jeudi 1 novembre 2012

Chronique : Sonic Youth ~ Goo (1990)


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DGC

Playlist : 1- Dirty Boots / 2- Tunic (Song For Karen) / 3- Mary-Christ / 4- Kool Thing / 5- Mote / 6- My Friend Goo / 7- Disappearer / 8- Mildred Pierce / 9- Cinderella's Big Score / 10- Scooter + Jinx / 11- Titanium Expose

Que se passe-t-il quand un des groupes les plus talentueux de la scène alternative signe sur une major ? La réponse ne tient qu'en trois lettres : Goo

 Les nouveaux venus pourraient en douter en l'écoutant, mais à l'époque de sa sortie Goo constituait une porte d'entrée idéale dans le vaste univers noisy des Sonic Youth. Mieux produit, moins sale, légèrement plus pop et donc plus accessible au commun des mortels qu'un Evol ou que Daydream Nation (tous deux excellents). Malgré ce côté en apparence plus sage, Goo reste un disque qui donne le tournis quand on le découvre - ou le redécouvre après plusieurs années - tant il y a de matières à ingurgiter, de sons à décortiquer. Un travail qui demandera des dizaines d'écoutes attentives pour en assimiler tous les recoins... finalement comme toujours avec le groupe le plus branché de New York.


 Artistes complets, le visuel a toujours eu une place importante pour les Sonic Youth , qui parviennent souvent, grâce à leur talent et leur facilité à s'entourer des bonnes personnes, à faire des pochettes comptant parmi les plus marquantes du rock. Cet opus ne déroge pas à la règle avec son superbe artwork en noir et blanc. On le doit au dessinateur d'origine américaine Raymond Pettibon - frère du fondateur du légendaire groupe hardcore Black Flag pour lequel il a également illustré quelques albums.

Sur le devant on n'y voit aucun titre, seulement un croquis et une phrase : "J'ai piqué le petit ami de ma sœur. Tout n'était que tourbillon, chaleur et éblouissement. En une semaine, nous avons tué mes parents et foutu le camp".
Le dessin montrant un couple, elle fumant une cigarette pendant que lui l'enlace, est tiré d'une photo d'un article de presse de l'année 1966, relatant un fait divers : le viol et la mort de plusieurs enfants dans la région de Manchester causé par Myra Hindley et Ian Brady. Le jeune couple en lunettes noires présent sur la photo n'est autre que Maureen Hindley (la sœur de Myra) accompagnée de son ami David Smith, tous deux se rendant au procès du duo assassin. Le succès de Goo fera de Pettibon un artiste branché, passant ainsi des petites galeries au musée d'art moderne de la grande pomme.

Mais si le visuel est important, c'est bien la musique et les paroles qui nous préoccupent avant tout et sur ce plan-là les Sonic Youth ont sur ce disque réussi à décrire l'ennui et le malaise de la Génération X sur fond de Beat Generation - William Burrought étant une de leur source d'inspiration. L'esprit adolescent y tient aussi une place importante, néanmoins les thèmes y seront variés : Tunic (Song For Karen) parle de l'anorexie, la composition est dédiée à la pop star Karen Carpenter morte à 32 ans de sa maladie, Disappearer selon Thurston Moore est un songe concernant l'errance New-yorkaise de Patti Smith mêlé sans trop savoir pourquoi à une histoire d'ovni. Sur la chanson Kool Thing le féminisme sera mis à l'honneur dans un dialogue surréaliste; à noter que Chuck D, rappeur de Public Enemy apparait en featuring sur ce titre. 

Les Sonic Youth sont à l'époque l'une des seules formations à ne pas tomber dans le machisme ambiant inhérent au rock; ils créeront d'ailleurs sur cet album le personnage de Goo (My Friend Goo) , une adolescente paumée digne des années 90, qui traîne avec des gens plus par ennui que par intérêt et  qui se trouve être vaguement artiste dans l'âme, on pourrait presque y voir Jane, la copine de Daria dans la série animée éponyme.


 
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Sonic Youth



Comme déjà dit, cet opus emprunte un chemin vers des sonorités moins radicales, plus adoucies, en un mot plus accessibles. Mais les grands frères du grunge n'ont visiblement pas abandonné leurs Fender désaccordées, frappées à grand coup de tournevis, de basse ravageuse frôlant le rouge pour cause de saturation intense, My Friend Goo, et les tourbillons bruitistes habituels du groupe, Mildred Pierce. Et tant mieux pour nous car cette nouvelle orientation pop surplombée de larsens leur sied à merveille, du moins jusqu'à Washing Machine sorti en 1995. 
Derrière ce mur de son parfois bizarroïde se cache une douceur et une subtilité souvent émouvantes avec ces longs passages d'apparence déstructurées et chaotique mais où règne malgré tout une cohérence absolue et somptueuse qui empêche la formation et l'auditeur de se perdre. Titanium Expose, chanson terminant l'album est le parfait exemple de ce que peut être Goo dans sa structure intrinsèque : un bordel sonore, du calme relatif, un bordel sonore, un feedback de fin. 

Goo fait non seulement partie des meilleurs opus de Sonic Youth mais aussi des années 90. Tout le monde n'accrochera pas aux expérimentations sonores mais ceux qui y parviendront trouveront là un disque sublime, noir, envoûtant, intègre et passionnel.


Sonic Youth - Kool Thing


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