lundi 31 décembre 2012

Chronique : The Doors ~ The Doors (1967)


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Elektra

Playlist : 1- Break On Througth (To The Other Side) / 2- Soul Kitchen / 3- The Crystal Ship / 4- Twentieth Century Fox / 5- Alabama Song / 6- Light My Fire / 7- Back Door Man / 8- I Looked At You / 9- End Of The Night / 10- Take It As It Come / 11- The End

Quoi de mieux pour finir l'année 2012 qu'une chronique sur les Doors ? Alors commençons par le commencement et revenons en 1967 avec ce premier album sorti sur le label Elektra.

 Chroniquer The Doors, qu'il s’agisse du groupe ou de l'album éponyme, n'est pas chose aisée, tout a été dit dessus depuis les années soixante. Cent fois, mille fois décortiqué, analysé dans tous ses recoins, il n'y a plus rien de neuf à écrire sur ce mythe. Je ne rentrerai donc pas dans une documentation extrêmement poussée sur la création du groupe ou sur la genèse de ce premier album, d'autres l'ont fait bien mieux que moi et je me contenterai d'en retracer les grandes lignes. 

 La légende débute à Venice Beach en 1965, Jim Morrison rencontre Ray Manzarek, un ancien camarade de l'université d'UCLA. Sans doute pas totalement sobre, il commence à lui déclamer avec une verve qui n'appartient qu'à lui ses poèmes - dont certains apparaîtront plus tard sous la forme de chansons. Subjugué devant tant d'aplomb et de lyrisme, Manzarek lui propose de le rejoindre dans son groupe sans plus attendre. Morrison accepte et soumet l'idée de le rebaptiser The Doors. Ce titre renvoie au livre d'Aldous Huxley, The Doors Of Perception, qui relate, entre autres, la première expérience sous mescaline de son auteur. 
Lors d'une de ces conférences sur la méditation transcendantale, très en vogue à l'époque, Raymond Manzarek rencontre cette fois John Densmore. Le batteur étant parti vers de nouveaux horizons il lui propose la place alors vacante. Densmore lui aussi impressionné par le charisme de Morrison ne met pas longtemps à dire oui et en profite pour présenter le guitariste Robbie Krieger qui assiste aux mêmes cours. 
Peu de temps après, le bassiste Pat Sullivan claque la porte à son tour, Manzarek découvre le Fender Rhodes, un clavier capable de produire des sonorités de basse et qui donne au groupe un son qui lui est propre. Dès lors The Doors se passera de bassiste sur scène, pour les enregistrements en studio en revanche ils feront appel à de multiples musiciens.

 La formation s'empresse de faire le tour des maisons de disques, toutes leur refuseront le précieux sésame et pour cause leur démo se montre peu convaincante. Toutes sauf une, le groupe signe un contrat plutôt imposant sur le label Elektra : sortir six albums sous leur nouvelle bannière. 
Durant l'automne 1966, The Doors commence à enregistrer son premier disque, les sessions sont terminées en une semaine à peine. Un rythme effréné qui ne sera perturbé que par le comportement constamment instable du jeune chanteur alors en proie à des crises de colère accompagnées de délires incontrôlables probablement dus à ses nombreuses absorptions de LSD. 
De nos jours il est difficile d'imaginer que la sortie du disque au début de l'année 1967 ait été un profond échec. Le groupe ne désespère pas pour autant, croyant ouvertement à ses chances il continue les performances scéniques de plus en plus provocatrices. Jim Morrison se fait un malin plaisir de bouder le public, voire de l'insulter, et que dire de sa fâcheuse tendance à modifier les paroles pour balancer des obscénités qui, à cette époque, choquaient l'assistance. Une provocation de trop mènera le groupe à se faire expulser de son propre concert au Whiskey A Go Go par un patron plus qu'excédé par ces débordements verbaux. 
Le bouche à oreille se faisant de plus en plus persistant au fil des semaines, la courbe de popularité semble s’accroître proportionnellement aux provocations engendrées sur scène, avant que celle-ci ne dépasse toutes les espérances durant le fameux été de l'amour, en 1967. The Doors devient le nouveau groupe à suivre.




