vendredi 21 décembre 2012

Chronique : Neil Young ~ Harvest (1972)


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Reprise Records
Playlist : 1- Out On The Weekend / 2- Harvest / 3- A Man Needs A Maid / 4- Heart Of Gold / 5- Are You Ready For The Country ? / 6- Old Man / 7- There's A World / 8- Alabama / 9- The Needle And The Damage Done / 10- Words (Between The Lines Of Age)

Meilleure vente d'albums en Amérique de l'année 1972, Neil Young signe un Harvest intimiste et magnifique.

 Alors qu'il vient de quitter quelques mois plus tôt le groupe folk Crosby, Stills & Nash - on peut apercevoir une de leurs performances durant le fameux Woodstock -, Neil Young part seul sur les routes, donnant au fil de ses pérégrinations quelques concerts dans des salles pour la plupart du temps combles. Un jour où il se trouve dans la bonne vieille ville de Nashville dans le Tennessee pour y enregistrer le Johnny Cash Show, il fait la connaissance du producteur Elliot Mazer. Les deux hommes sympathisent rapidement, le second invite le premier à venir faire un tour dans son studio d'enregistrement qu'il vient tout juste de créer : le Sound Studios Quadrafonic. L'invitation n'est forcément pas fortuite puisque Mazer a l'intention de convaincre le jeune canadien d'y enregistrer son futur nouvel album. Admiratif des musiciens du coin, Neil Young accepte en précisant qu'il ne lui manque que des compagnons d'armes. Ni une ni deux, Elliot Mazer part à la recherche de tout ce beau monde au détour d'une ruelle ou d'un bar, et le projet fut lancé le soir-même. C'est ainsi que Ben Keith à la pedal steel, Tim Drummond à la basse et Kenny Buttrey à la batterie se retrouvent ensemble en studio. Plusieurs morceaux d'Harvest proviennent de cette toute première nuit. Le chanteur choisira d'appeler son nouveau groupe les Stray Gators.


 L'album peut enfin paraître en février 1972, les critiques spécialisées de l'époque, comme souvent ne semblent pas toutes être conquises par ce disque - depuis ces mêmes critiques ont revu leur point de vue puisqu'il figure dans tous les classements des albums les plus importants du rock. Le succès viendra par le public qui lui réserve un accueil très élogieux. Très vite, Harvest se vend par camions entiers et débarque en tête des charts sur le continent américain mais aussi en Europe. Le plus surpris devait surement être Neil Young, lui, le solitaire souvent mal luné, qui devient le nouveau roi du country rock avec un opus qui ne lui ressemble finalement qu'assez peu et qui reste une exception dans sa discographie si diversifiée.

Là où le canadien se montre austère, souvent sans concession, Harvest à son inverse est chaleureux, doux et séduisant, signant là sans conteste son œuvre la plus pop, dans le bon sens du terme, à la production sans faille, celle que les chroniques avaient trouvée pourtant souvent trop ennuyeuse car trop léchée; cette même production qui cartonne auprès d'un public qui à juste titre se contrefout de détails qui lui échappent et qui reste subjugué par la beauté qui se dégage sans cesse des compositions. La voix de Neil Young participe énormément à cette magnanimité : elle qui se fait entendre rocailleuse, douce et à la fois ferme, est d'une musicalité poignante.




picture image photo groupe guitare folk chanteur
Neil Young


 Aidé de ses nouveaux comparses, la musique de Young s'y fait apaisante, touchante et plus profonde qu'il n'y parait à première vue. Un harmonica délicat viendra souvent soutenir les brillantes mélodies folk pour les rendre encore plus intenses. La rythmique n'est pas en reste, elle se montrera toujours percutante sans être envahissante. Il faudra cependant avouer en ce qui concerne les arrangements que l'intervention du London Symphony Orchestra sur A Man Needs A Maid au bout de plusieurs écoutes pourra devenir lassante, bien trop solennelle. Pourtant on avait là une magnifique chanson avec une interprétation du chanteur à tomber, mais ce rajout guindé dénaturera à mon goût quelque peu le tout.

Mais voilà, la grande force de Neil Young est de nous surprendre et à peine le temps de regretter la présence de ce titre qu'arrive Heart Of Gold, qui rattrape tout. On s'en voudrait presque d'avoir douté un instant de la puissance de ce disque quand résonnent les premiers accords de ce morceau qui est une véritable invitation au voyage dans de lointaines contrées. De la musique au chant tout y littéralement parfait, Dylan ira même jusqu'à pester de ne pas en être l'auteur.
Harvest est bel et bien l’œuvre la plus accessible du loner, les fans de la première heure ont dû, à l'instar des critiques, eux aussi tirer un peu la gueule devant certaines compositions mais une ambiance hors du commun émane de ce disque. De Nashville au grand nord canadien, notre esprit imaginera en l'écoutant les nombreux voyages du chanteur; ressentir quelquefois sa solitude devant un feu encerclé par la neige, mais aussi (et paradoxalement) ses traversées de longs déserts chauds tel un pionnier chercheur d'or, ou bien encore parcourir d'immenses prairies fleuries. Un album à la fois mélancolique et enjoué, rempli de réminiscences dans lequel ses amis de Crosby, Stills & Nash ainsi que Linda Ronstadt viennent faire de subtiles apparitions. Mais qu'on ne s'y trompe pas, Harvest est bien l’œuvre terriblement mature et intimiste dans laquelle Young alors âgé d'à peine vingt-six ans se met complètement à nu. Ce vinyle vendu par millions se retrouve parmi toutes les bonnes discothèques dans la catégorie des indispensables, que l'on soit fan de Neil Young ou non, qu'on aime le folk ou non.

C'est évidemment mérité tant toutes les chansons y trouvent leur place même si l’intérêt d'un There's A World sera largement discutable, mais les deux élans d'une sincérité bouleversante joués en live qui clôturent le disque nous feront bien vite et à jamais oublier tous les griefs honteusement ressentis. Parmi les anecdotes qui entourent l'oeuvre on relèvera celle qui concerne la superbe chanson AlabamaNeil Young y dénonce un racisme permanent dans le sud des États-Unis. Bien entendu, cela créera une vive polémique parmi les états incriminés. Le groupe Lynyrd Skynyrd composera en réaction son plus grand succès Sweet Home Alabama, dans lequel ils y fustigent le chanteur canadien sur le deuxième couplet. De l'eau est passée sous les ponts depuis puisque le loup solitaire a repris quelque fois ce titre sur scène.

Harvest fait partie de ces albums de légende au charme désuet mais éternel. Les défauts à peine masqués participent à rendre ce disque réellement indispensable. Celui que l'on surnommera plus tard le parrain du grunge, était, est, et restera, un songwriter divinement génial. Ce disque, une platine vinyle, une clope accompagnée d'une pinte suffiront à l'imagination pour nous envoyer dans une Amérique désormais révolue mais qui faisait encore jadis tant rêver.



Neil Young - Out On The Weekend


4 commentaires:

  1. aucun com sur ce disque de legende? harvest est tout simplement le meilleur album de folk jamais realisé et pis c'est tout

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  2. un grand classique et le nouvel album s'annonce pas mal !

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  3. je suis entrain de découvrir la disco de Young, c'est super cool

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  4. Et il y a l'excellent Zuma !

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