samedi 16 février 2013

Chronique : Love ~ Forever Changes (1967)


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Sundazed

Playlist : 1- Alone Again Or / 2- A House Is Not A Motel / 3- Andmoreagain / 4- The Daily Planet / 5- Old Man / 6- The Red Telephone / 7- Maybe The People Would Be The Times Or Between Clark And Hilldale / 8- Live And Let Live / 9- The Good Humor Man He Sees Everything Like This / 10- Bummer In The Summer / 11- You Set The Scene

Vous cherchez un album représentatif des années soixante? voici la chronique de Forever Changes du groupe Love sorti sur Elektra en 1967.

 Forever Changes est un disque atypique. Passé relativement inaperçu lors de sa sortie en novembre 1967, il connaîtra, un paquet d'années plus tard, un second souffle. Une renaissance bien plus heureuse puisqu'il sera cette fois porté aux nues par toute une presse spécialisée qui le redécouvre. Un engouement, disons-le d’emblée, un peu excessif. De rien ou si peu, cet album devient l’œuvre la plus culte qui soit, faisant de lui par la même occasion le disque des années soixante à détenir jalousement, un trésor oublié qui détiendrait toute la magie et le charme d'une époque. 
Mon avis, bien qu'étant convaincu sur certains points, sera tout de même un peu moins enthousiaste et unilatéral. Évidemment, il serait inutile de dire que ce dernier aurait dû rester dans les remises des disquaires à l’abri du regard des passants. Bien entendu Forever Changes est un très bon album, qui a pour lui une quantité de choses merveilleuses le rendant unique, mais il est selon moi fortement inégal. À l'inverse d’énormément de vinyles sortis à cette époque - qui eux se veulent homogènes de bout en bout - ce disque contient de superbes chansons mais aussi des chansons beaucoup plus timides sans pour autant être mauvaises, loin de là, mais à qui il manque ce petit quelque chose de féerique que l'on trouve sur la plupart des titres. Ce manque de constance fait que cet album ne sera jamais pour moi la perle tant annoncée à longueur d'articles bien qu'encore une fois, il soit indispensable à tout amoureux du flower power.

 Parler de Love c'est parler en premier lieu de son interprète à la voix d'ange, Arthur Lee, qui est aussi guitariste et compositeur d'une bonne partie du répertoire du groupe. Obsédé par l'idée qu'il va mourir dans un avenir proche, il tient à laisser une dernière trace de son passage sur Terre en enregistrant un troisième album. Les musiciens l'accompagnant n'ayant que faire de sa nouvelle lubie préfèrent passer leurs journées à se défoncer sans penser au lendemain. De nombreuses tensions dans le groupe qui n'est alors plus très loin de l'implosion éclateront à cause de ces envies divergentes. Ne baissant pas les bras pour autant, Lee persiste et se met seul au travail pour écrire les plus beaux textes de sa carrière de ce qu'il croit être son testament. 
 
 L'émotion tangible et authentique qui se dégage de Forever Changes est donc l’œuvre de cet artiste torturé. Sa fragilité mentale transpire et se ressent constamment sur ce disque, ce qui lui vaudra plus tard d'être comparé au génial Syd Barrett - ils mourront d'ailleurs à plus ou moins un mois d'intervalle lors de l'été 2006. 
L'un des miracles des années soixante est d'avoir eu des groupes capables de chanter l'amour et la paix sans pour autant tomber dans le grand-guignolesque, chose qui, avouons-le, est impossible de nos jours mais à l'époque tous ces jeunes gens soutenaient mordicus que le futur serait meilleur. Le résultat de cet ardent espoir, qui prête à sourire cinquante ans plus tard, est que tous ces disques gardent leur fraîcheur d’antan, Forever Changes grâce entre autres à Arthur Lee n'échappe pas à cette règle.  


picture image photo groupe band musique art sound love
Arthur Lee

 La musique de Love est un mélange de folk/blues/rock psychédélique auquel se rajoutent pas mal d'autres genres; ce métissage n'est sans doute pas un hasard, Lee étant lui-même métisse. Cette mixité si chère à ces musiciens atteindra son apogée sur ce disque. Ce qui marque à l'écoute de cet album est l’extrême soin apporté aux grandioses arrangements, un orchestre dirigé par David Angel sera même convié pour l'enregistrement. En découlent de superbes sessions de cuivres, mêlant trombones et trompettes, parsemant la plupart des titres. Sur quelques titres des violons tout aussi sublimes et enivrants, hérissant les poils à chaque écoute, les remplissant de douceur et de profondeur, seront également là pour rajouter encore plus de beauté aux compositions. 

