samedi 9 mars 2013

Chronique : Screaming Trees ~ Sweet Oblivion (1992)


picture cover image pochette photo grunge seattle olympia lanegan art sound
Epic Records

Playlist : 1- Shadow Of The Season / 2- Nearly Lost You / 3- Dollar Bill / 4- More Or Less / 5- Butterfly / 6- For Celebration Past / 7- The Secret Kind / 8- Winter Song / 9- Troubled Times / 10- No One Knows / 11- Julie Paradise

Sixième album des Screaming Trees, Sweet Oblivion sort en 1992 sur Epic Records. Un excellent opus à posséder absolument.

 Screaming Trees souffre à la fois d'un don et d'une malédiction. Une injustice de plus dans le monde musical, car ce groupe pionnier de la scène de Seattle n'a jamais réussi à devenir aussi illustre que des formations telles que Nirvana, Soundgarden ou Mudhoney. Malgré d'excellentes critiques lors de leurs sorties dans la presse spécialisée, aucun album n'établira de bonnes ventes. Vous l'aurez sans doute compris de vous-mêmes, la grande bénédiction des Screaming Trees est justement de n'avoir jamais connu un succès que pourtant, croyez-moi, ils auraient mérité. Ne cédant pas ainsi à un quelconque business model, ils gardent leur virginité artistique intacte et sans concessions pour le plus grand plaisir des puristes.

 Fondé en 1985 dans l'état de Washington, le quatuor fabrique minutieusement sa légende année après année, album après album dans les bas fonds de Seattle jusqu’à publier en 1992 le chef-d’œuvre de sa carrière - et l'un des disques les plus marquants des années 90. Alors que le monde entier se tourne vers les compositions du nord-ouest américain, Screaming Trees n'aura donc droit à aucune reconnaissance télévisuelle de la part de MTV, qui pourtant n'hésite pas à bouffer à tous les râteliers sans état d’âme. La chaine ne diffusera aucun des clips de la formation sous prétexte que l'on y voit des gars en surcharge pondérale, freinant ainsi encore un peu plus leur chance d'atteindre une plus large audience. Mais à vrai dire, le groupe semble se foutre de toute cette agitation touchant leur petit coin de pays et se contente de faire ce qu'il a toujours su faire, une musique sauvagement électrique sachant toucher l'auditeur au plus profond de lui.

 Les frasques continuelles des membres, tous junkies et alcooliques, ne les ont sans doute pas aidés non plus à se faire une place sous les projecteurs des médias. Screaming Trees sent le souffre, les frères Cooner - respectivement à la guitare et à la basse - peinent à se supporter, ce qui provoquera d'innombrables bagarres et disputes entre eux. Le majestueux et tout aussi instable leader Mark Lanegan, menacera sans cesse de se barrer à tout moment, préférant nettement enregistrer ses oeuvres solos dans son coin. Ce n'est pas le seul, puisque le guitariste Gary Lee Conner, part de son côté aider Jay Mascis à enregistrer son fabuleux Green Mind sans se soucier du reste de ses coéquipiers. Un vaste bordel exacerbé par les litres d'alcools et les prises de drogues incessantes et qui fait que le groupe est à chaque instant au bord de l'implosion.


image picture photo groupe band seattle olympia grunge art sound 1992
Screaming Trees


 Pourtant quand ces quatre énergumènes décident de calmer leurs ardeurs primaires, une magie s’opère car comme le prouve une nouvelle fois cet opus, ils ont chacun un immense talent. Quand ces musiciens se laissent porter dans le même sens du vent, mettant toute rancœur de côté, il en ressort une musique profonde, intense et réellement jubilatoire. Dès l'intro de Shadow Of The Seasons, on peut ressentir que ce disque va baigner dans la fureur électrique tout en gardant une fine sensibilité. Une tension souvent proche de la rupture mais toujours en continu au bénéfice d'incroyables compositions. Gary Conner promène ses doigts, certes boudinés mais précis, sur son instrument pour en sortir d'éblouissants riffs fuzz tandis que la rythmique batterie/basse offre une parfaite symbiose digne des plus grands groupes. 

Sur cet album, Screaming Trees dévoile ses meilleures compositions empreintes d'un rock psyché délicat et de furieux hard rock tout droit sorti des années soixante-dix dans la plus pure tradition de ce qu'est le grunge. Mais bien évidement, on retiendra en premier la voix rauque de Mark Lanegan qui possède un timbre vocal inimitable, mélancolique et torturé, reconnaissable entre mille. Le chanteur interprète tous les titres de la plus fabuleuse des façons. Scotchant de sincérité, on l'imagine rien qu'en l'entendant dans un bar minable de Seattle attablé avec son vieil ami Kurt Cobain, buvant des litres de whisky et créant des paroles au fil d'une discussion sur ce qu'est le monde. Sa voix est un enchantement et un instrument à elle seule.

 Sweet Oblivion peut se montrer à la fois obscur et resplendissant de lumière, tour à tour abattu ou terriblement jovial. Cette dualité permanente en devient vite totalement irrésistible et profite aisément à cet enivrant disque dont on ne se lasse jamais. C'est le genre d'album qui à son écoute vous renvoie - si vous avez la chance de l'avoir connu - à un vaste passé musical. Qui donne envie de retourner dans ce début des années 90 pour profiter de tout ce que l'on pouvait trouver chez des disquaires indépendants et qui apportait un renouveau bienfaiteur dans le rock. De ressortir un vieux jean troué pour se perdre, walkman sur les oreilles, dans les ruelles d'une ville sans but à part celui d'être seul avec ces musiciens qui semblent si proche de nous. Screaming Trees, tout comme une partie de la scène de Seattle, fait partie de ces héros ordinaires qui - pour quelques-uns d'entre nous - faisaient en sorte de nous rendre la vie meilleure grâce à des compositions merveilleuses sans pourtant nous faire croire en des chimères d'un avenir plus radieux.

Écouter cet objet, c'est nous croire nous aussi attablés dans un bar minable mais en se disant que l'on vient de passer un des moments les plus agréables et excitants de notre vie, à tel point que l'on y revient encore et toujours. Nul besoin d'une longue conclusion, Screaming Trees avec Sweet Oblivion ont su faire une oeuvre furieusement marquante que chaque amateur de grunge et rock en général se doit de posséder. 




Screaming Trees - More Or Less


3 commentaires:

  1. Meilleur album des années 90 tout simplement

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  2. Meilleur sans doute pas mais très bon.

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