vendredi 9 novembre 2012

Chronique : Mulatu Astatke ~ Ethiopiques Vol.4 : Ethio Jazz 1969-1974 (1998)


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Buda Musique

Playlist : 1- Yèkèmo Sèw / 2- Mètché Dershé / 3- Kasalèfkut Hulu / 4- Tezeta / 5- Yègellé Tezeta / 6- Munayé / 7- Gubèlyé / 8- Asmarina / 9- Yèkatit / 10- Nètsanèt / 11- Tezetayé Antchi Lidj / 12- Sabyé / 13- Ené Alantchi Alnorem / 14- Dèwèl

Chronique du quatrième volume de la série des Ethiopiques consacré cette fois à Mulatu Astatke, père fondateur d'un style de jazz provenant d'Addis-Abeba.

 Originaire d'Éthiopie, Mulatu Astatke fait des études en Angleterre. Il y intègre à la fin des années 1950 le Trinity College of Music de Londres pour apprendre la clarinette et l'art de la composition. Puis rapidement, il part en Amérique, plus précisément à New York ainsi qu'à Boston, où il sera le premier étudiant africain du Berklee College of Music. De cette expérience américaine il retiendra particulièrement deux choses : le jazz et la musique latino. Astatke  ramène au pays à la fin des années soixante toutes ces trouvailles sonores et les mélange avec la musique traditionnelle éthiopienne pour créer un tout nouveau genre : l'Ethio-jazz.

 Les Ethiopiques sont une série d'une trentaine de compact disc dédiés aux artistes de la musique éthiopienne et érythréenne des années 1960 aux années 2000. Ils regroupent des artistes majeurs comme Mahmoud Ahmed et bien entendu Mulatu Astatke (qui deviendra producteur de bon nombre d'artistes présents sur ces disques). Ces compilations sont éditées par le label français Buda Musique qui a acquis en 1996 le catalogue des majors éthiopiennes Amha Records, Kaifa Records et Philips-Ethiopia.


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Mulatu Astatke


 L'histoire de son pays inspirera considérablement Mulatu Astatke dans son approche de la musique. En effet en 1924, l’empereur Hailé Selassié, descendant direct du roi Salomon, décide de moderniser la musique nationale. Il prendra sous sa protection un orchestre de 40 orphelins rescapés du génocide arménien. Leur chef d’orchestre compose dès lors l’hymne patriote et forme les orchestres de l’armée, de la police et de la garde impériale. C’est de cette émulation que va se nourrir Mulatu. « Il y a une tribu au sud de l’Ethiopie appelée les Darashi, ils jouent une gamme diminuée, or la gamme diminuée est très importante pour l’improvisation en Jazz. Quand j'étais à Berklee, on nous a appris comment Charlie Parker avait produit le Jazz moderne, et Debussy, tous ces compositeurs utilisaient une gamme diminuée pour composer leur musique. Et moi, je suis allé dans les plaines du Sud, dans le désert, et j’ai fait cette expérience. Ces gens jouaient une gamme diminuée, vingt-quatre personnes avec des bambous de tailles différentes. »

 Bien plus qu'un album de musiques instrumentales, Ethiopiques Vol.4 est une véritable étude sur l'Ethio-jazz dans sa genèse la plus profonde et sur son mélange inventif d'influences diverses que comprenait le groove Éthiopien des années soixante-dix. On reconnaîtra aisément des souches de funk et de reggae dans les lourdes lignes de basses qui sont par ailleurs bien mises en avant sur Kasalèfkut Hulu. Les instruments à vent tiennent une place toute aussi importante avec ces saxophones et trompettes qui tourbillonnent dans l'air sur Yègellé Tezeta. Intensément hypnotiques, leurs tonalités jazzy se font sentir en permanence tout le long de ces quatorze titres rappelant ainsi fortement Coltrane.

Les guitares font partie des ingrédients primordiaux ici. Les riffs accompagnent les mélodies tout en se montrant percutants, souvent déformés grâce aux pédales wah-wah, et semblent venir du meilleur de la Black Exploitation. La batterie et autres percussions en tous genres finissent d'achever le tableau musical en combinant un funk magistral à la The Meters aux rythmes endiablés latinos. Mais si le jazz de Mulatu est bel est bien aérien, une certaine gravité s'en dégage parfois, une lourdeur inquiétante qui sera bien palpable sur le morceau Gubèlyé. Mais peu importe l'ambiance, au gré des chansons il règne toujours dans ces compositions, parfaitement exécutées par des musiciens de grand talent, une beauté subtilement douce. Ethiopiques Vol.4 s’achèvera dans un moment de free jazz haletant et sensuel avec la chanson Dèwèl.

 Avec la fusion de tous ces éléments tirés de différents genres musicaux, le maître d'Abyssinie Mulatu Astatke fabrique un formidable afro-jazz puissant et mystique, profondément roots et à la fois terriblement funky.  Ethiopiques Vol.4 est un bel hommage rendu à l'Ethio-jazz et un superbe voyage dans le berceau de l'humanité : l'Éthiopie.


 Mulatu Astatke - Yègellé Tezeta


4 commentaires:

  1. je ne connaissais pas eh bien je ne suis pas decue j'adore !

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  2. j'aime beaucoup, merci

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  3. Je découvre depuis peu et je trouve ca vraiment excellent. Bien que pas mal de son oeuvre soit un peu monotone, il y a malgrè tout énormement de très bons titres

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