 Forever Changes est un petit miracle dans la discographie assez bancale de ce groupe, il n'y a rien ou presque à retenir d'autre que cet album qui semble être touché par une grâce divine. Comme tant de disques qui eux aussi profitent d'une chose impossible à définir mais qui change tout, ce troisième album a cette part de candeur qui le rend indispensable. Arthur Lee et ses comparses ont su savamment unir des mélodies complexes tout en les rendant aussi limpides que de l'eau de roche. Chaque chanson fourmille de détails, de variations mélodiques, les guitares acoustiques côtoient le plus naturellement du monde leurs consœurs électriques dans une parfaite harmonie. Le boulot effectué mérite le plus grand et le plus sincère des respects et rien que pour cela, ce disque raffiné et superbe restera à jamais l'un des meilleurs enregistrements des années soixante.

 Une atmosphère sans commune mesure s'en dégage : on passera subtilement d'une ambiance parfois sombre et froide due aux craintes de son auteur au son chaud des cuivres reprenant de façon presque jouissive les airs des Mariachis du Mexique. Le psychédélisme ultra chic flirte sans cesse et sans limite avec une pop groovy, Love vient forcément, maintenant on en est sûr, de Californie.
Forever Changes est une véritable bande son accompagnant les différents moments de vie d'un être humain : joie, tristesse, douceur ou amour, chaque personne peut trouver dans les compositions figurant sur ce disque ce qu'il a envie d'y trouver suivant son humeur. À tel point qu'il peut parfois en devenir étrangement énervant, encore et toujours la faute à cette disparité qui s'y trouve et qui fait de lui, finalement, un des disques les plus représentatifs de cette époque à la fois bénie et troublée. Arthur Lee a ce talent-là d’être totalement en phase avec les années soixante. Il n'est donc pas étonnant de voir sa touchante et énigmatique peur de mourir, tout comme son entrain à vivre, jaillir de cet album avec une intensité folle. 


picture image photo groupe band psyché love  art sound
Love


 Ma préférence ira indéniablement vers The Red Telephone, qui réunit en un seul titre toute la quintessence de Love : l'ingéniosité des arrangements, le talent d'écriture, la douceur et le lyrisme, tout s'y retrouve pour ne former plus qu'un. Elle est la chanson de cette fin des sixties par excellence et tout simplement une des plus belles ballades jamais enregistrée ni plus ni moins.
Je serais injuste de ne pas mentionner le deuxième membre influent du groupe, - qui tout comme son ami vivait une période difficile étant lui héroïnomane et devenant ingérable - Bryan McLean, qui pose sa voix délicate sur deux titres dont celui à qui revient l'honneur d'ouvrir le bal : Alone Again Or, petit bijou de finesse avec son étincelante guitare acoustique. Cette chanson nous embarque sans détour dans un long voyage à la frontière mexico-américaine et surtout dans notre imaginaire. On se surprend, l'espace d'un instant, dans ce moment de relaxante tendresse, à laisser divaguer notre esprit sans s'en rendre compte.

 Cet album est un rêve éveillé à écouter de préférence au printemps quand les beaux jours reviennent tout en étant allongé dans l’herbe, le soleil et la brise caressant notre peau, ou lors d'un lendemain de soirée enfumée entre amis. J'ai sous-entendu en début d'article que Forever Changes est de nos jours surestimé à l’extrême et je le pense sincèrement, car il n'est malheureusement pas exempt de tout défaut, bien que la perfection soit frôlée, tout comme je pense profondément que parmi les onze titres de ce chef-d’œuvre intemporel, chaque personne vivant sur cette planète trouvera au moins deux ou trois chansons indispensables à sa vie, qui l'accompagneront pour des jours, des mois et même des années dans ses moments les plus intimes, qu'ils soient beaux ou tristes.

 Relatif Échec lors de sa sortie, Forever Changes a depuis été longuement réhabilité. Le troisième album de Love, en plus d'être le firmament de la carrière du groupe, est un des disques les plus marquants que le mouvement hippie ait enfanté. Il représente à lui seul toute la complexité d'une époque, de la vie en général, en étant son parfait reflet.



Love - The Red Telephone


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