d'en tirer toute son essence qui parvient à marquer au fer rouge. Culte, culte et culte.



Virgin Prunes - Decline & Fall


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