mardi 18 décembre 2012

Chronique : Beat Happening ~ Jamboree (1988)


Beat Happening - Jamboree (1988) art sound
K Records / Rough Trade

Playlist : 1- Bewitched / 2- In Between / 3- Indian Summer / 4- Hangman / 5- Jamboree / 6- Ask Me / 7- Crashing Trought / 8- Cat Walk / 9- Drive Car Girl / 10- Midnight a Go-Go / 11- The This Many Boyfriend Club 

Deuxième opus du groupe indie Beat Happening, Jamboree sort en 1988 et deviendra très vite un classique du lo-fi.

 Beat Happening se compose de trois musiciens résolument indépendants. Nous avons le désormais légendaire Calvin Jonhson au chant et à la guitare, Heather Lewis à la batterie et sporadiquement au chant et enfin Bret Lunsford à la guitare. Fondé en 1982 dans la capitale de l'état de Washington, Olympia, le groupe a largement eu le temps de traîner sa dégaine désenchantée dans tous les clubs underground de la région avant de commencer à sortir ses albums sur le label de Calvin Johnson : K Records. Bienvenue dans le monde du Do It Yourself nord-est américain.

 Produit par Steve Fisk avec l'aide de deux membres des Screaming Trees : Mark Lanegan et Gary Lee Conner, Jamboree continue d'enfoncer encore un peu plus le clou dans le lo-fi. Ce mouvement underground américain typique de la fin des années 80 consiste, entre autres, à adopter des méthodes d'enregistrement primitives afin d'obtenir un son sale et brut et ainsi être en opposition totale à toute forme de sonorités mainstream. Daniel Johnston sera souvent cité en exemple comme un des initiateurs de cette tendance.

 Beat Happening s'empare donc avec légèreté des us et coutumes de cette mouvance et la sublime sur ce deuxième acte qui sera forcément un brin casse gueule pour l'auditeur non averti. Jamboree est un assemblage de chansons courtes et entraînantes à l'image d'un In Between, de cool-attitude absolue avec Indian Summer et de morceaux beaucoup plus chaotiques comme The This Many Boyfriends Club enregistré en live et qui n'est qu'une succession de larsens transcendés d'une voix toute aussi affreuse. Oui, le commun des mortels trouverait à n'en pas douter ce titre inaudible en plus d'être inintéressant et c'est justement sa principale raison d'exister.


Beat Happening art sound
Beat Happening


 Beat Happening fuit à tout berzingue tout ce qui peut ressembler à un professionnalisme musical mais ce faux amateurisme bordélique est contrebalancé par une sensibilité pop à toute épreuve et garde à chaque instant un sens éminemment poétique de la mélodie. Il suffira d'écouter le morceau d'ouverture, Bewitched, pour se convaincre que ce groupe fait un art qu'il maîtrise à la perfection.  
Calvin Johnson chante de sa voix désabusée et acariâtre ses préoccupations du moment sans s’embarrasser de musicalité. Celle-ci semble d'ailleurs davantage devoir s'adapter à son chant approximatif que l'inverse. Calvin, lui, ne donnant simplement l'impression sympathique qu'il vient de se réveiller avant de s'emparer du micro. Heater Lewis batteuse de son état - on ne pourra pas s’empêcher de penser à Moe Tucker des Velvet Underground en écoutant son jeu - chantera aussi sur deux titres d'une belle voix aguicheuse et là encore faussement naïve, Bret Lunsford enveloppera le tout d'accords minimalistes typiquement noisy.

 Beat Happening a bel et bien influencé tout un pan de la musique, en déversant son Do It Yourself bienfaiteur. Beaucoup de groupes grunge les citeront en exemple, Nirvana en tête. Jamboree poursuit cette ligne directrice et rappelle à qui veut bien l'entendre qu'il n'est nul besoin, bien qu'il faille un peu de talent tout de même, d'être un pro de la musique pour sortir un bon disque loin des considérations du music business.


 Beat Happening - Bewitched


2 commentaires:

  1. les albums de beat happening sont tous très bons ! super groupe

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