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The Doors


 Je jalouse profondément ceux découvrant d'une oreille neuve cet album. Appuyer sur play et entendre les trois secondes de cliquetis provenant de la batterie et qui ouvre Break On Throught (To The Other Side). Ressentir la basse métallique du Fender Rhodes parcourir sa cage thoracique. Écouter la voix d'un Morrison impérial, régnant en maître dès ce premier morceau sur sa troupe pour laisser place quelques instants plus tard à un solo ravageur de Manzarek au clavier. Deux minutes vingt-huit secondes profondément marquantes qui ne manqueront pas de traumatiser dans le sens le plus noble du terme ce nouvel auditeur venant de connaître un orgasme musical en trouvant un de ses premiers vrais Graal. 
Ce chanceux d’aujourd’hui - que nous avons tous été - retiendra sans surprise de cette écoute les tubes magistraux figurant sur The Doors. Pour le public de 1967 en revanche, il aura fallu raccourcir de sept à trois minutes le titre Light My Fire pour que les Doors arrivent avec ce seul titre au firmament. Sans cet acte qui relèverait de nos jours de l'infamie, peut-être que l'on serait passé à côté d'un des plus grands groupes de rock ayant existé et du flamboyant moment instrumental qui orne le titre. Ces longues minutes psychédéliques nous prendront aux tripes : le clavier, encore lui, nous offrira avec ses sonorités aiguës un tournis comparable à celui causé par un excès d'alcool, tandis que la rythmique assénera sans faillir ses innombrables coups de boutoir à nous en faire chavirer l'esprit.  
La seconde écoute de l'album sera celle de l’approfondissement pour ce nouveau venu dans le monde psychotrope des Doors et qui finira par s'apprivoiser le reste des compositions. Des chansons moins glamour en apparence mais qui, elles aussi, marqueront son subconscient. De l'ensorcelant Crystal Ship à End OF The Night et sa rythmique à peine soulevée ou encore l'endiablé Soul Kitchen, tous les morceaux réservent leurs lots de surprises qui mettront invariablement en valeur les qualités mélodiques des musiciens, ainsi que la riche poésie parfois cruelle du roi Lézard.

 Les années soixante marquent le début d'une créativité musicale totale, quantité de groupes pousseront la musique dans ses retranchements souvent bien aidés par les drogues. Grâce à ces explorations sonores, beaucoup d'élus se démarqueront créant ainsi de véritables mouvements perdurant jusqu’à aujourd'hui, mais la musique des Doors a ce côté inimitable qui la rend unique. Cette singulière musicalité, on la doit avant tout au soin apporté aux parties instrumentales toujours surprenantes. Aucune des chansons du groupe ne se ressemble et c'est encore plus vrai sur ce premier opus. L'innovation du quatuor semble déjà à cette époque inaltérable, le charisme hypnotique d'un Jim Morrison y étant, bien entendu, pour beaucoup. Ses interprétations captivantes sont remarquables à tout point de vue et ses textes d'une intelligence rare dans le rock finissent d'achever cette œuvre. Il y aura bien un avant et un après The Doors.



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Célèbre session photo de Jim Morrison torse nu réalisée à New York par Joel Brodsky


 Une des principales qualités de ce disque est de garder encore de nos jours toute son essence d'origine. Tout y est maîtrisé de main de maître, on ne peut que saluer la performance réalisée puisque peu de premiers albums arrivent à être aussi percutants et prenants. The Doors a su faire un chef d’œuvre surréaliste quasi universel qui regroupe en son sein une quantité d'idiomes musicaux, qu'ils soient rythm'n'blues, rock, psyché ou même jazz. Ces différentes facettes permettent à chaque auditeur de s'y sentir à l'aise et surtout de ne pas s'en lasser après plusieurs dizaines d'écoutes. 
Mais tout le monde le sait, la véritable force des Doors n'est autre que son chanteur. Aussi talentueux que soient les musiciens dans leur jeu respectif, le leadeur charismatique déchaînera toutes les passions et récoltera tous les suffrages. À tel point que le parolier dépassera le simple statut de rock star pour enfiler le costume difficilement portable d’icône absolue. Qui pouvait se vanter à cette époque de réunir musique et littérature en citant à longueur de textes d'illustres auteurs ? De proclamer le plus fort possible que la musique n'était pas qu'un passe-temps pour adolescents mais un mode de vie, un art mature à part entière avec toute la légitimité qui lui incombe. L'album The doors, avec ses compositions incroyablement riches et ses références littéraires incessantes ne peut laisser personne indifférent et sera désormais devenu un rite de passage obligé pour tout amateur de musique et de rock en particulier. Un doux chemin initiatique enfumé, chaperonné par le gourou Morrison.
Moins chaotique et underground que les œuvres provenant de New York, plus étonnant et incisif que celles des voisins sous acide de San Francisco, cet album représente à merveille son époque. 
Une époque à la fois lumineuse qui verra l'émergence d'une contre culture parfaitement restituée, mais aussi une ère plus sombre pour une Amérique qui s'embourbe dans une guerre perdue d'avance. Cette noirceur sera palpable sur l'une des plus grandes épopées jamais enregistrée clôturant un disque, le bien nommé The End à l'ossature quasi parfaite. L'ambiance troublante voire dérangeante inspirée du complexe d’Oedipe, restera l'un des brillants chefs-d’œuvre à faire date dans l'histoire du rock.

The Doors avec son premier album éponyme touche des sommets rarement atteints auparavant. À l'aube d'une superbe carrière musicale qui leur tend les bras, cette première pierre à l'édifice fièrement scellée fait rentrer par la grande porte le groupe dans l'excellence et surtout dans la légende.



 The Doors - Light My Fire


3 commentaires:

  1. super article qui retrace bien la vie de ce disque de légende !

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  2. Magistral, y a pas d'autres mots.

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  3. M'en suis lassé à force de l'écouter ce qui n'enleve rien à son culte.

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