dimanche 18 novembre 2012

Chronique : Lou Reed ~ Transformer (1972)


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RCA

Playlist : 1- Vicious / 2- Andy'Chest / 3- Perfect Day / 4- Hangin' Round / 5- Walk On The Wild Side / 6- Make Up / 7- Satellite Of Love / 8- Wagon Wheel / 9- New York Telephone Conversation / 10- I'm So Free / 11- Goodnight Ladies 

Deuxième album solo de Lou Reed, Transformer ne connait à sa sortie qu'un succès minime bien qu'il s'agisse là d'un véritable chef-d’œuvre.

 Lassé de ses années dans le mythique Velvet Underground, Lou Reed claque violemment la porte de ce groupe qui rentrera dans la légende des années plus tard, sans même attendre la sortie de l'album Loaded. Il rentre alors chez sa mère et sombre encore un peu plus dans sa propre déchéance. Il n'abandonne pas pour autant la musique et entame rapidement une carrière solo qui débute malheureusement par un gros flop. En effet les ventes de son premier opus, dont une grande partie des titres a été écrite lorsqu'il était encore dans son ancienne formation, ne décollent pas. 
La même année, il rencontre David Bowie nouvelle star du glam en Angleterre, qui décide aussitôt de produire le nouveau disque de son idole. Il espère par la même occasion lui sortir la tête de l'eau en lui faisant connaitre le succès que le New-yorkais mérite. 


 David Bowie ne s'en cache pas, il doit énormément à l'ancien groupe de son nouveau protégé qui a si bien su chanter tous les vices et les mauvais côtés de la nature humaine. Il écrira d'ailleurs son immense respect envers lui et le Velvet Underground dans les notes de la pochette de son album Hunky Dory. C'est donc sans aucune hésitation qu'il demande à Mick Ronson, son guitariste, de l'aider dans sa nouvelle tâche. Son rôle consistera à jouer de son instrument, de fort belle manière au passage, sur cet opus et d'être en charge des divers arrangements.
Transformer porte bien son nom puisque Bowie va faire prendre un tournant décisif à Lou Reed, l’influençant fortement dans sa nouvelle direction musicale en lui soumettant l'idée de prendre une esthétique glam-rock et de créer une espèce d'avatar réunissant en lui toute l’élégance New-yorkaise et, en opposition, à toutes ses déviances. 

Cette nouvelle esthétique commence dès la pochette, - On doit cette photo à Mick Rock - devenue aujourd'hui bien connue. Elle le montre maquillé, donnant ainsi le ton de ce qui va suivre.
L’ambiguïté sexuelle est un thème récurrent dans les compositions et sera ouvertement visible sur le tube Walk On The Wild Side. La chanson dans laquelle règne la contrebasse, traite ouvertement de l'homosexualité et du travestissement, des drogues et du sexe oral, des sujets encore tabous à l'époque et qui pourtant, contre toute attente, sera largement diffusée en radio et deviendra un des plus grands succès du chanteur - il en sera d'ailleurs le premier surpris. 
On peut aussi rajouter sur ce sujet le morceau Make Up qui lui aussi contient des sous-entendus homosexuels chantés de façon tout à fait charmante et désabusée. Il faut rappeler que ce thème est cher à Lou Reed car il fut suivi par un psychiatre durant son adolescence et connaîtra l'enfer des électrochocs pour tenter de ""soigner"" ses tendances homo. Charmante époque.

 Cette douloureuse expérience n'aura de cesse de le marquer au fil des années et procurera en lui des pulsions violentes, voire malsaines. Pour s'en détacher il les couchera durant sa carrière et pour la plupart d'entre elles sur le papier donnant droit à des textes souvent radicaux et glauques. 
Cet album n'y échappera donc pas et dès le premier titre Vicious Lou Reed narre sa poésie perverse pendant que la basse ronde et la guitare acidulée se chargent de maintenir l'auditeur en haleine. Cependant son auteur l'affirme, Transformer n'est pas décadent mais on se permettra de remettre, cette fois et seulement cette fois, sa parole en doute.  


picture cover image photo velvet underground art sound
Lou Reed & David Bowie


 Cette première chanson est l'occasion de voir à quel point rien n'est laissé au hasard sur ce disque formidablement bien produit. Ronson excelle dans son boulot d'arrangeur, les compositions sont toujours aussi efficaces. Les interprétations éclatantes de Reed qui donnent toute cette saveur particulière feront le reste. Les chœurs de David Bowie qui accompagnera son acolyte çà et là rajoutent de la profondeur, cela sera le cas sur le presque optimiste I'm So Free. Pendant l'enregistrement Bowie se montrera clean, Reed, lui, beaucoup moins, mais peu importe son état il donnera le meilleur de lui-même.
Le revers de la médaille de cette production léchée est que l'on pourra reprocher à cet album d'avoir un aspect théâtral trop prononcé mais vu le duo il ne pouvait que difficilement en être autrement, et ce registre colle de toute façon parfaitement à Reed.

 Mais Transformer n'est pas qu'un manifeste à la noirceur et aux perversions les plus sordides. On y trouve de véritables joyaux d'une beauté inégalée. Tout d'abord le deuxième single tiré de cet album Satellite Of Love, qui est à la base une démo provenant des encore et toujours légendaires Velvet Underground, et qui bénéficie d'arrangements là encore ultra soignés, profitant une nouvelle fois de Bowie au chœur. Le prince de la grande pomme ira dire qu'il trouve son nouvel ami fabuleux sur ce titre. 

Le second classique intemporel n'est autre que le superbe Perfect Day, le piano encore une fois joué par Mick Ronson y est exceptionnel de clarté rendant la chanson brillante du début à la fin. Cette ballade que l'on interprète trop souvent à tort comme une chanson parlant d'amour est en réalité une chanson sur la drogue. Lou Reed parle bel et bien de sa dépendance et c'est encore une fois grâce à tout son génie d'écriture qu'il noie le poisson de façon grandiose. 
Cet opus finalement ne parle que de vie, de bonheurs simples, de solitude, de drogue, de mal de vivre urbain, de perversité en tout genre, de sexe... le lien permanent étant New York. Mais ce sont bien des poèmes - pouvant être parfois totalement abstraits - qui ressortent de ces textes. Est ce qu'on osera dire que Lou Reed doit tout à David Bowie ? oui sans doute, - et ce n'est encore une fois qu'un juste retour des choses -, car il lui a permis d'enfin faire décoller sa carrière avec ce disque qui marquera grandement l'histoire du rock

 Abouti, magnifique, intense, noir, cruel, il ne sert à rien de faire une longue conclusion pour ce Transformer. Plus que le disque de la consécration pour Lou Reed, c'est un pur chef-d’œuvre parfait pour un dimanche nuageux.


Lou Reed - Vicious


2 commentaires:

  1. transformer de lou reed est un monument

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  2. Si peu de coms pour cet article ? Tout le monde se doit d'avoir ce disque.

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